Le désir incessant de mouvement et de voyage qui a donné son aspect légendaire à la vie d’ (1854-1891), compagnon de route de Paul Verlaine, se retrouve dans la « révolution poétique » qu’il mit en œuvre, introduisant des thèmes subversifs (menaçant l’ordre établi) et des tours familiers dans des poèmes d’une apparente simplicité.
Bien que ce souvenir d’enfance passe comme une ombre fugitive, Rimbaud emploie son art à lui restituer toute sa fraîcheur passée.
J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors, je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. À la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.
Arthur Rimbaud, « Aube », Illuminations, 1886
Si (1844-1896) fut marqué à vie par sa rencontre avec Arthur Rimbaud, leur relation fut brève et connut une fin dramatique ; aspirant à calmer ses angoisses en se rapprochant de sa femme, il se convertit au catholicisme et se recommanda à Dieu dans Sagesse
Verlaine se fait ici proche de Jésus-Christ, frère de souffrance pour tous les hommes. Bien que très personnel, ce texte concerne tout homme.
Mon Dieu m’a dit : « Mon fils, il faut m’aimer. Tu vois
Mon flanc percé, mon cœur qui rayonne et qui saigne,
Et mes pieds offensés que Madeleine1 baigne
De larmes, et mes bras douloureux sous le poids
De tes péchés, et mes mains ! Et tu vois la croix,
Tu vois les clous, le fiel2, l’éponge et tout t’enseigne
À n’aimer, en ce monde amer où la chair règne,
Que ma Chair et mon Sang3, ma parole et ma voix.
Ne t’ai-je pas aimé jusqu’à la mort moi-même,
Ô mon frère en mon Père, ô mon fils en l’Esprit4,
Et n’ai-je pas souffert, comme c’était écrit ?
N’ai-je pas sangloté ton angoisse suprême
Et n’ai-je pas sué la sueur de tes nuits,
Lamentable ami qui me cherches où je suis ? »
Paul Verlaine, « Mon Dieu m’a dit… », Sagesse, 1880
Henri Fantin-Latour, Le coin de table (détail), 1872, huile sur toile, 160 x 225 cm, Musée d'Orsay. Photo12/ARJ
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Le 21 Octobre 2010
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