Au début du xixe siècle, le sentiment national s'éveille dans certains territoires européens sous domination étrangère. En Italie, en Allemagne, en Espagne, ce sentiment est engendré en partie par les guerres napoléoniennes. Il est favorisé par des artistes et des penseurs qui diffusent dans leurs œuvres l'idée d'une langue et d'une culture communes à un peuple, contribuant ainsi à l'affirmation du patriotisme et des aspirations nationales.
Comment les arts et les lettres permettent-ils de créer un sentiment d'appartenance à une même nation ?
G. Rossini, Le Barbier de Séville, 1816, chef-d’œuvre de l’opéra-bouffe italien L’oeuvre lyrique de Rossini illustre le renouveau et le succès de l’opéra en langue italienne, qui deviendra une expression du patriotisme poursuivie par Verdi. BnF
Italien (original) :
Largo al factotum
della citta'.
Presto a bottega,
che' l'alba e' gia'.
Ah, che bel vivere,
che bel piacere
per un barbiere
di qualita' !
Ah, bravo Figaro !
Bravo, bravissimo ;
fortunatissimo
per verita' !
Traduction française :
Place au factotum1
de la ville.
Vite, à la boutique,
L'aube est déjà là !
Ah, la belle vie,
La vie plaisante, en vérité,
Pour un barbier
de qualité !
Ah, bravo,
bravissimo Figaro !
Le plus chanceux des hommes, en vérité !
G. Rossini, Le Barbier de Séville, 1816, chef-d’œuvre de l’opéra-bouffe italien
Le philosophe allemand Johann G. Fichte a soutenu la Révolution française. Il écrit ces discours en 1807, lorsque Napoléon occupe les États allemands.
Aussi loin que s’étendait la langue allemande, chacun de ceux qui naissaient dans cette aire pouvait se considérer doublement comme citoyen, d’une part de son pays natal […], d’autre part de toute la patrie commune à la nation allemande […]. Une vérité qui ne pouvait être proclamée dans un endroit pouvait l’être dans un autre, où peut-être l’on interdisait au contraire les vérités que l’on admettait dans le premier. Et ainsi, bien que les États particuliers fissent preuve, si souvent, d’étroitesse d’esprit et de partialité, régnait pourtant en Allemagne, si l’on considérait celle-ci comme un tout, la plus extrême liberté de recherche et d’échange qu’un peuple ait jamais connue, la culture supérieure fut et resta partout le résultat de l’influence réciproque des citoyens de tous les États allemands, et cette culture, sous cette forme, descendit même peu à peu jusqu’à la masse du peuple qui ne cessa ainsi de poursuivre d’elle-même, dans l’ensemble, sa propre éducation.
D’après le huitième discours à la nation allemande (1807), J.G. Fichte (1742-1814), traduction d’Alain Renaut, Paris, Imprimerie Nationale, 1992
Francisco Goya (1746-1828), Tres de Mayo, 1814, huile sur toile, 268 x 347 cm (Musée du Prado, Madrid) Le 2 mai 1808, la population de Madrid se révolte contre l’armée de Napoléon. Cette révolte est durement réprimée le lendemain (le 3 mai, Tres de Mayo), mais finit par s’étendre à toute l’Espagne. Napoléon doit retirer ses troupes en 1813. Wikimedia/The Yorck Project
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Le 15 Octobre 2010
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