- Deux systèmes d'alliances militaires se mettent en place au début du xxe siècle en Europe. Il s'agit d'alliances défensives.
A. La Triple-Alliance
- Depuis le chancelier Bismarck, le Reich allemand et l'empire d'Autriche étaient alliés au sein de la Duplice (1879) pour maintenir l'isolement de la France en Europe. Cette alliance avait intégré l'Italie en 1882 en formant la Triplice, puis l'Empire russe jusqu'en 1890.
B. La Triple-Entente
- Profitant de la fin de l'alliance entre l'Allemagne et la Russie du Tsar, la France signe avec cette dernière une alliance militaire, officialisée en 1897.
- En 1898, la France et le royaume de Grande-Bretagne évitent de justesse l'affrontement pour le contrôle du Nil (crise de Fachoda). Inquiètes du développement économique et militaire allemand, elles signent une série d'accords en 1904 pour mettre fin à leurs rivalités coloniales : c'est l'« Entente Cordiale » (doc. 1 et 2).
- La Russie, confrontée à des troubles intérieurs (révolution de 1905) et militaires (défaite face au Japon) se rapproche de l'Angleterre en signant avec elle un accord en 1907, qui met fin à leurs rivalités en Asie.
- La Triple-Entente naît du rapprochement entre les trois pays.
C. L'Italie, entre deux systèmes d'alliances
- Des tensions au sujet du contrôle des Balkans apparaissent entre l'Empire austro-hongrois et l'Italie. Celle-ci réclame les terres irrédentes à l'Empire austro-hongrois, ce qui la conduit à se détacher de la Triplice et à se rapprocher de la France et de la Grande-Bretagne.
- Lorsque l'héritier du trône de l'Empire austro-hongrois est assassiné à Sarajevo par un nationaliste serbe le 28 juin 1914, les systèmes d'alliances se mobilisent. Quand la guerre éclate en juillet 1914, l'Italie se déclare neutre (doc. 3). En 1915, en échange de la promesse d'obtenir les terres irrédentes, elle entre en guerre aux côtés de la Triple-Entente.
Le Petit Journal, supplément illustré, 3 mai 1914 Depuis les accords bilatéraux de 1904 constituant l'« Entente Cordiale », la France et la Grande-Bretagne sont alliées. Les visites régulières des chefs d'État symbolisent cette alliance. Collection Kharbine-Tapabor
Nous étions encerclés. Notre voisin occidental, le peuple français, est le plus agité, le plus ambitieux, le plus vaniteux de tous les peuples d'Europe et, dans la pleine acception du terme, le plus militariste et le plus nationaliste. Depuis la dernière guerre franco-allemande, nous en sommes séparés par un fossé, dont un éminent historien français m'écrivait qu'il était absolument infranchissable. À l'Est, nous sommes entourés de peuples slaves, pleins d'aversion pour les Allemands qui les ont initiés à une civilisation supérieure ; ils les poursuivent de la haine méchante qu'un écolier récalcitrant et d'instincts brutaux éprouve pour un précepteur sérieux et digne. Ceci s'applique aux Russes, davantage aux Tchèques et surtout aux Polonais, qui revendiquent une partie de l'Allemagne orientale.
Les relations entre Allemands et Anglais ont varié au cours des siècles. John Bull daignait favoriser et protéger son pauvre cousin allemand, et même l'employer, de temps en temps, à quelque grosse besogne, mais il ne voulait pas admettre qu'il eût les mêmes droits que lui. Au fond, personne ne nous aimait. Cette antipathie était ancienne, mais la jalousie que suscita l'œuvre de Bismarck, la puissance et la richesse de l'Allemagne l'avaient singulièrement augmentée.Von Bülow, Mémoires, 1902-1909, tome 2, Plon, Paris, 1931
La Triplice a été conclue en tant qu'alliance défensive. […] Si l'un des trois contractants est attaqué, les deux autres doivent intervenir à ses côtés. De la sorte, sans être soi-même attaqué, on sera entraîné dans une guerre dont peut-être le pays n'aura pas envie et qu'il ne comprendra pas. […]
Comme la Triple-Alliance, la Triple-Entente se présente sous la forme d’un accord défensif, mais il a en réalité de fortes tendances offensives. La Russie a le désir compréhensible d’écraser l’Autriche pour imposer la suprématie slave et, par le moyen de la Serbie, pour s’ouvrir sur la route de l’Adriatique. […]
La France souhaite recouvrer les provinces perdues et prendre sa revanche des défaites de 1870. L’Angleterre cherche à se débarrasser, avec l’aide de ses alliés, du cauchemar de la puissance maritime allemande. L'Allemagne ne pense pas à la destruction de la flotte anglaise : là encore, elle ne veut que se défendre. […]
Si la guerre éclate, il n’est pas douteux que tout le poids retombera sur les épaules de l’Allemagne, entourée de trois côtés par ses adversaires.
« Rapport du chef de l’État-major allemand H. von Moltke en 1912 », cité par Pierre Renouvin, Textes et documents d’Histoire, Paris, Presses Universitaires de France, 1939
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Le 15 Octobre 2010
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