Commander

5

Français 4e

Texte et image 3

La composition du cadre fantastique

Documents

 

Hier, je suis rentré à Paris.
Quand je revis ma chambre, notre chambre, notre lit, nos meubles, toute cette maison où était resté tout ce qui reste de la vie d'un être après sa mort, je fus saisi par un retour de chagrin si violent queje faillis ouvrir la fenêtre et me jeter dans la rue. Ne pouvant plus demeurer au milieu de ces choses,de ces murs qui l'avaient enfermée, abritée, et qui devaient garder dans leurs imperceptibles fissures mille atomes d'elle, de sa chair et de son souffle, je pris mon chapeau, afin de me sauver. Tout à coup, au moment d'atteindre la porte, je passai devant la grande glace du vestibule qu'elle avait fait poser là pour se voir, des pieds à la tête, chaque jour, en sortant, pour voir si toute sa toilette allait bien, était correcte et jolie, des bottines à la coiffure.
Et je m'arrêtai net en face de ce miroir qui l'avait souvent reflétée. Si souvent, si souvent, qu'il avait dû garder aussi son image.
J'étais là debout, frémissant, les yeux fixés sur le verre, sur le verre plat, profond, vide, mais qui l'avait contenue tout entière, possédée autant que moi, autant que mon regard passionné. Il me sembla que j'aimais cette glace - je la touchai, - elle était froide ! Oh ! le souvenir ! le souvenir ! miroir douloureux, miroir brûlant, miroir vivant, miroir horrible, qui fait souffrir toutes les tortures ! Heureux les hommes dont le coeur, comme une glace où glissent et s'effacent les reflets, oublie tout ce qu'il a contenu, tout ce qui a passé devant lui, tout ce qui s'est contemplé, miré dans son affection, dans son amour ! Comme je souffre ! Je sortis et, malgré moi, sans savoir, sans le vouloir, j'allai vers le cimetière.
Je trouvai sa tombe toute simple, une croix de marbre, avec ces quelques mots : « Elle aima, fut aimée, et mourut. » 
Elle était là, là-dessous, pourrie ! Quelle horreur ! Je sanglotais, le front sur le sol. J'y restai longtemps, longtemps. Puis je m'aperçus que le soir venait. Alors un désir bizarre, fou, un désir d'amant désespéré s'empara de moi. Je voulus passer la nuit près d'elle, dernière nuit, à pleurer sur sa tombe. Mais on me verrait, on me chasserait. Comment faire ? Je fus rusé. Je me levai et me mis à errer dans cette ville des disparus.


