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Français 4e

Synthèse du chapitre

Le théâtre à l'âge classique : Le Cid de Pierre Corneille (1660)

Synthèse du chapitre

Le xviie siècle est le grand siècle du théâtre. À titre d'exemple, à l'époque, dix pour cent des Parisiens vont régulièrement au théâtre et certains, tous les jours ! Les personnes au pouvoir s'y intéressent : Louis xiii et Richelieu (son « premier ministre »), puis Louis xiv sont des spectateurs assidus ; Louis xiii monte parfois sur scène pour jouer la comédie, et Richelieu, fin connaisseur, aime inventer des canevas de pièces. Leur goût pour l'art dramatique a aussi une dimension politique : si tant de gens aiment le théâtre, il faut pouvoir le contrôler, voire s'en servir pour renforcer l'ordre social, l'autorité et le prestige du roi. Beaucoup d'argent est investi pour favoriser la création de pièces. En contrepartie on impose de nombreuses règles et la censure est sévère.

Le Cid : d'une tragi-comédie baroque à une tragédie classique ?

  • Une œuvre de jeunesse vouée au triomphe


Auteur de pièces de théâtre à succès, Corneille excelle à comprendre les goûts du public. Pour Le Cid, il reprend la pièce de Guillén de Castro, intitulée Las Mocedades del Cid (La Jeunesse du Cid, 1618), qui a pour thème les exploits et amours de Rodrigo Diaz de Bivar, un chevalier espagnol du Moyen Âge, surnommé « El Cid » (de l'arabe Sidi, « seigneur »). Autant d'ingrédients pour une intrigue passionnante. Corneille fait de sa pièce une tragi-comédie, le genre alors à la mode. Correspondant à l'esthétique baroque, la tragi-comédie se caractérise par de nombreux rebondissements (amours contrariées, trahisons, combats sanglants, enlèvements, quiproquos…), mêle les lieux et les époques, ainsi que les registres comique et tragique. Tout est permis pour tenir le spectateur en haleine ; seule contrainte : que l'histoire se termine bien. Très attentif aux goûts du moment, Corneille propose une pièce plus épurée qu'une tragi-comédie traditionnelle : intrigue simplifiée, action resserrée dans le temps et l'espace, conflits psychologiques plutôt que scènes de combat, dimension comique limitée, personnages plus complexes, déchirés intérieurement par le dilemme auquel ils se trouvent confrontés. Le Cid est un triomphe absolu, au moment de la victoire de la France sur l'Espagne, en 1637.

  • Un jeune homme désireux de prouver sa valeur


Cependant, Corneille s'adapte plus facilement aux attentes du public qu'à celles du pouvoir. Étroitement lié à Richelieu, il est l'un des cinq auteurs « officiels », formés et financés par celui-ci. Mais c'est aussi un jeune homme d'à peine trente ans, sûr de son talent, peu soucieux des recommandations des doctes, ces érudits âgés nommés par Richelieu pour contrôler la production littéraire et imposer l'esthétique classique. On retrouve ce désir d'indépendance dans l'intrigue même de la pièce. En effet, Le Cid oppose en quelque sorte la jeunesse à la vieillesse, censée détenir l'autorité, et cette lutte tourne rapidement à l'avantage de la première. Rodrigue est un tout jeune homme qui cherche à prouver sa force et son courage pour trouver sa place dans le monde des adultes. Il le fait certes avec panache, mais en passe aussi par le refus de se soumettre au roi. Ainsi, en tuant le Comte en duel pour venger son père et sauver son honneur, il se fait justice tout seul au lieu de demander justice au roi. Quand il part combattre les Maures, il ne le fait pas sur demande du roi, mais il le décide seul et lève sa propre armée. Cependant, à la fin de la pièce, le roi parvient à prendre le dessus et à faire respecter sa décision de marier Rodrigue et Chimène afin de restaurer la paix entre ses seigneurs. Son autorité est donc enfin (r)établie.

  • La querelle du Cid ou la transition du baroque vers le classicisme


Les règles du théâtre de l'époque sont strictes : on recherche par exemple l'unité d'action, de temps et de lieu. Face à ce jeune auteur un peu trop provocateur, les reproches des doctes ne se font pas attendre : il n'a pas assez respecté les règles classiques, notamment la bienséance et la vraisemblance : comment une jeune femme respectable peut-elle épouser l'assassin de son père ? Corneille y répond par le mépris et la situation s'envenime : c'est ce que l'on a appelé la « querelle du Cid », véritable affaire d'État, puisqu'on demande à Richelieu de trancher. Pour les défenseurs de Corneille, la pièce ne peut pas être mauvaise, puisqu'elle connaît un immense succès populaire. L'Académie française, chargée par Richelieu de prononcer le jugement, donne plutôt raison aux adversaires du Cid. Affecté, Corneille modifie sa pièce en 1648 puis en 1660, pour la rendre plus conforme aux règles classiques ; il la rebaptise alors « tragédie » (version la plus connue, ici proposée).

Suggestions de lectures

  • Magali Wiéner, Le Théâtre à travers les âges, 2000.
  • Pierre Corneille, Jean-Louis Mennetier, Christophe Billard, Oliv', Le Cid : la bande dessinée, Éditions Petit à Petit, 2006.
  • Pièces de théâtre (du répertoire français)
  • Pierre Corneille, Le Menteur, 1643.
  • Jean Racine, Phèdre, 1677.
  • Victor Hugo, Ruy Blas, 1838.
  • Émile Roudié, D'Artagnan et Cyrano, 1935.

Prolongement

La figure du Cid a inspiré de nombreux poètes. Si Corneille en a donné la version dramatique la plus brillante, Georges Fourest (1867-1945) traite le cœur de l'intrigue avec familiarité et humour dans ce sonnet parodique.

« Le Cid »

Le palais de Gormaz, comte et gobernador,

est en deuil : pour jamais dort couché sous la pierre

l'hidalgo dont le sang a rougi la rapière

de Rodrigue, appelé le Cid Campeador.

Le soir tombe. Invoquant les deux saints Paul et Pierre,

Chimène, en voiles noirs, s'accoude au mirador

et ses yeux dont les pleurs ont brûlé la paupière

regardent, sans rien voir, mourir le soleil d'or…

Mais un éclair, soudain, fulgure en sa prunelle :

sur la plaza Rodrigue est debout devant elle !

Impassible et hautain, drapé dans sa capa,

le héros meurtrier à pas lents se promène :

« Dieu ! soupire à part soi la plaintive Chimène,

« qu'il est joli garçon l'assassin de Papa ! »

Georges Fourest, « Le Cid », la Négresse blonde, 1909

Documents

 

Le théâtre à l'âge classique : Le Cid de Pierre Corneille (1660)

Gravure représentant l’actrice Rachel dans le rôle de Chimène, xixe siècle Bibliothèque de L'Arsenal, Paris, France / Bridgeman Giraudon

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