Prévue comme la traduction d'une encyclopédie anglaise, la Cyclopedia, l'Encyclopédie dirigée par Diderot et d'Alembert devient un outil de combat majeur pour les Lumières. Financée par une souscription, elle réunit deux cents auteurs autour d'un même but : présenter à l'Europe cultivée du xviiie siècle un tableau des connaissances acquises depuis la Renaissance. Elle associe esprit philosophique, esprit scientifique, technique et esprit critique. Le pouvoir royal alterne entre censure et protection. En 1765, les derniers volumes sont publiés.
Comment l'Encyclopédie permet-elle de diffuser les idées des Lumières ?
Planche intitulée « L’Imprimerie en lettres », extraite du Recueil de Planches sur les Sciences, les Arts libéraux, et les Arts méchaniques avec leur explication, 1771 (BnF) BnF
Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle […]. Toute autorité vient d’une autre origine que de la nature […]. Le prince tient de ses sujets même l’autorité qu’il a sur eux […]. D’ailleurs le gouvernement, quoique héréditaire dans une famille, et mis dans les mains d’un seul, n’est pas un bien particulier, mais un bien public, qui par conséquent ne peut jamais être enlevé au peuple, à qui seul il appartient essentiellement et en pleine propriété.
D’après Denis Diderot (1713-1784), article « Autorité politique », Encyclopédie
Messieurs, la Société, l'État et la Religion se présentent aujourd'hui au Tribunal de la Justice pour lui porter leurs plaintes […]. À l'ombre d'un Dictionnaire qui rassemble une infinité de notions utiles et curieuses sur les Arts et sur les Sciences, on y fait entrer une compilation alphabétique de toutes les absurdités, de toutes les impiétés répandues dans tous les Auteurs ; on les a embellies, augmentées, mises dans un jour plus frappant. Sur tout ce qui concerne la Religion, on ne rougit pas de demander la permission et cependant de se permettre d'écrire contre elle. La foi est inutile, l'existence de Dieu douteuse, la création du Monde mal prouvée ; l'Univers s'est formé de lui-même : le Messie n'a été qu'un simple Législateur ; les progrès de la Religion sont purement naturels ; les écritures sont traitées de fiction ; les Dogmes 1tournés en ridicule, Religion et Fanatisme 2sont des termes synonymes, et le Christianisme n'inspire qu'une fureur insensée qui travaille à détruire les fondements de la Société…
D’après le discours du procureur royal Omer Joly de Fleury, le 23 janvier 1759, pour demander la condamnation de l’Encyclopédie, ce qu’il obtient la même année
Dirigée par la tsarine Catherine ii, amie de Diderot, la Russie suit attentivement l’aventure de l’Encyclopédie.
Les lecteurs russes sont informés grâce à la presse périodique des difficultés que rencontre en France l’Encyclopédie. Ainsi, en mars 1752, on peut lire dans le Bulletin de Saint-Pétersbourg que « les obstacles auxquels se heurtait la publication du livre intitulé l’Encyclopédie ont maintenant complètement disparu et les autres parties seront désormais régulièrement publiées » […]. On sait en outre que, en 1760-1761, l’achèvement de la publication de l’Encyclopédie en Russie est envisagé […]. L’étude du livre français en Russie montre donc qu’il faut […] prendre en compte l’émergence d’un espace européen de l’information, de la circulation des œuvres, de la mobilité des hommes […].
D’après Pierre-Yves Beaurepaire, Le Mythe de l’Europe française au xviiie siècle, Éditions Autrement, 2007 (p. 116)
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Le 15 Octobre 2010
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