Guy de Maupassant, La Morte

{"id":"1221","resType":"text","gutType":"55","title":"La composition du cadre fantastique","datas":{"content":"Hier, je suis rentr&eacute; &agrave; Paris. <br \/>Quand je revis ma chambre, notre chambre, notre lit, nos meubles, toute cette maison o&ugrave; &eacute;tait rest&eacute; tout ce qui reste de la vie d'un &ecirc;tre apr&egrave;s sa mort, je fus saisi par un retour de chagrin si violent queje faillis ouvrir la fen&ecirc;tre et me jeter dans la rue. Ne pouvant plus demeurer au milieu de ces choses,de ces murs qui l'avaient enferm&eacute;e, abrit&eacute;e, et qui devaient garder dans leurs imperceptibles fissures mille atomes d'elle, de sa chair et de son souffle, je pris mon chapeau, afin de me sauver. Tout &agrave; coup, au moment d'atteindre la porte, je passai devant la grande glace du vestibule qu'elle avait fait poser l&agrave; pour se voir, des pieds &agrave; la t&ecirc;te, chaque jour, en sortant, pour voir si toute sa toilette allait bien, &eacute;tait correcte et jolie, des bottines &agrave; la coiffure. <br \/>Et je m'arr&ecirc;tai net en face de ce miroir qui l'avait souvent refl&eacute;t&eacute;e. Si souvent, si souvent, qu'il avait d&ucirc; garder aussi son image. <br \/>J'&eacute;tais l&agrave; debout, fr&eacute;missant, les yeux fix&eacute;s sur le verre, sur le verre plat, profond, vide, mais qui l'avait contenue tout enti&egrave;re, poss&eacute;d&eacute;e autant que moi, autant que mon regard passionn&eacute;. Il me sembla que j'aimais cette glace - je la touchai, - elle &eacute;tait froide&nbsp;! Oh&nbsp;! le souvenir&nbsp;! le souvenir&nbsp;! miroir douloureux, miroir br&ucirc;lant, miroir vivant, miroir horrible, qui fait souffrir toutes les tortures&nbsp;! Heureux les hommes dont le coeur, comme une glace o&ugrave; glissent et s'effacent les reflets, oublie tout ce qu'il a contenu, tout ce qui a pass&eacute; devant lui, tout ce qui s'est contempl&eacute;, mir&eacute; dans son affection, dans son amour&nbsp;! Comme je souffre&nbsp;! Je sortis et, malgr&eacute; moi, sans savoir, sans le vouloir, j'allai vers le cimeti&egrave;re. <br \/>Je trouvai sa tombe toute simple, une croix de marbre, avec ces quelques mots&nbsp;:&nbsp;<span style=\"color: #000000;\"><span style=\"font-family: Verdana, sans-serif;\"><span style=\"font-size: small;\"><span><span>&laquo;&nbsp;<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span>Elle aima, fut aim&eacute;e, et mourut.&nbsp;<span style=\"font-family: Verdana, sans-serif; font-size: small;\">&raquo;<\/span>&nbsp;<br \/>Elle &eacute;tait l&agrave;, l&agrave;-dessous, pourrie&nbsp;! Quelle horreur&nbsp;! Je sanglotais, le front sur le sol. J'y restai longtemps, longtemps. Puis je m'aper&ccedil;us que le soir venait. Alors un d&eacute;sir bizarre, fou, un d&eacute;sir d'amant d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; s'empara de moi. Je voulus passer la nuit pr&egrave;s d'elle, derni&egrave;re nuit, &agrave; pleurer sur sa tombe. Mais on me verrait, on me chasserait. Comment faire&nbsp;? Je fus rus&eacute;. Je me levai et me mis &agrave; errer dans cette ville des disparus. <br \/>","title":"","complements":"","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"Guy de Maupassant, <span class=\"g-n-ral-ref\">La Morte<\/span>"},"rubric_order":null}

 
Face au miroir

Léon Spilliaert, Autoportrait à la lune, encre de Chine et crayon de couleur sur papier, 1908, 48 x 63 cm, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles. akg-images/Erich Lessing

{"id":"2688","resType":"image","gutType":"59","title":"Face au miroir","datas":{"credits":"akg-images\/Erich Lessing","origine":"http:\/\/www.opac-fabritius.be\/fr\/F_database.htm","license":"","source":"L&eacute;on Spilliaert, <span class=\"g-n-ral-ref\">Autoportrait &agrave; la lune<\/span>, encre de Chine et crayon de couleur sur papier, 1908, 48 x 63 cm, Mus&eacute;es royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles.<br \/>","caption":"","thumb":"\/upload\/deborah\/thumb.small.akg_320017.jpg","medium":"\/upload\/deborah\/akg_320017.jpg","max":"\/upload\/deborah\/max.akg_320017.jpg","title":""},"rubric_order":null}
 

Questions sur le texte

 
 

Lexique

 
 

Expression orale

 
 

Expression écrite

 
 

Lecture d'image

 
 

Vocabulaire de la page

    Cette page ne contient pas de vocabulaire

Annotations du document

Annoter ce document
  • Ce document n'a pas d'annotation
Annoter ce document
  • Ce document n'a pas d'annotation
  Remarques Actualités
Vous avez une remarque, une idée pour améliorer le site ou une question à nous poser ? Envoyez-nous un message et nous vous répondrons rapidement.

Entrez votre adresse E-mail :
Entrez votre téléphone* :      

* Le champ téléphone n'est pas obligatoire mais il nous permettra de répondre plus efficacement à vos questions si nécessaire.

Restez connectés et tenez-vous au courant des nouveautés !

Suivez toute l'actualité du livrescolaire.fr sur facebook :
-nouveaux manuels,
-mise en ligne de ressources interactives,
-nouvelles fonctionnalités pour les manuels numériques,
-évènements,  
-etc.

Cliquez ici pour découvrir notre page et tout savoir sur lelivrescolaire.fr !