La peinture est un art utilisé d'abord pour rendre compte d'événements publics ou faire le portrait de grands personnages. À partir du xviiie siècle, on s'intéresse à la vie privée et à l'intimité en développant une approche nouvelle. On s'efforce de peindre avec délicatesse le mouvement et les petites choses de la vie : le quotidien, le corps et ses émotions, les sentiments. Analysons ici cette période de transition qui prépare le romantisme ou le réalisme du xixe siècle.
Comment se manifeste un nouvel intérêt pour les sentiments dans la peinture du xviiie siècle ?
François Boucher, Le Billet doux, 1754, huile sur toile, 95 x 127 cm, National Gallery, Londres The National Gallery, Londres, Dist. RMN/National Gallery Photographic Department
Jean-Antoine Watteau, La Gamme d’amour, v. 1712, huile sur toile, National Gallery, Londres The National Gallery, Londres, Dist. RMN/National Gallery Photographic Department
Greuze, La Jeune Fille qui pleure son oiseau mort, 1759, huile sur toile, Musée du Louvre, Paris Photo12.com-Oronoz
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, v. 1776-1779, huile sur toile, 71 x 92 cm, Musée du Louvre, Paris Wikimedia
Cent fois j’ai été tenté de dire aux jeunes élèves que je trouvais sur le chemin du Louvre1 avec leurs portefeuilles sous le bras : […] Demain, allez à la guinguette2 ; et vous verrez l’action vraie de l’homme en colère. Cherchez les scènes publiques ; soyez observateurs dans les rues, dans les jardins, dans les marchés, dans les maisons, et vous y prendrez des idées justes du vrai mouvement dans les actions de la vie.
Si dans un tableau la vérité des lumières se joint à celle de la couleur, tout est pardonné, du moins dans le premier instant. Incorrections de dessin, manques d’expression, pauvreté de caractères, vices d’ordonnance, on oublie tout ; on demeure extasié, surpris, enchaîné, enchanté. […] Que celui qui n’a pas étudié et senti les effets de la lumière et de l’ombre dans les campagnes, au fond des forêts, sur les maisons des hameaux, sur les toits des villes, le jour, la nuit, laisse là les pinceaux ; surtout qu’il ne s’avise pas d’être paysagiste.
Ah si un sacrifice, une bataille, un triomphe, une scène publique pouvait être rendue avec la même vérité dans tous ses détails qu’une scène domestique de Greuze ou de Chardin 3!
Denis Diderot, Essai sur la peinture (extraits), 1795
Louis-Michel Van Loo, Portrait de M. Diderot, 1767, huile sur toile, 81 x 65 cm, Musée du Louvre, Paris Photo12.com-Oronoz
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Le 21 Octobre 2010
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