Reconnu dès son époque comme un « grand homme » tant pour son engagement politique que pour l’extraordinaire profusion de son œuvre littéraire, (1802-1885) incarna la poésie française dans tous ses aspects, lyrique, polémique, épique et dramatique (voir aussi p. 109).
Hugo médite ici avec pitié sur le sort des enfants au travail, pour mieux inciter à un engagement en leur faveur.
Melancholia
[…] Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Ces doux êtres pensifs que la fièvre maigrit ?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules ?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous des meules ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’une machine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! la cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu : « Petits comme nous sommes,
Notre père, voyez ce que nous font les hommes ! »
O servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, œuvre insensée,
La beauté sur les fronts, dans les cœurs la pensée,
Et qui ferait — c’est là son fruit le plus certain ! —
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais qui prend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on demande : « Où va-t-il ? que veut-il ? »
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme ! […]
Victor Hugo, Les Contemplations, Livre III (extrait), 1856
Caricature d'Honoré Daumier, Victor Hugo en mage, 37 x 54 cm, Musée du Louvre. akg-images
Aussi bien dans son activité politique que dans son œuvre poétique, l'une des plus originales du xxe siècle, (1913-2008) a dénoncé la violence et les humiliations subies par les populations colonisées, et œuvré pour faire reconnaître la « négritude » comme une culture autonome.
Riche de la formation intellectuelle qu’il a reçue en métropole, le poète rêve de revenir chez lui en Martinique pour devenir le porte-parole des siens.
Partir. Mon cœur bruissait de générosités emphatiques1.
Partir… j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien
et je dirais à ce pays dont le limon2 entre dans la composition de ma chair :
« J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur3 désertée de vos plaies ».
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais :
« Embrassez-moi sans crainte… Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai ».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix,
la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme,
gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur,
car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium4,
car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse… »
Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1947
Aimé Césaire, Ministère de la Culture, RMN - Gestion droits d'auteur - Ministère de la Culture - Médiathèque du Patrimoine, Dist. RMN / Denise Colomb
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Le 21 Octobre 2010
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