Dans le navire négrier et sur les plantations, des esclaves résistent de différentes façons contre leur asservissement. En Europe et en Amérique du Nord, des écrits et des images dénoncent la barbarie de la traite négrière et de l'esclavage colonial.
À quelles résistances et à quelles critiques l'esclavagisme colonial est-il confronté durant le siècle des Lumières ?
On avait beau redoubler les précautions par les fers, les chaînes, les entraves, les fortes cloisons et les rambardes, tous ces obstacles étaient vaincus par l’esprit de liberté et le caractère féroce des esclaves que nous traitions et qui se trouvaient enfermés dans l’entrepont des navires […] L’Anglais Barry avait une cargaison d’environ 200 Noirs contenus par un équipage bien portant parce qu’il avait été très peu de temps en Afrique. Ce bâtiment était depuis plus de quinze jours en mer et avait avancé 3 à 400 lieues 1dans sa route. Les esclaves ne furent point découragés par l’éloignement des terres qu’ils ne voyaient plus depuis deux semaines. La révolte éclata par les femmes qui n’avaient point de fers. Les hommes se déchaînèrent et se répandirent sur le pont. L’équipage retranché derrière fit feu avec quatre pierriers2, en tua et en blessa un grand nombre. Ceux qui n’avaient pas été atteints escaladèrent la rambarde, s’élancèrent sur les Blancs, les égorgèrent tous à l’exception d’un seul qu’ils réservèrent pour le ramener dans leur pays.
D’après Joseph Mosneron, armateur négrier nantais (1748-1833), journal édité par Olivier Pétré-Grenouilleau, Éditions Apogée, Rennes, 1995
Le principal journal de la colonie de Saint-Domingue (Haïti), les Affiches américaines, publié entre 1766 et 1790, a publié des milliers « d’avis de fuite » dans lesquels les maîtres décrivent leurs esclaves fugitifs.
Une Négresse, Créole, nommée Marie-jeanne, âgée d’environ 40 ans, ayant avec elle son enfant, âgé de 4 à 5 ans, est marron depuis le premier de ce mois. Ceux qui la reconnaîtront sont priés de la faire arrêter et d’en donner avis à M. de Me[?]tivier, rue Espagnole, à qui elle appartient.
Un Mulâtre âgé de 20 à 21 ans, taille d’environ 4 pieds 10 pouces, un peu maigre, étampé sur le sein droit BODENAVE et au-dessous GONAIVE, lui manquant deux dents à la bouche, est parti marron du Bourg des Gonaïves, et a enlevé un cheval gris : on présume qu’il s’est retiré dans le quartier du Cap. Ledit Mulâtre appartenait à l’Habitation Walsh ; il parle français et anglais. Ceux qui le reconnaîtront, sont priés de le faire arrêter et d’en donner avis à M. David, Directeur de la Poste, aux Gonaïves.
Une Négresse nommée Catherine, sans étampe, d’un beau noir, ayant une marque sur la tempe droite, marronne depuis deux mois. Ceux qui en auront connaissance, sont priés d’en donner avis à la nommée Lacotte, [habitante] au Mont-Rouïs, à qui elle appartient, ou au sieur Bellamy, au Port-au-Prince : il y aura récompense.
Extraits du journal Affiches américaines, publiés entre 1772 et 1780
Sceau anti-esclavagiste réalisé par Josiah Wedgwood, 1787 (Museum of Wedgwood, Royaume-Uni) Photo12/Alamy
Le Soulèvement des esclaves de Saint-Domingue, 23 août 1791, fin xviiie siècle, gravure anonyme coloriée (Musée Carnavalet, Paris) Musée de Carnavalet / Roger-Viollet
Voyez cet armateur qui, courbé sur son bureau, règle, la plume à la main, le nombre des attentats qu’il peut faire commettre sur les côtes de Guinée ; qui examine à loisir, de quel nombre de fusils il aura besoin pour obtenir un nègre, de chaînes pour le tenir garrotté sur son navire, de fouets pour le faire travailler ; qui calcule, de sang-froid, combien lui vaudra chaque goutte de sang, dont cet esclave arrosera son habitation ; qui discute si la négresse donnera plus ou moins à sa terre par les travaux de ses faibles mains que par les dangers de l’enfantement. Vous frémissez. […]
Hâtons-nous donc de substituer à l’aveugle férocité de nos pères les lumières de la raison et les sentiments de la nature. Brisons les chaînes de tant de victimes de notre cupidité, dussions-nous renoncer à un commerce qui n’a que l’injustice pour base, et que le luxe pour objet.
D’après l’Abbé Raynal (1713-1796), Histoire philosophique et politique des deux Indes, 1772
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Le 15 Octobre 2010
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