A. L'inspiration américaine
- En 1775, les treize colonies britanniques d'Amérique du Nord se révoltent contre l'Angleterre. Elles proclament leur indépendance le 4 juillet 1776. La France vient en aide aux insurgés (les « insurgents ») en envoyant des troupes sous le commandement du marquis de La Fayette (dossier 1).
- À Philadelphie, les Américains adoptent une constitution républicaine et fédérale : les pouvoirs sont partagés entre un président de la République et un Congrès élu démocratiquement par des citoyens électeurs. Les événements d'Amérique ont un grand retentissement : dans toute l'Europe, ils diffusent un idéal démocratique.
B. L'impossible réforme financière
- Depuis la fin du xviie siècle, les comptes de la Monarchie (doc. 3) affichent un déficit croissant : entretien de la cour, dépenses militaires, etc. Des ministres recherchent des solutions : Turgot (1774-1776), puis Calonne (1783-1787) proposent un nouvel impôt, payable par tous, même par les nobles (doc. 2). Mais tous les projets de réforme se heurtent à l'opposition systématique des privilégiés et à l'indécision de Louis xvi qui renvoie ses ministres.
C. Un climat de tensions
- Le pouvoir royal, ébranlé par des idées nouvelles (chapitre 2), doit faire face à une grave crise sociale. La société d'ordres est fortement contestée (doc. 1). La banqueroute menace. En 1787-1788, une crise frumentaire aggrave la situation : des intempéries provoquent une série de mauvaises récoltes et une inflation des prix alimentaires, notamment du prix du pain, alors même que les salaires diminuent à cause du recul des ventes (doc. 4). Des troubles éclatent dans tout le royaume (doc. 5).
- C'est dans ce contexte que Louis xvi nomme aux finances Loménie de Brienne (1787-1788), qui propose l'institution d'un nouvel impôt pesant sur tous les sujets, se heurtant une nouvelle fois à l'opposition des privilégiés. Le roi le remplace par Necker (1777-1781 et 1788) et se résout à convoquer les États généraux en novembre 1788 (dossier 2).
Le reste de cette ancienne noblesse languissait dans la pauvreté […]. Si les titres honorifiques s'étaient maintenus dans quelques illustres ou anciennes familles, ils étaient aussi le partage d'une multitude de nouveaux nobles qui avaient acquis, par leurs richesses, le droit de s'en revêtir arbitrairement […]. Les fiefs, pour la plupart, étaient entre les mains des bourgeois des villes. La noblesse enfin n'était plus distinguée des autres classes des citoyens, que par les faveurs arbitraires de la cour et par des exemptions d'impôts, moins utiles pour elles-mêmes qu'onéreuses pour l'État et choquantes pour le peuple […].
À Paris et dans les grandes villes, la bourgeoisie était supérieure en richesses, en talents et en mérite personnel. Elle avait dans les villes de provinces la même supériorité sur la noblesse des campagnes ; elle sentait cette supériorité, cependant elle était partout humiliée ; elle se voyait exclue, par les règlements militaires, des emplois dans l'armée ; elle l'était, en quelque manière, du haut clergé, par le choix des évêques parmi la haute noblesse, et des grands vicaires en général parmi les nobles […]. La haute magistrature la rejetait également.
À Paris et dans les grandes villes, la bourgeoisie était supérieure en richesses, en talents et en mérite personnel. Elle avait dans les villes de provinces la même supériorité sur la noblesse des campagnes ; elle sentait cette supériorité, cependant elle était partout humiliée ; elle se voyait exclue, par les règlements militaires, des emplois dans l'armée ; elle l'était, en quelque manière, du haut clergé, par le choix des évêques parmi la haute noblesse, et des grands vicaires en général parmi les nobles […]. La haute magistrature la rejetait également.
