Le mouvement d'industrialisation se développe dès la moitié du XVIIIe siècle à partir de l'Angleterre. L'industrie du coton qui a fait la réputation de Manchester connait alors de profonds bouleversements.
Comment l'industrialisation transforme la ville de Manchester ?
Manchester est une grande ville manufacturière des tissus, fils, cotons ; comme Birmingham l’est des ouvrages de fer, de cuivre et d’acier. Circonstance favorable, Manchester se situe à dix lieues du plus grand port de l’Angleterre, Liverpool, le port d’Europe le mieux placé pour recevoir en peu de temps les matières premières d’Amérique. Elle est à côté des plus grandes mines de charbon de terre pour faire marcher à bas prix les machines à vapeur et à proximité de l’endroit du monde où l’on fabrique le mieux ces machines. Trois canaux et un chemin de fer pour transporter rapidement dans toute l’Angleterre et sur tous les points du globe ses produits. Comment s’étonner que Manchester s’accroisse sans cesse avec une rapidité prodigieuse ?
Trente ou quarante manufactures s’élèvent au sommet des collines. Leurs six étages montent dans les airs. Une épaisse et noire fumée couvre la cité. Le soleil parait au travers comme un disque sans rayons. C’est au milieu de ce jour incomplet que s’agitent sans cesse 300 000 créatures humaines. Parmi les ouvriers, des hommes venus d’Irlande et qui peuvent travailler à très bas prix. Quelques grands capitalistes, des milliers de pauvres ouvriers, peu de classe moyenne.
Alexis de Tocqueville (1805-1859), Voyage en Angleterre et en Irlande de 1835
Manchester est le type classique de la ville industrielle moderne (…). En son centre, un quartier commercial assez étendu, composé presque uniquement de comptoirs et d'entrepôts. Cette partie est sillonnée par quelques grandes artères à l'énorme trafic et dont les rez-de-chaussée sont occupés par de luxueux magasins.
À l'exception de ce quartier, toute la ville n'est qu'un district ouvrier, entourant le quartier commercial comme une ceinture. Il est impossible d'imaginer l'amoncellement désordonné des maisons, entassées littéralement les unes sur les autres, véritable défi à toute architecture rationnelle. Les rues, même les meilleures, sont étroites et tortueuses. Devant les portes, partout des décombres et des ordures (…) et des immondices, l'atmosphère est empestée par leurs émanations, assombrie et alourdie par les fumées d'usine. Une foule d'enfants et de femmes en haillons rôde en ces lieux, aussi sale que les porcs qui se prélassent sur les tas de cendres et dans les flaques (…).
Au-delà habitent la haute et moyenne bourgeoisie, sur les hauteurs aérées, dans des habitations splendides et confortables. Et le plus beau, c'est que ces riches aristocrates peuvent, en traversant tous les quartiers ouvriers par le plus court chemin, se rendre à leurs bureaux d'affaires au centre de la ville sans seulement remarquer qu'ils côtoient la plus sordide misère.
Friedrich Engels, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845 Source : Cliotexte
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Page créée par vincent.ferrand
Le 02 Mars 2011
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