Après l'installation des usines Schneider, le village du Creusot devient un des premiers centres de sidérurgie et de métallurgie du monde. Appliquant le système du paternalisme, la famille des entrepreneurs organise tous les aspects de la vie des habitants du Creusot (travail, logement, éducation, soins médicaux, achats, loisirs, votes).
Comment une entreprise industrielle transforme-t-elle une ville au xixe siècle ?
Le Creusot en 1847 : vue prise au nord, lithographie d’après l’aquarelle de Trémaux (Écomusée de la communauté urbaine Le Creusot – Montceau-les-Mines) Document Ecomusée Creusot Montceau-les-Mines/cliché Daniel Busseuil
C. Devillers et B. Huet, Le Creusot, naissance et développement d’une ville industrielle 1782-1914, Champ Vallon, 1981 Editions Champ Vallon
Le ciel est bleu, tout bleu, plein de soleil. Le train vient de passer Montchanin. Là-bas, devant nous, un nuage s’élève tout noir, opaque, qui semble monter de la terre, qui obscurcit l’azur clair du jour, un nuage lourd, immobile. C’est la fumée du Creusot. On approche, on distingue. Cent cheminées géantes vomissent dans l’air des serpents de fumée, d’autres moins hautes et haletantes crachent des haleines de vapeur ; tout cela se mêle, s’étend, plane, couvre la ville, emplit les rues, cache le ciel, éteint le soleil. Il fait presque sombre maintenant. Une poussière de charbon voltige, pique les yeux, tache la peau, macule le linge. Les maisons sont noires, comme frottées de suie, les pavés sont noirs, les vitres poudrées de charbon. Une odeur de cheminée, de goudron, de houille flotte, contracte la gorge, oppresse la poitrine, et parfois une âcre saveur de fer, de forge, de métal brûlant, d’enfer ardent, coupe la respiration, vous fait lever les yeux pour chercher l’air pur, l’air libre, l’air sain du grand ciel ; mais on voit planer là-haut le nuage épais et sombre, et miroiter près de soi les facettes menues du charbon qui voltige. C’est Le Creusot.
Un bruit sourd et continu fait trembler la terre, un bruit fait de mille bruits, que coupe d’instant en instant un coup formidable, un choc ébranlant la ville entière.
Entrons dans l’usine de MM. Schneider.
Quelle féérie ! C’est le royaume du Fer, où règne Sa Majesté le Feu !
Guy de Maupassant (1850 - 1893),« Petits voyages, Le Creusot », dans Gil Blas, 28 août 1883
Paul Sédille et Henri Chapu, Statue d’Eugène Schneider ier (1805-1875) Wikimedia/TL
C. Devillers et B. Huet, Le Creusot, naissance et développement d’une ville industrielle 1782-1914, Champ Vallon, 1981 Editions Champ Vallon
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Le 15 Octobre 2010
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