D'après le Marquis de Bouillé (1739-1800), Mémoires sur la Révolution, Paris, 1801
{"id":"6800","resType":"text","gutType":"65","title":"Une soci\u00e9t\u00e9 en crise","datas":{"content":"Le reste de cette ancienne noblesse languissait dans la pauvret\u00e9 […]. Si les titres honorifiques s'\u00e9taient maintenus dans quelques illustres ou anciennes familles, ils \u00e9taient aussi le partage d'une multitude de nouveaux nobles qui avaient acquis, par leurs richesses, le droit de s'en rev\u00eatir arbitrairement […]. Les fiefs, pour la plupart, \u00e9taient entre les mains des bourgeois des villes. La noblesse enfin n'\u00e9tait plus distingu\u00e9e des autres classes des citoyens, que par les faveurs arbitraires de la cour et par des exemptions d'imp\u00f4ts, moins utiles pour elles-m\u00eames qu'on\u00e9reuses pour l'\u00c9tat et choquantes pour le peuple […].<br \/> À Paris et dans les grandes villes, la bourgeoisie \u00e9tait sup\u00e9rieure en richesses, en talents et en m\u00e9rite personnel. Elle avait dans les villes de provinces la m\u00eame sup\u00e9riorit\u00e9 sur la noblesse des campagnes ; elle sentait cette sup\u00e9riorit\u00e9, cependant elle \u00e9tait partout humili\u00e9e ; elle se voyait exclue, par les r\u00e8glements militaires, des emplois dans l'arm\u00e9e ; elle l'\u00e9tait, en quelque mani\u00e8re, du haut clerg\u00e9, par le choix des \u00e9v\u00eaques parmi la haute noblesse, et des grands vicaires en g\u00e9n\u00e9ral parmi les nobles […]. La haute magistrature la rejetait \u00e9galement.","title":"","complements":null,"credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"D'après le Marquis de Bouillé (1739-1800), <span class=\"g-n-ral-ref\">Mémoires sur la Révolution<\/span>, Paris, 1801"},"rubric_order":null}
J'ai dîné aujourd'hui [avec des personnes] dont la conversation fut entièrement politique. La Requête au Roi de M. de Calonne1 a paru et tout le monde en parle et discute à son sujet. […] Une opinion prévalait dans ce cercle, c'est qu'on était à l'aurore d'une grande révolution dans le gouvernement ; que tout le montre : la grande confusion dans les finances avec un déficit impossible à combler sans les États généraux du royaume ; […] aucun ministre, personne au pouvoir ou hors du gouvernement, qui ait des talents assez marqués pour trouver des remèdes […] ; sur le trône, un prince animé d'excellentes intentions, mais n'ayant pas des ressources d'intelligence suffisantes pour gouverner […] ; une Cour ensevelie dans le plaisir et la dissipation et aggravant la détresse […] ; une grande fermentation dans tous les rangs de la société, désireuse de changement […] ; un grand [besoin] de liberté, croissant à chaque heure […] ; le tout forme une combinaison de circonstances qui annoncent une grande agitation.
D’après Arthur Young (1741-1820), Voyages en France en 1787, 1788, 1789, traduction d’Henri Sée, Paris, Armand-Colin, 1931
{"id":"6794","resType":"text","gutType":"65","title":"Un agronome britannique d\u00e9crit la France en 1787","datas":{"content":"J'ai d\u00een\u00e9 aujourd'hui [avec des personnes] dont la conversation fut enti\u00e8rement politique. La Requ\u00eate au Roi de <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote3252\" data-id=\"3252\">M. de Calonne<sup>1<\/sup><\/span> a paru et tout le monde en parle et discute \u00e0 son sujet. […] Une opinion pr\u00e9valait dans ce cercle, c'est qu'on \u00e9tait \u00e0 l'aurore d'une grande r\u00e9volution dans le gouvernement ; que tout le montre : la grande confusion dans les finances avec un <span class=\"vocWord\" data-id=\"4668\" data-orig=\"RMOpZmljaXQ=\" data-alternative=\"\" data-def=\"c2l0dWF0aW9uIGZpbmFuY2nDqHJlIGRhbnMgbGFxdWVsbGUgbGVzIGTDqXBlbnNlcyBzb250IHN1cMOpcmlldXJlcyBhdXggcmVjZXR0ZXMuIA==\">d\u00e9ficit<\/span> impossible \u00e0 combler sans les <span