À la suite de la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, l'Alsace et une partie de la Lorraine ont été conquises et rattachées à l'Empire allemand, proclamé en 1871 et dont la Prusse est le cœur. Cette perte territoriale est durement vécue par les Français, tandis qu'au sein même du Reich, le statut de cette région suscite de nombreux problèmes.
Comment l'attachement des Français à l'Alsace-Lorraine les engage-t-il dans la marche à la guerre ?
Hansi, « Saverne », estampe, sur la dernière page de l’Histoire d’Alsace, 1913 Hansi est un dessinateur alsacien (1873-1951), opposé à l'annexion de l'Alsace-Lorraine. En novembre 1913, le lieutenant allemand von Forstner insulte les Alsaciens en les traitant de « voyous ». Les élus alsaciens et la population protestent auprès de l’empereur et du gouvernement allemands, et l’armée allemande réprime brutalement les manifestations. L’affaire prend une dimension nationale car elle met en cause le rôle de l’armée en Allemagne et le droit des minorités — comme les Alsaciens et les Lorrains — dans l’Empire.- akg-images / Jean-Pierre Verney
7 millions d’exemplaires en 1914.
On se trouvait alors en 1871, peu de temps après la dernière guerre avec la Prusse. À la suite de cette guerre, l'Alsace et une partie de la Lorraine, y compris la ville de Phalsbourg, étaient devenues allemandes ; les habitants qui voulaient rester Français étaient obligés de quitter leurs villes natales pour aller s'établir dans la vieille France.
Le père d'André et de Julien, un brave charpentier veuf de bonne heure, qui avait élevé ses fils dans l'amour de la patrie, songea comme tant d'autres Alsaciens et Lorrains à émigrer en France. […]
[Le père des deux enfants a un accident et est sur le point de mourir]
— Oh ! s'écria le fils aîné avec élan, soyez tranquille, cher père, je vous promets que nous demeurerons les enfants de la France ; nous quitterons Phalsbourg pour aller là-bas ; nous resterons Français, quelque peine qu'il faille souffrir pour cela. […]
André et Julien n'avaient plus alors d'autre ressource, pour rester fidèles à leur pays et au vœu de leur père, que de passer la frontière à l'insu des Allemands et de se diriger vers Marseille, où ils tâcheraient de retrouver leur oncle. Une fois qu'ils l'auraient retrouvé, ils le supplieraient de leur venir en aide et de régulariser leur situation en Alsace : car il restait encore une année entière accordée par la loi aux Alsaciens-Lorrains pour choisir leur patrie et déclarer s'ils voulaient demeurer Français ou devenir Allemands.
Tels étaient les motifs pour lesquels les deux enfants s'étaient mis en marche et étaient venus demander au père Étienne l'hospitalité.
Lorsque André eut achevé le récit des événements qu'on vient de lire, Étienne lui prit les deux mains avec émotion :
— Ton frère et toi, lui dit-il, vous êtes deux braves enfants, dignes de votre père, dignes de la vieille terre d'Alsace-Lorraine, dignes de la patrie française ! Il y a bien des cœurs français en Alsace-Lorraine !
Augustine Fouillée, dite G. Bruno, Le Tour de France par deux enfants, chapitre 3 « La dernière parole de Michel Volden. — L’amour fraternel et l’amour de la patrie », Belin, Paris, 1877
Une du journal satirique allemand Kladderadatsch, dont la légende dit : « Enfin on y voit clair ! », janvier 1914 L'empereur allemand domine la scène de chaos. Les militaires pointent leurs baïonnettes contre les élus alsaciens qui mènent la contestation du régime allemand. On aperçoit le lieutenant Forstner qui a l'air insouciant, tandis que la France (Marianne) semble se moquer de cette situation. Bibliothèque universitaire Heidelberg
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Le 15 Octobre 2010
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