Comment les romantiques traduisent-ils leurs sentiments et leur regard sur le monde ?
Le romantisme, né à la fin du xviiie siècle, se répand dans toute l'Europe suite aux drames des guerres napoléoniennes. Abandonnant la mythologie antique, les peintres romantiques peignent leur époque : les horreurs de la guerre comme les révoltes populaires.
En peinture comme en musique, les romantiques cherchent à exprimer leurs sentiments et à émouvoir le spectateur. Ces peintres peignent directement sur la toile, sans dessin et avec une touche visible, signe de leur virtuosité et de leur violence intérieure. Au dessin néoclassique et raisonnable, les romantiques préfèrent la couleur pour traduire leurs sentiments et émouvoir le spectateur. Se définissant comme hypersensibles, ils pensent voir ce que le reste de la société ne voit pas. La figure de l'artiste incompris apparaît.Francisco Goya (1746-1828), Non plus, gravure issue de la série Les Désastres de la guerre, 1810-1820, gravure à la manière noire, 1812-1815, 15 x 20 cm (Bibliothèque de l'INHA, collection Jacques Doucet) Institut national d’histoire de l’art, Bibliothèque, collections Jacques Doucet
Théodore Géricault (1791-1824), Le Radeau de la Méduse, 1819-1821, huile sur toile, 490 x 710 cm (Musée du Louvre, Paris) Photo12 / ARJ
Eugène Delacroix (1798-1863), Scène des massacres de Scio, 1824, huile sur toile, 410 x 350 cm (Musée du Louvre, Paris) DEA / G. Dagli Orti
Eugène Delacroix (1798-1863), Frédéric Chopin, 1838, huile sur toile, 46 x 38 cm (Musée du Louvre, Paris) Wikimedia/The Yorck Project
Pour écrire l’histoire de sa vie, il faut d’abord avoir vécu ; aussi n’est-ce pas la mienne que j’écris. Mais de même qu’un blessé atteint de la gangrène 1s’en va dans un amphithéâtre se faire couper un membre pourri ; et le professeur qui l’ampute, couvrant d’un linge blanc le membre séparé du corps, le fait circuler de mains en mains par tout l’amphithéâtre, pour que les élèves l’examinent ; de même, lorsqu’un certain temps de l’existence d’un homme, et, pour ainsi dire, un des membres de sa vie, a été blessé et gangrené par une maladie morale, il peut couper cette portion de lui-même, la retrancher du reste de sa vie, et la faire circuler sur la place publique, afin que les gens du même âge palpent et jugent la maladie. Ainsi, ayant été atteint, dans la première fleur de la jeunesse, d’une maladie morale abominable, je raconte ce qui m’est arrivé […]. Si j’étais seul malade, je n’en dirais rien ; mais comme il y en a beaucoup d’autres que moi qui souffrent du même mal, j’écris pour ceux-là […].
Pendant les guerres de l’empire, tandis que les maris et les frères étaient en Allemagne, les mères inquiètes avaient mis au monde une génération ardente, pâle, nerveuse. […] Un seul homme était en vie alors en Europe ; le reste des êtres tâchait de se remplir les poumons de l’air qu’il avait respiré. Chaque année, la France faisait présent à cet homme de trois cent mille jeunes gens […]. Jamais il n’y eut tant de nuits sans sommeil que du temps de cet homme ; jamais on ne vit se pencher sur les remparts des villes un tel peuple de mères désolées […]. Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes. […] Les mœurs des étudiants et des artistes, ces mœurs si libres, si belles, si pleines de jeunesse, se ressentirent du changement universel.Alfred de Musset (1810-1857), La Confession d’un enfant du siècle, 1836
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Le 15 Octobre 2010
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