Si l'industrie française est moins puissante que les industries concurrentes anglaise et surtout allemande, la « question ouvrière » se pose de la même manière : pourquoi dans un contexte de croissance économique et d'enrichissement d'une partie de la société, les conditions de vie et de travail des ouvriers restent-elles si difficiles ? Le temps des grèves, des revendications et de l'organisation en syndicats ouvriers est venu.
Comment l'industrialisation crée-t-elle un nouveau groupe social ?
Saint-Étienne : l'atelier des fraiseuses (machine à découper le fer) de la Manufacture Française d'armes et de cycles, carte postale Collection Kharbine-Tapabor
| Part dans la pop. active dans l'industrie | Ouvrières du secteur concerné | Ouvriers à domicile | |
| Fabrication de vêtements | 39,3 % | 88,9 % | 57,4 % |
| Fabrication de tissus | 55,8 % | 17,8 % | |
| Travail des métaux | 13,6 % | 38,5 % | 12,4 % |
| Industrie du bois | 11,2 % | 11,2 % | – |
| Bâtiment | 8,8 % | 0,3 % | 19,0 % |
| Alimentaire | 7,7 % | 18,7 % | 7,8 % |
| Mines / Carrières | 4,4 % | 1,9 % | 0/8,2 % |
| Métallurgie | 1,1 % | 1,0 % | – |
Nous quittons notre petit village pour aller à St Symphorien d’Ozon qui est à une cinquantaine de kms. Aussitôt arrivée dans ce pays, la première préoccupation de ma mère fut d’aller à la fabrique de soie pour demander si on voulait m’embaucher. Une réponse favorable du contremaître fit de moi une ouvrière : j’avais onze ans. La journée commençait à cinq heures du matin et ne se terminait qu’à huit heures du soir. Deux heures de repos pour les repas ; de 8 à 9 le matin pour manger de la soupe ; et de midi à 1 heure pour le déjeuner… J’étais à la porte de la fabrique avant l’heure : j’avais si grand peur d’arriver en retard ! Enfin cinq heures sonnent et les portes s’ouvrent. Les ouvrières s’engouffrent dans l’atelier ; je les suis, mon cœur bat d’émotion […] je suis dans un monde nouveau ; me voici dans un atelier avec une cinquantaine d’ouvrières.
Quelques années plus tard, Jeanne part travailler à Paris.
Je commençais à gagner raisonnablement ma vie. En bonne saison, mes semaines allaient de 30 à 40 francs, et quelques fois 45 francs, pour redescendre à 12 ou 15 francs en morte-saison. […] J’allais louer un cabinet meublé dans un hôtel. Il me coûtait 3 francs de location par semaine. […] Ma dépense hebdomadaire en nourriture était de 8,40 francs, ce qui faisait, avec le linge et le logement, un total de 14,15 francs. Je gagnais plus de 15,15 francs mais je voulais faire des économies pour pouvoir me mettre chez moi, avec un lit à moi. […] Le chauffage représentait pour moi un luxe et l’hiver, sans feu, on souffre beaucoup sous les mansardes1. […] Pour nous procurer l’eau qui nous était nécessaire, nous étions obligés de descendre la chercher dans la cour. […] Nos distractions étaient rares en dehors de notre société […] ; nous allions à la fête foraine du quartier […].
Jeanne Bouvier, Mes mémoires, une syndicaliste féministe, 1876-1935, La Découverte-Maspéro, 1983
Jules-Félix Grandjouan (1875-1968), La Grève, dessin pour L'Assiette au Beurre, 6 mai 1905 Photo12
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Le 15 Octobre 2010
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