class=\"g-n-ral-normal\">\u00c9<\/span>tats g\u00e9n\u00e9raux du royaume ; […] aucun ministre, personne au pouvoir ou hors du gouvernement, qui ait des talents assez marqu\u00e9s pour trouver des rem\u00e8des […] ; sur le tr\u00f4ne, un prince anim\u00e9 d'excellentes intentions, mais n'ayant pas des ressources d'intelligence suffisantes pour gouverner […] ; une Cour ensevelie dans le plaisir et la dissipation et aggravant la d\u00e9tresse […] ; une grande fermentation dans tous les rangs de la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e9sireuse de changement […] ; un grand [besoin] de libert\u00e9, croissant \u00e0 chaque heure […] ; le tout forme une combinaison de circonstances qui annoncent une grande agitation.<br \/><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\"> <\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"3252\" id=\"defFoot3252\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n Charles Alexandre de Calonne (1734-1802) fut le ministre des Finances de Louis XVI, de 1783 \u00e0 1787. En 1787, il entreprend une vaste r\u00e9forme fiscale remettant en cause les privil\u00e8ges de la noblesse et du clerg\u00e9, ce qui provoque son renvoi.\n <\/span>\n <\/div>\n ","title":"","complements":null,"credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"D’après Arthur Young (1741-1820), <span class=\"g-n-ral-ref\">Voyages en France en 1787, 1788, 1789<\/span>, <br \/>traduction d’Henri Sée, Paris, Armand-Colin, 1931"},"rubric_order":null}
{"id":"6797","resType":"illus","gutType":"63","title":"Les comptes de la monarchie en 1788","datas":{"credits":null,"license":"0","source":"D'apr\u00e8s Jean-Pierre Jessenne, Histoire de la France, Hachette Sup\u00e9rieur, 1993","caption":"","description":"Reprendre la PJ sous forme de camembert (un pour les d\u00e9penses, un pour les recettes).","thumb":"\/upload\/deborah\/thumb.small.p15snnp96e1t6h1v8r6km1lid1l7s1.jpg","medium":"\/upload\/deborah\/p15snnp96e1t6h1v8r6km1lid1l7s1.jpg","max":"\/upload\/deborah\/max.p15snnp96e1t6h1v8r6km1lid1l7s1.jpg"},"rubric_order":null}
{"id":"6798","resType":"illus","gutType":"63","title":"Une situation \u00e9conomique difficile","datas":{"credits":null,"license":"0","source":"D'apr\u00e8s Michel Vovelle, La chute de la monarchie 1787-1792, Point Seuil, 1972","caption":"","description":"Reprendre la PJ, avec les modifications suivantes :\r\n\r\nnote sur ce document : la courbe de l'indice de production textil ne sert \u00e0 rien, il faut l'enlever, par contre il\r\nfaut ajouter les donn\u00e9es sur les intemp\u00e9ries, par un syst\u00e8me de fl\u00e8che par exemple :\r\n-1785 : s\u00e8cheresse.\r\n-1787 : \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s pluvieux.\r\n-1788-1789 : hiver tr\u00e8s rigoureux.","thumb":"\/upload\/deborah\/thumb.small.p15snnptmfd9c3kpam0147rjro1.jpg","medium":"\/upload\/deborah\/p15snnptmfd9c3kpam0147rjro1.jpg","max":"\/upload\/deborah\/max.p15snnptmfd9c3kpam0147rjro1.jpg"},"rubric_order":null}
{"id":"6799","resType":"image","gutType":"61","title":"Le saccage de la manufacture R\u00e9veillon (avril 1789)","datas":{"credits":"Photos12.com - Hached\u00e9","origine":"","license":"","source":"Gravure de Guyot, 1789 (Musée Carnavalet, Paris)<br \/><br \/>","caption":"<em>En avril 1789, Jean-Baptiste Réveillon, dirigeant de la manufacture royale de papiers peints, décide de baisser le salaire de ses ouvriers, ses papiers peints ne se vendant pas. Ces derniers se soulèvent et pillent la fabrique, sans que les forces publiques n&apos;interviennent.<\/em>","thumb":"\/upload\/deborah\/thumb.small.hac00097_p1800197.jpg","medium":"\/upload\/deborah\/hac00097_p1800197.jpg","max":"\/upload\/deborah\/max.hac00097_p1800197.jpg","title":""},"rubric_order":null}
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Le 15 Octobre 2010
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