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Histoire, Géographie, Éducation civique 4e

Dossier 1

L'affaire Dreyfus

En 1894, un capitaine de l'armée est accusé d'avoir livré des renseignements militaires à l'Allemagne et condamné à la déportation à l'île du Diable (Guyane). Il s'agit d'Alfred Dreyfus, né en 1859 dans une famille juive de Mulhouse. À partir de 1898, l'histoire du capitaine devient une affaire politique sur fond d'antisémitisme, divisant la société en deux camps et fragilisant la République.

Comment l'Affaire met-elle en question les principes républicains ?

Documents

 

La dégradation du capitaine Alfred Dreyfus (5 janvier 1895)

Dessin d'Henri Meyer, « Le Traître. Dégradation d'Alfred Dreyfus », paru dans Le Petit Journal illustré, 13 janvier 1895 (Bibliothèque de l'Assemblée nationale, Paris) Photos 12.com-Ann Ronan Picture Library

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Des «intellectuels» demandent la révision du procès

En 1896, un officier, Picquart, découvre le vrai coupable, Esterhazy, mais ses supérieurs lui ordonnent de taire cette erreur judiciaire. En 1898, la pression en faveur de la révision du procès s’accroît avec la publication dans L’Aurorede « J’accuse !… » d’Émile Zola et d’une pétition des intellectuels.Les soussignés, frappés des irrégularités commises dans le procès Dreyfus de 1894, et du mystère qui a entouré le procès du commandant Esterhazy, persuadés d'autre part que la nation est intéressée au maintien des garanties légales, seule protection des citoyens dans un pays libre, étonnés des perquisitions faites chez le lieutenant-colonel Picquart et des perquisitions non moins illégales attribuées à ce dernier officier, émus des procédés d'information judiciaire employés par l'autorité militaire, demandent à la Chambre de maintenir les garanties légales des citoyens contre tout arbitraire. L’Aurore, 15 janvier 1898 Wikimedia/Yann

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L'affaire divise l'opinion publique

Caricature de Caran d’Ache, pseudonyme de Emmanuel Poiré (1858-1909), « Un dîner en famille », parue dans Le Figaro du 12 février 1898 Wikimedia/Pmx

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Je n'ai plus qu'un vœu à formuler ; ce n'est peut-être qu'une illusion ; c'est, en tout cas, une espérance ardente : c'est que demain tous les Français puissent s'unir pour proclamer que cette armée, qui fait leur orgueil et qui fait leur espérance (vifs applaudissements), n'est pas puissante seulement de la résolution avec laquelle elle a su prendre, pour sauvegarder la sécurité nationale, les résolutions nécessaires, n'est pas forte seulement de la confiance du pays, mais qu'elle est forte aussi de la justice des actes qu'elle a eu à accomplir (applaudissements prolongés sur tous les bancs. — M. le ministre, en regagnant son banc, reçoit de nombreuses félicitations).

Séance du 7 juillet 1898

{"id":"4370","resType":"text","gutType":"65","title":"Le ministre de la guerre Godefroy de Cavaignac affirme la culpabilit\u00e9 de Dreyfus","datas":{"content":"<span class=\"documents-doc-courant\">Je n'ai plus qu'un v\u0153u \u00e0 formuler ; ce n'est peut-\u00eatre qu'une illusion ; c'est, en tout cas, une esp\u00e9rance ardente : c'est que demain tous les Fran\u00e7ais puissent s'unir pour proclamer que cette arm\u00e9e, qui fait leur orgueil et qui fait leur esp\u00e9rance <span class=\"g-n-ral-ita\">(vifs applaudissements)<\/span>, n'est pas puissante seulement de la r\u00e9solution avec laquelle elle a su prendre, pour sauvegarder la s\u00e9curit\u00e9 nationale, les r\u00e9solutions n\u00e9cessaires, n'est pas forte seulement de la confiance du pays, mais qu'elle est forte aussi de la justice des actes qu'elle a eu \u00e0 accomplir <span class=\"g-n-ral-ita\">(applaudissements prolong\u00e9s sur tous les bancs. &mdash; M. le ministre, en regagnant son banc, re\u00e7oit de nombreuses f\u00e9licitations)<\/span>.<\/span>","title":"","complements":null,"credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"S&eacute;ance du 7 juillet 1898"},"rubric_order":null}

 
Quant à l’Affaire, j’ai été témoin de ses remous à Besançon lorsque des étudiants manifestaient le soir dans la rue, cassant avec leurs cannes et leurs gourdins les volets des magasins juifs. Je me souviens d’un supplément illustré du Petit Journal, paru en janvier 1895. L’image de la dégradation m’avait impressionné profondément. Au lendemain des manifestations des étudiants, dans la cour de notre école, certains parmi les grands élèves se saisissaient des petits Bloch ou Lévy et les cognaient, les bousculaient au fond du préau, loin des maîtres qui, en melon et en jaquette, se promenaient en discutant probablement du cas Dreyfus.

