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Français 4e

Synthèse du chapitre

Figures féminines, du portrait élogieux à la caricature

Synthèse du chapitre

L'art littéraire a cherché, comme les arts figuratifs, à représenter hommes et femmes, et en particulier ce qui fait la spécificité de telle ou telle personne. Dans la vie courante, on connaît le plus souvent l'aspect extérieur d'un être (son physique, son comportement) avant de connaître son intériorité en dialoguant avec lui. L'originalité de la littérature, par rapport au portrait visuel, est qu'elle peut prétendre nous faire entrer dans l'esprit des personnages qu'elle présente, en rapportant leurs pensées. De même que le jugement sur le caractère d'une personne est soumis au point de vue de chacun et peut être partial, un auteur peut choisir de faire passer un message, d'orienter la vision d'un personnage.
 

Fonction du portrait

La rédaction d'un portrait peut poursuivre des objectifs variés : on cherche à faire l'éloge du protagoniste (texte 2), ou à l'inverse à le blâmer, à susciter un sentiment chez le lecteur (de la pitié, du rire…) à l'aide de mots connotés (vocabulaire péjoratif ou mélioratif), à relever les aspects positifs de sa vie (dans l'éloge funèbre). Si l'auteur force le trait et déforme la réalité de façon très accentuée, il s'agit alors d'une caricature. Parfois ciblée sur un personnage, elle est souvent construite autour d'un type de personnage : la femme, le bourgeois, le dévot… (texte 5).
La ridiculisation peut amuser le lecteur, pour l'inciter à changer son propre comportement.
 

Organiser un portrait

Tracer des portraits est une activité très ancienne (par exemple pour représenter les traits d'un souverain) souvent renouvelée (l'invention de la photographie les a multipliés). Dans un portrait littéraire, on peut analyser certains éléments qui se retrouvent dans les arts visuels : le rapport au réel (le portrait reflète-t-il le modèle au plus vrai ou est-il au contraire stylisé ?), la posture de la personne représentée (est-elle prise sur le vif ?), le décor (souvent choisi avec minutie afin de symboliser des aspects du personnage, qui donne des indices pour une approche plus intime de la personnalité du sujet représenté).
 

Plusieurs genres littéraires peuvent contenir des portraits. Dans un roman par exemple, on décrit souvent les personnages afin de les présenter, de montrer leur caractère, d'expliquer leur comportement. Le lecteur peut se les imaginer, qu'ils soient crédibles ou non. La description physique d'un personnage permet au lecteur de se représenter mentalement son apparence. Elle peut être organisée pour aider le lecteur à créer du sens en mimant le trajet de l'œil observant quelqu'un (de haut en bas, de la vision d'ensemble au détail…). L'auteur peut également le décrire en mouvement, rapporter ses actions lors de sa vie de tous les jours. Il peut enfin choisir de « laisser parler » le personnage : les paroles qu'il prononce révèlent son caractère (texte 3).
 

Il nous faut nous demander qui dresse le portrait étudié. Est-ce un personnage extérieur à l'histoire, un acteur du récit (ce qui nous renseigne sur ce que les personnages pensent les uns des autres), le personnage décrit (autoportrait) ? Un portrait peut aussi se livrer à l'analyse psychologique des décisions, sentiments, réactions prêtés à un personnage principal (texte 1), ou croiser plusieurs dimensions à la fois : le physique, le psychologique et le milieu social (texte 4).
 

Techniquement, pour enrichir le portrait par des informations précises, on peut recourir notamment à des expansions du nom (adjectifs qualificatifs épithètes, compléments du nom, propositions subordonnées relatives).

Suggestions de lectures

Découvrez les autres portraits de cet ouvrage :

  • Portrait en paroles d'un héros, Corneille, Le Cid, I, 5-6 (chapitre 3, texte 2).
  • Portrait d'un couple sinistre, les Thénardier, Hugo, Les Misérables (chapitre 6, texte 1).
  • Portraits d'enfants : Cosette et Gavroche, Hugo, Les Misérables (chapitre 6, textes 1 et 7).
  • Portrait de la belle inaccessible dans la bouche de celui qui l'aime, Rostand, Cyrano de Bergerac, I, 5 (chapitre 8, texte 2).

Saurez-vous poursuivre cette liste ?

Prolongement

Pierre Desproges (1939-1988) fut animateur radio. Voici l'une de ses chroniques, dans laquelle, avec un humour caustique, il décrit une femme de façon bien caricaturale.

À trente ans, Ophélie Labourette supplantait dans la hideur et la disgrâce les culs de cynocéphales les plus tourmentés. Elle était intensément laide de visage et de corps, et le plus naturellement du monde, c'est-à-dire sans que jamais le moindre camion ne l'eût emboutie, ni qu'un seul virus à séquelles déformantes n'y creusât jamais ses ravages. Elle était vilaine par la grâce de Dieu, marquée à vie au saut de l'utérus.

Jaillissant de sa tête en poire cloutée de deux globules aux paupières à peine ouvrables, elle imposait un pif grumeleux, patatoïde et rouge vomi, qu'un duvet noir d'adolescent ingrat séparait d'une fente imprécise qui pouvait faire illusion et passer pour une bouche aux moments de clapoter. Autour de ce masque immettable, elle entretenait toute une chignonnerie de poils à balai de crin qui se hérissaient sur les tempes au temps chaud pour cacher en vain les pavillons de détresse de ses oreilles boursouflées dont seule la couleur, identique à celle du nez, apportait un semblant d'harmonie, au demeurant regrettable, à cette informité.

Le corps était, si l'on peut dire, à l'avenant. Court et trapu, sottement cylindrique, sans hanches ni taille, ni seins, ni fesses. Une histoire ratée, sans aucun rebondissement. De ce tronc morne s'étiraient quatre branches maigrelettes, précocement parcheminées et flasques, endeuillées par endroits d'un pelage incertain. Les membres inférieurs, plus particulièrement, insultaient le regard. N'était leur position dans l'espace (l'une au-dessus de l'autre) rien ne permettait de discerner la jambe de la cuisse. L'une et l'autre, affûtées dans le même moule à bâtons, s'articulaient au milieu par la protubérance insolite d'un galet rotulien trop saillant. Un trait, un point, un trait, c'étaient des jambes de morse. Moins affriolantes que bien des prothèses. Avec, pour seul point commun avec les jambes des femmes, une certaine aptitude à la marche.

La Providence, dans un de ces élans sournois de sa méchanceté gratuite qui l'incite à faire éclore les plus belles roses sur les plus écœurants fumiers, avait cru bon d'égarer, au milieu de toute cette bassesse, une perle rare d'une éclatante beauté. Ophélie Labourette avait une voix magnifique.

Pierre Desproges, Chroniques de la haine ordinaire, « La belle histoire du crapaud-boudin » (28 mai 1986)

Documents

 

Portrait de Pierre Desproges

Pierre Desproges (1939-1988) Wikimedia/Roland Godefroy

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