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Français 4e

Synthèse du chapitre

Souvenirs émus : le lyrisme revisité par la poésie des XIXe et XXe siècles 

Synthèse du chapitre

Malgré son étymologie ancienne, le mot « lyrisme » n'apparaît qu'en 1829 dans une lettre du poète romantique Alfred de Vigny. Selon lui, le lyrisme ne consiste pas seulement à exprimer ses sentiments ou ses impressions personnelles : par son aspiration à un idéal esthétique (la beauté) ou moral (la vérité, la justice, le bien), le poète acquiert une dimension universelle et exemplaire qui permet au lecteur de s'identifier à lui.
 

Les modèles antiques du lyrisme
 

Le romantisme reprend la légende grecque d'Orphée, regardé comme l'inventeur de la poésie, et qui aurait eu le pouvoir d'enchanter les bêtes sauvages par les accents de sa lyre.
 

Même si les poètes des xixe et xxe siècles ne s'y réfèrent pas toujours explicitement, il faut aussi mentionner les Psaumes de la Bible, exemple antique d'une poésie personnelle, qui dit « je » en faisant part à Dieu de ses états d'âme tout en étant suffisamment ouverte pour que chacun puisse s'y reconnaître, et qui ont été composés pour être accompagnés d'une lyre.
 

La dimension musicale de la poésie est redécouverte au xixe siècle et les poètes se livrent à tout un travail sur les sonorités (assonances, allitérations…). On assiste à un regain d'intérêt pour les formes fixes classiques : sonnets, chansons…
 

Les thèmes lyriques aux xixe et xxe siècles
 

La poésie lyrique est marquée par le culte de la nature et l'aspiration à l'amour sublime, mais qui s'accompagne d'un sentiment de mélancolie pouvant aller jusqu'à l'angoisse devant les changements du monde moderne et la difficulté pour une âme poétique d'y trouver sa place. En témoignent les apostrophes et invocations, les exclamations, les interrogations que le poète lyrique lance au Ciel, à la nature ou à l'humanité.
 

Au milieu d'un monde qui change, où l'Histoire est indécise, les poètes du xixe siècle se recentrent sur leur propre expérience dans une poésie qui se veut authentique et qui aurait la spontanéité et le souffle du génie. Elle se doit d'exprimer émotions, impressions et sentiments, et de saisir ce qui vient du cœur, sans théories abstraites ni raffinements superflus. Ces poètes ne forment pas un groupe, car chacun cherche à cultiver sa propre sensibilité. Ce n'est pas le romantisme qui a inventé le lyrisme, mais ce courant le redécouvre, en le tournant parfois vers une exaltation du moi qui n'a pas vraiment de précédent.
 

Heureuse et enthousiaste comme chez Supervielle (texte 1) et Péguy (texte 6), ou au contraire plongée dans les malheurs de l'exil comme chez Hugo ou Césaire (textes 7 et 8), à tonalité amoureuse (textes 2 et 3), onirique (texte 4), religieuse (texte 5), politique (texte 7), l'expérience personnelle peut emprunter des formes variées : Nerval écrit une « odelette », Rimbaud un poème en prose, Césaire une poésie en vers libres. Mais chez tous on retrouve un même désir d'élévation, soit qu'ils immortalisent un souvenir personnel ou national (Nerval, Péguy, Hugo), soit qu'ils chantent et enchantent leurs souffrances (Rimbaud, Desbordes-Valmore) soit qu'ils cherchent à édifier le lecteur (Verlaine ou Césaire).

Suggestions de lectures

  • Guillaume Apollinaire, « Le Pont Mirabeau », Alcools, 1913.
  • Charles Baudelaire, « La vie antérieure » ou « Harmonie du soir », Les Fleurs du Mal, 1857.
  • Victor Hugo, « J'ai cueilli cette fleur pour toi », Les Contemplations, Livre V, XXIV, 1856.
  • Alphonse de Lamartine, « Le Lac », Méditations poétiques, 1820.
  • Paul Verlaine, « Mon rêve familier », Poèmes saturniens, 1866.

Prolongement

D'origine chinoise, écrivant pendant longtemps dans sa langue maternelle bien qu'il s'installe en France dans sa jeunesse et demande rapidement la nationalité française, François Cheng (né en 1929) est un poète entre deux mondes, réunis par un sens universel de la beauté et du sacré. Membre de l'Académie française, il a reçu le Prix de la Francophonie en 2001 pour l'ensemble de son œuvre.

Nous voici dans l'abîme,

Tu en restes l'énigme.

Si Tu dis un seul mot,

Et nous serons sauvés.

Tu restes muet encore,

Jusqu'au bout sembles sourd.

Nos cœurs ont trop durci,

En nous l'horreur sans fond.

Viendrait-elle de nous

Une lueur de douceur ?

Si nous disons un mot,

Et Tu seras sauvé.

Nous restons muets encore,

Jusqu'au bout restons sourds.

Te voici dans l'abîme,

Nous en sommes l'énigme.

Poème de François Cheng extrait de François Cheng, Kim En Joong, « Prière à la Transcendance », Vraie lumière née de vraie nuit, Éditions du Cerf, 2009. Toute reproduction totale ou partielle de ce poème, quel qu'en soit le support, doit faire l'objet d'une demande préalable aux Editions du Cerf.

Documents

 

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