Mona et Jacques Ozouf, La République des instituteurs, Coll. Hautes Études, Coédition Gallimard-Le Seuil, 1992, Coll. Points Histoire, Éditions du Seuil, 2001

{"id":"4371","resType":"text","gutType":"65","title":"Un instituteur se souvient de l\u2019affaire quand il \u00e9tait enfant","datas":{"content":"<span class=\"documents-doc-courant\">Quant \u00e0 l&rsquo;Affaire, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de ses remous \u00e0 Besan\u00e7on lorsque des \u00e9tudiants manifestaient le soir dans la rue, cassant avec leurs cannes et leurs gourdins les volets des magasins juifs. Je me souviens d&rsquo;un suppl\u00e9ment illustr\u00e9 du <span class=\"g-n-ral-ref\">Petit Journal<\/span>, paru en janvier 1895. L&rsquo;image de la d\u00e9gradation m&rsquo;avait impressionn\u00e9 profond\u00e9ment. Au lendemain des manifestations des \u00e9tudiants, dans la cour de notre \u00e9cole, certains parmi les grands \u00e9l\u00e8ves se saisissaient des petits Bloch ou L\u00e9vy et les cognaient, les bousculaient au fond du pr\u00e9au, loin des ma\u00eetres qui, en melon et en jaquette, se promenaient en discutant probablement du cas Dreyfus.<\/span>","title":"","complements":null,"credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"Mona et Jacques Ozouf, <span class=\"g-n-ral-ref\">La R&eacute;publique des instituteurs<\/span>, Coll. Hautes &Eacute;tudes, Co&eacute;dition Gallimard-Le Seuil, 1992, Coll. <span class=\"g-n-ral-ref\">Points Histoire<\/span>, &Eacute;ditions du Seuil, 2001"},"rubric_order":null}

 

La Cour de cassation, toutes chambres réunies, a rendu hier un arrêt définitif et irrévocable dans l’affaire qui depuis douze ans émeut profondément dans ce pays la conscience publique ; elle a proclamé que « de l’accusation contre Dreyfus, il ne reste rien debout, et ne subsiste rien pouvant lui être imputé à crime ou délit » ; et elle a cassé et annulé le jugement du conseil de guerre de Rennes « qui l’a condamné par erreur et à tort ».

La lumière a été faite, limpide, éclatante, absolue sur tous les points de la cause.

Le capitaine Alfred Dreyfus est reconnu innocent du crime qui lui était imputé, et qu’il a payé du sacrifice de son honneur, de la perte de son grade, d’une détention cruelle aggravée de mesures de rigueur particulières (Applaudissements à gauche et à l’extrême gauche), enfin, de longues années d’incertitude et de doute.

Désormais — et l’aveu en éclate dans le camp même de ceux qui luttèrent dix années durant pour que la lumière et la clarté ne soient pas faites — il faudra être obstinément et volontairement aveugle pour pouvoir élever la moindre restriction ou le plus petit doute, et pour ne pas se rendre à l’évidence de la vérité.

Reste à donner à l’arrêt de la cour de cassation les sanctions indispensables, et, avant tout, à procéder aux réparations nécessaires.

Déclaration du rapporteur Adolphe Messimy devant la Chambre des députés, séance du 13 juillet 1906

{"id":"4373","resType":"text","gutType":"65","title":"La r\u00e9habilitation du capitaine Dreyfus (13 Juillet 1906)","datas":{"content":"<p class=\"documents-doc-courant\">La Cour de cassation, toutes chambres r\u00e9unies, a rendu hier un arr\u00eat d\u00e9finitif et irr\u00e9vocable dans l&rsquo;affaire qui depuis douze ans \u00e9meut profond\u00e9ment dans ce pays la conscience publique ; elle a proclam\u00e9 que &laquo; de l&rsquo;accusation contre Dreyfus, il ne reste rien debout, et ne subsiste rien pouvant lui \u00eatre imput\u00e9 \u00e0 crime ou d\u00e9lit &raquo; ; et elle a cass\u00e9 et annul\u00e9 le jugement du conseil de guerre de Rennes &laquo; qui l&rsquo;a condamn\u00e9 par erreur et \u00e0 tort&nbsp;&raquo;.<\/p>\r\n<p class=\"documents-doc-courant\">La lumi\u00e8re a \u00e9t\u00e9 faite, limpide, \u00e9clatante, absolue sur tous les points de la cause.<\/p>\r\n<p class=\"documents-doc-courant\">Le capitaine Alfred Dreyfus est reconnu innocent du crime qui lui \u00e9tait imput\u00e9, et qu&rsquo;il a pay\u00e9 du sacrifice de son honneur, de la perte de son grade, d&rsquo;une d\u00e9tention cruelle aggrav\u00e9e de mesures de rigueur particuli\u00e8res <span class=\"g-n-ral-ita\">(Applaudissements \u00e0 gauche et \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame gauche)<\/span>, enfin, de longues ann\u00e9es d&rsquo;incertitude et de doute.<\/p>\r\n<p class=\"documents-doc-courant\">D\u00e9sormais &mdash; et l&rsquo;aveu en \u00e9clate dans le camp m\u00eame de ceux qui lutt\u00e8rent dix ann\u00e9es durant pour que la lumi\u00e8re et la clart\u00e9 ne soient pas faites &mdash; il faudra \u00eatre obstin\u00e9ment et volontairement aveugle pour pouvoir \u00e9lever la moindre restriction ou le plus petit doute, et pour ne pas se rendre \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\r\n<span class=\"documents-doc-courant\">Reste \u00e0 donner \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de la cour de cassation les sanctions indispensables, et, avant tout, \u00e0 proc\u00e9der aux r\u00e9parations n\u00e9cessaires.<\/span>","title":"","complements":null,"credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"D&eacute;claration du rapporteur Adolphe Messimy devant la Chambre des d&eacute;put&eacute;s, s&eacute;ance du 13 juillet 1906"},"rubric_order":null}

 
 

Analyse et Récit

 
 

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