A. La culture dans le monde, un puzzle complexe
- La mosaïque linguistique mondiale est réelle : on estime que 6 000 langues sont actuellement parlées dans le monde (changeons d'échelle).
- Cette complexité se retrouve dans le domaine religieux. Certaines religions (bouddhisme ou hindouisme), sont localisées dans une seule région du monde. Les religions monothéistes (judaïsme, christianisme, islam) s'étendent sur plusieurs continents.
- Les grandes aires culturelles religieuses et linguistiques sont difficiles à cartographier : elles ne rendent pas compte de la diversité des pratiques et des appartenances à l'échelle individuelle (changeons d'échelle).
B. Mondialisation et uniformisation culturelle
- La mondialisation est souvent considérée comme un facteur d'appauvrissement du patrimoine culturel. Elle contribuerait à la disparition des langues et des religions traditionnelles, au profit d'une culture uniformisée. Ainsi, l'anglais s'est imposé comme une langue internationale (étude de cas). Les produits américains sont désormais présents sur tous les continents.
- Face à ce risque d'uniformisation culturelle, l'UNESCO a voté en 2005 une convention destinée à sauvegarder la diversité culturelle.
C. La mondialisation, un accélérateur de la diversification culturelle
- Malgré le poids de l'industrie américaine, d'autres pôles de production s'affirment. Ainsi, l'Inde est le premier pays au monde pour sa production audiovisuelle et cinématographique (doc. 3).
- Le contact entre la culture mondialisée et les cultures locales conduit à un vaste mouvement de réinterprétation. Partout, les produits culturels sont détournés et réappropriés par les populations locales (doc. 2 et 4).
- La mobilité des cultures et la diffusion des technologies de communication contribuent en retour à produire de la diversité. Ainsi, les échanges sur Internet permettent à des cultures minoritaires de se diffuser et peuvent être source de création culturelle.
Le culte terecô est un syncrétisme entre le christianisme et des religions animistes africaines. Ricardo Teles / Focus / Cosmos
On décrit souvent l'extraordinaire diversité indienne à partir de son aptitude — relative — à faire cohabiter un nombre record de religions sur son sol. Mais l'Inde est aussi plurielle au plan linguistique. […]
La Constitution de 1950 reconnut d'emblée quatorze langues officielles : l'assamais, le bengali, le gujarati, le hindi, le kannada, le cachemiri, le malayalam, le marathi, l'oriya, le punjabi, le sanskrit, le tamoul, le télougou et l'ourdou. En 1967, le sindhi y fut ajouté et en 1992 le konkani, langue de Goa, le népalais et le manipuri, langue du Manipur. La carte des langues correspond grosso modo à celle des États de l'Union indienne. […]
Cette diversité linguistique s'est trouvée réduite par la reconnaissance fort pragmatique d'un idiome commun, l'anglais, qui a été déclaré langue officielle associée après l'indépendance. Cette solution n'est pas allée de soi. […] L'anglais permet aujourd'hui à l'élite indienne de communiquer sans problème aux quatre coins du pays.
Grosso modo, l'Inde compte aujourd'hui 80 millions de locuteurs d'anglais, un chiffre qui en fait le deuxième pays anglophone du monde (derrière les États-Unis) et qui correspond à peu près à celui des abonnés à Internet. Au-delà de l'élite, la classe moyenne — même dans ses couches inférieures — se met à la langue de Shakespeare, comme en témoigne le succès des écoles « English medium », perçues comme le meilleur ascenseur social. Mais, dans le même temps, le hindi progresse du fait de la lente expansion de l'enseignement secondaire, dont c'est la seconde langue, et de l'essor des médias — et d'abord du cinéma dont le hindi est le mode d'expression par excellence. Du coup, il n'est pas rare qu'un Indien instruit maîtrise trois langues : celle de sa région — sa langue maternelle, le hindi et l'anglais.
Christophe Jaffrelot, "Diversités linguistiques et vitalités littéraires", Le Monde, 23 mars 2007
Le succès de Chowking, groupe de fast-food philippin, mérite d’être noté. Créée en 1985 par Robert Kuan, un Sino-philippin originaire du Guandong parti sans fortune mais formé à la gestion dans une bonne université philippine, cette entreprise […] a détrôné McDonald’s dans le pays depuis 2003. Chowking, qui propose des plats chinois et philippins, possède 342 magasins en 2006 et en crée 40 nouveaux par an. […]
Chowking n’est-il qu’une variante banale du fast-food d’origine américaine ? Pas seulement. D’abord parce que cette success story se situe dans un pays du « Sud », et qu’il est toujours intéressant d’analyser comment, avec ses atouts propres, une société mal placée au départ dans la concurrence mondiale peut tirer son épingle du jeu. La différence porte aussi sur la nature des produits vendus dans ces restaurants. […] Le fast-food chinois est porteur d’une autre culture culinaire et […] participe à la diversification des pratiques alimentaires. […] Fast-food mondialisé ne signifie donc pas forcément mcdonaldisation du monde.
D'après Jacques Lévy, L'invention du monde, une géographie de la mondialisation, Presses Universitaires de Science-Po, 2008
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Le 15 Octobre 2010
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