A. Des colonies de plantations
- Des colons européens dirigent des plantations de tabac, d'indigo, de café, de cacao, de coton en Amérique, aux Antilles et dans l'océan Indien (doc. 3). Au xviiie siècle, les plus grandes plantations sont destinées à la culture de la canne à sucre.
- À partir du xviie siècle, l'administration royale définit le cadre légal de l'esclavage pour les colonies françaises (Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue, Guyane, Louisiane, La Réunion et Maurice) dans une série de textes officiels désignés sous le nom de Code noir (doc. 4). Les colonies sont soumises aux principes de l'Exclusif : elles ne doivent commercer qu'avec leur métropole.
B. Des sociétés esclavagistes
- Au xviiie siècle, les sociétés des colonies esclavagistes sont divisées en trois « classes juridiques » : les « Blancs », les « libres de couleur » et les esclaves qui représentent l'immense majorité de la population (doc. 2). La plupart des esclaves travaillent au service des propriétaires des plantations comme domestiques, ouvriers qualifiés, ou cultivateurs.
- Le travail le plus épuisant est celui de la culture de la canne à sucre. Les journées sont longues et pénibles. Les travaux dans les champs et dans les moulins qui broient la canne pour produire un jus sucré se font sous le contrôle du commandeur et sont rythmés par le fouet (doc. 1 et dossier 100% web). Les esclaves doivent aussi entretenir les bâtiments et cultiver les plantes pour leur alimentation (manioc, maïs, patates).
- Des esclaves résistent de différentes manières : en travaillant le moins possible, en s'enfuyant, en se révoltant individuellement ou collectivement. Des Européens, pour des raisons religieuses ou philosophiques, dénoncent les crimes des négriers et des propriétaires d'esclaves (dossier 2).
Voici comme on les traite. Au point du jour, trois coups de fouet sont le signal qui les appelle à l’ouvrage. Chacun se rend avec sa pioche dans les plantations, où ils travaillent, presque nus, à l’ardeur du soleil. On leur donne pour nourriture du maïs broyé, […] pour habit, un morceau de toile. À la moindre négligence, on les attache […] ; le commandeur, armé d’un fouet de poste, leur donne sur le derrière nu cinquante, cent, et jusqu’à deux cents coups […].
Quand on attrape les noirs fugitifs, on leur coupe une oreille et on les fouette. À la seconde désertion, ils sont fouettés, on leur coupe un jarret1, on les met à la chaîne. À la troisième fois, ils sont pendus […].
De temps en temps on en baptise. On leur dit qu’ils sont devenus frères des blancs, et qu’ils iront en paradis […].
Au Port-Louis de l’Île-de-France2, ce 25 avril 1769
P.S. : Je ne sais pas si le café et le sucre sont nécessaires au bonheur de l’Europe, mais je sais bien que ces deux végétaux ont fait le malheur de deux parties du monde. On a dépeuplé l’Amérique afin d’avoir une terre pour les planter ; on dépeuple l’Afrique afin d’avoir une nation pour les cultiver.
D’après Bernardin de Saint-Pierre, Voyage à l’Île de France, Lettre 12, 1769
En nombre d’habitants
|
Blancs |
« Libres de couleur » |
Esclaves |
|
|
Saint-Domingue |
27 717 |
21 808 |
405 564 |
|
Guadeloupe |
13 865 |
3 044 |
84 461 |
|
Martinique |
10 603 |
4 851 |
73 476 |
|
Guyane |
1307 |
497 |
10 748 |
|
Île Bourbon |
8 182 |
1 029 |
37 984 |
|
Île de France |
4 457 |
2 456 |
37 915 |
|
TOTAL |
66 131 |
33 682 |
650 148 |
Gravure anonyme tirée du Nouveau Voyage aux isles d’Amérique du R.P. Labat, La Haye, 1724 Jean Vigne/Kharbine Tapabor
Art. 2. — Tous les esclaves qui seront dans nos îles seront baptisés […].
Art. 22. — Seront tenus les maîtres de faire fournir, par chacune semaine, à leurs esclaves âgés de dix ans et au-dessus pour leur nourriture, deux pots et demi […] de farine de manioc, […] avec deux livres de bœuf salé ou trois livres de poisson […].
Art. 25. — Seront tenus les maîtres de fournir à chacun esclave par chacun an deux habits de toile […].
Art. 33. — L’esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de sa maîtresse ou leurs enfants […] sera puni de mort […].
Art. 38. — L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lys sur une épaule ; et s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort […].
Donné à Versailles au mois de mars mil six cent quatre-vingt-cinq, et de notre règne le quarante deuxième.
Signé Louis.
Extraits de l’Édit du roi touchant la police des îles de l’Amérique française, 1685
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Le 15 Octobre 2010
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