Autour de la vie et de l’œuvre de (1524-1566) plane un grand mystère. Cette Lyonnaise, que l’on surnomma « La Belle Cordière » parce qu’elle était fille et femme de cordiers, a nourri de nombreuses légendes : elle aurait notamment reçu une éducation exceptionnelle pour une femme de l’époque (apprenant le grec et le latin). Cette femme moderne qui fréquentait les cercles intellectuels lyonnais aurait également eu une liaison adultère avec le poète Olivier de Magny. Mais tout ce que nous savons d’elle reste hypothétique et son existence a même récemment été mise en doute ! Sa poésie, inspirée par les modèles italiens de la Renaissance, exprime un lyrisme marqué par la violence du désir et de la passion.
Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes répandues,
Ô noires nuits vainement attendues,
Ô jours luisants vainement retournés :
Ô tristes pleins, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues,
Ô mille morts en mille rets tendues,
Ô pires maux contre moi destinés.
Ô ris, ô front, cheveux, bras, mains et doigts :
Ô luth plaintif, viole, archet et voix :
Tant de flambeaux pour ardre une femelle !
De toi me plains, que tant de feux portant,
En tant d’endroits d’iceux mon cœur tâtant,
N’en ait sur toi volé quelque étincelle.
Louise Labé, sonnet II, 1555 (orthographe modernisée)
Poète mineur, (1529-1561) est surtout connu pour avoir été, selon la légende, l’amant de Louise Labé. Il aurait également côtoyé Joachim du Bellay lors d’un séjour diplomatique à Rome. Sa poésie, classique et conventionnelle, est inspirée par celle des poètes de la Pléiade.
Ô beaux yeux bruns, ô regards détournés,
Ô chauds soupirs, ô larmes épandues,
Ô noires nuits vainement1 attendues,
Ô jours luisants2 vainement retournés :
Ô tristes pleins3, ô désirs obstinés,
Ô temps perdu, ô peines dépendues4,
Ô mille morts en mille rets5 tendues,
Ô pires maux contre moi destinés.
Ô pas épars, ô trop ardente flamme
Ô douce erreur, ô pensées de mon âme
Qui çà, qui là, me tournez nuit et jour.
Ô vous mes yeux, non plus yeux mais fontaines,
Ô dieux, ô cieux, et personnes humaines,
Soyez pour Dieu témoins de mon amour.
Olivier de Magny, Les Soupirs, sonnet LV, 1556
Pierre Woeiriot, Portrait de Louise Labé, gravure (détail), vers 1555. Photo12.com/Alamy
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Le 21 Octobre 2010
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