A. Une déportation de masse
- Entre le viie et le xixe siècle, plusieurs millions d'Africains ont été déportés vers le monde arabo-musulman. Entre le xvie et le xixe siècle, des négriers européens ont déporté plus de douze millions de personnes (doc. 3). Les captifs africains sont originaires de régions différentes et appartiennent à des peuples aux cultures (langue, religion, activités) très diverses (doc. 2).
- La plupart des captifs sont devenus esclaves dans les colonies d'Amérique. Le Brésil et les Antilles sont les principales destinations des navires négriers. Des milliers de captifs ont aussi été vendus dans les colonies de l'océan Indien (La Réunion, Maurice).
- Ces déportations ont eu des conséquences durables sur le peuplement de l'Afrique subsaharienne qui a perdu des millions d'habitants ainsi que sur le peuplement des colonies européennes d'Amérique et de l'océan Indien, où une partie importante de la population a des origines africaines.
B. Le commerce triangulaire transatlantique au xviiie siècle
- Plus de la moitié des captifs ont été déportés au xviiie siècle dans le cadre de la traite transatlantique, financée et organisée par des armateurs européens : un équipage parti d'un port européen navigue vers les côtes d'Afrique pour y échanger avec des négriers africains des marchandises de traite contre des captifs (carte p. 35 et doc. 4). Commence alors la traversée de l'Atlantique, vers les colonies où les captifs qui ont survécu sont vendus (dossier 1 et doc. 1). Avant de retourner dans son port d'origine, l'équipage remplit la cale avec des marchandises destinées au marché européen.
- Bien que les principales puissances européennes se soient engagées à abolir les traites négrières en 1815, celles-ci ont continué jusqu'aux années 1860 (doc. 4).
Affiche conservée au Musée ethnographique de GenèveTraduction : « Charleston, le 24 juillet 1769. À vendre, jeudi le troisième jour du mois d’août, une cargaison de 94 nègres, de premier choix et en parfaite santé, se composant de 39 hommes, 15 garçons, 24 femmes et 16 filles, récemment débarqués du brigantin Dembia, commandé par Francis Bare, en provenance de Sierra Leone. David et John Deas » Musée Ethnologique de Genève
Dans cet extrait autobiographique rédigé en 1804, le négrier nantais Joseph Mosneron raconte sa première expédition de traite. Il avait alors une quinzaine d’années.
L’équipage était composé de 34 hommes tout compris. […] Nous mîmes en mer le 13 septembre 1763.
Nous arrivâmes à Bissau1 dans le mois de janvier 1764. Le capitaine paya les coutumes 2et ouvrit la traite. […] Après les palabres 3d’usage pour le paiement des coutumes, ce qui entraîna quelques jours, on s’occupa de sortir les marchandises des caisses et futailles4.
[…] Mille circonstances désavantageuses prolongèrent le séjour de notre bâtiment à Bissau au delà de seize mois. […] L’équipage, qui pendant l’espace de cinq mois s’était bien porté, fut tout à coup atteint de fièvres malignes et putrides qui, en moins de huit jours […] en fit tomber plus de la moitié dangereusement malades et en conduisit une grande quantité au tombeau. […]
Nous fîmes voile dans le mois d’avril 1765. […] Quand nous fûmes en mer, les vents ne cessèrent de nous servir avantageusement. Il était bien essentiel que nous n’éprouvassions aucune contrariété car l’état de l’équipage et celui du bâtiment étaient si déplorables que le moindre mauvais temps nous eût engloutis dans les flots. Notre navire prenait eau de toutes parts. Avec la mer la plus belle et les vents les plus à souhait, nous ne dépassâmes pas quatre nœuds 5pendant tout le cours de notre traversée qui fut d’environ cinquante jours pour nous rendre au Fort-Royal6, île Martinique, tandis qu’un navire d’une bonne marche n’eût pas mis vingt jours à faire ce trajet. […] Après notre arrivée dans la baie du Fort-Royal, on fit sortir notre cargaison de Noirs pour les déposer à terre dans des magasins afin de les soigner et de les rafraîchir. Ils furent vendus tant bien que mal. […] Nous ne nous remîmes en mer que dans la fin d’octobre […] Nous arrivâmes à Nantes le 25 décembre 1765 dans la soirée.
D’après Joseph Mosneron, armateur négrier nantais (1748-1833), journal édité par Olivier Pétré-Grenouilleau, Éditions Apogée, Rennes, 1995
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Le 15 Octobre 2010
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