« Quand vient la nuit, la peur se tient à la porte, et quand vient le jour, elle se tient sur les collines. »
Les objectifs de cette séance sont doubles dans le cadre de la séquence sur le Fantastique du livre de quatrième: d’une part faire analyser par les élèves en début de séquence les signes avant-coureurs de l’irruption du fantastique dans la réalité du héros :
- d'une part : le premier texte extrait de Dracula, la première rencontre avec le vampire (document 2),
- d’autre part, et plutôt en fin de de séquence, la sortie mouvementée des deux héros du film Le bal des vampires de Polanski, la scène du bal étant l’occasion pour les élèves de vérifier ce qu’il connaissent des particularités inquiétantes des vampires et aussi de raviver quelques éléments d’analyse filmique (Plans, cadrages etc.) (document 3)
On peut trouver des documents sur le site Collège au cinéma que certains enseignants connaissent déjà bien. Je vous joins deux pages de l’analyse filmique qui en est faite dans la brochure destinée aux enseignants (documents 4 et 5).
On pourra y ajouter une étude du vocabulaire du Fantastique démoniaque à travers l’étude de la chanson de Jacques Higelin Champagne (document et enfin une confrontation avec un genre fantastique plus proche de la Science-Fiction avec l’étude de la scène où le héros de 2001, l’Odyssée de l’espace met fin la vie de l’ordinateur ultra sophistiqué qui a voulu le tuer, en débranchant sa mémoire (document 6).
Pour ce qui concerne l’usage des Tice, l’élève pourra vérifier ses connaissances avec un quizz sur Internet consacré aux vampires. (documents 7 et 8)
Un prolongement peut être fait avec la lecture d’un extrait de Contes Cruels de Villiers de l’Isle-Adam avec une scène qui se déroule aussi au crépuscule et une série de textes dans lesquels l'élève devra lui-même trouver les prémices du fantastique. (document 9).
Enfin, un travail d’expression écrite qui devra déboucher sur un jeu de rôle où l’élève devra tour à tour jouer le rôle d’un vampire face à autre élève qui devra utiliser dans cette saynète comme accessoires un crucifix ou une gousse d’ail ,dialogue où l’on verra petit à petit la peur s’installer chez le vampire (Jeux sur les gestes, mimiques intonation etc..)
Capacités du socle commun travaillées :
Toutes les capacités en rapport avec l’argumentation et le Septième Art ; compétence 1 Maîtrise de la langue française et 5 la Culture Humaniste.
1°) De quelle époque datent approximativement les costumes ? Que rappellent-ils au sujet de l’identité des vampires et de leurs facultés ?
2°) Brossez le portrait des personnages anonymes figurant dans la séance du Bal en faisant apparaître leurs principales caractéristiques physiques et psychologiques.
3°) Comment le contraste entre les humains et les morts-vivants est-il accentué ?
B)L’humour dans la scène du Bal des Vampires :
4°) Quels sont les éléments humoristiques présents dans cette scène ? Relevez quelques détails (objets, personnes, propos) dans cette parodie qui montrent bien que le cinéaste joue à la fois sur le registre de la peur et de l’humour.
5°) Quel effet a sur le spectateur le plan où l’on voit les trois vieillards assis ? A quel personnage s’opposent-ils par leur vieillesse ? Quel est l’effet produit ?
6°) Observez le jeu des deux personnages principaux ; en quoi est-il humoristique ?
7°) Pourquoi sont-ils en quelque sorte complémentaires?
c)Le dénouement de l’extrait présenté :
8°) Comment est-il préparé ? Quel rôle joue plus particulièrement la danse dans cette scène ?
9°) Relevez et analysez les deux caractéristiques qui permettent de reconnaître et de neutraliser les Vampires.
10°) Quelle est la phrase qui permet néanmoins de comprendre que ceux-ci n’ont pas encore abandonné tout espoir de s’emparer de leur proie ? En quoi est-elle amusante ?
- Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré !
Il n'avança pas d'un pas vers moi, il restait là, semblable à une statue, comme si le premier geste qu'il avait eu pour m'accueillir l'avait pétrifié. Pourtant, à peine avais-je franchi le seuil qu'il vint vers moi, se précipitant presque, et de sa main tendue saisit la mienne avec une force qui me fit frémir de douleur -d'autant plus que cette main était aussi froide que de la glace ; elle ressemblait davantage à la main d'un mort qu'à celle d'un vivant. Il répéta :
- Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré , entrez sans crainte et laissez ici un peu du bonheur que vous apportez !
La force de sa poignée de main, en outre, me rappelait à tel point celle du cocher dont, à aucun moment, je n'avais vu le visage, que je me demandai alors si ce n'était pas encore au cocher que j'étais en train de parler. Je voulus m'en assurer :
- Le comte Dracula ? Fis-je.
S'inclinant courtoisement, il répondit :
- Oui, c'est moi le comte Dracula, et je vous souhaite la bienvenue dans ma maison, monsieur Harker. Entrez, entrez. La nuit est froide ; vous avez certainement besoin de vous reposer, et aussi de manger quelque chose...
C'était, en vérité, la première occasion qui m'était donnée de pouvoir bien l'observer, et ses traits accentués me frappèrent.
Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle ; il avait le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; les sourcils broussailleux se rejoignaient presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient longs et touffus, donnaient l'impression de boucler. La bouche, ou du moins ce que j'en voyais sous l'énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante, voilà l'impression que laissait ce visage.
J'avais bien remarqué, certes, le dos de ses mains qu'il tenait croisées sur ses genoux, et, à la clarté du feu, elles m'avaient paru plutôt blanches et fines ; mais maintenant que je les voyais de plus près, je constatais, au contraire, qu'elles étaient grossières : larges, avec des doigts courts et gros. Aussi étrange que cela puisse sembler, le milieu des paumes était couvert de poils. Toutefois, les ongles étaient longs et fins, taillés en pointe. Quand le comte se pencha vers moi, à me toucher, je ne pus m'empêcher de frémir. Peut-être, son haleine sentait-elle mauvais ; toujours est-il que mon cœur se souleva et qu'il me fut impossible de le cacher. Le comte, sans aucun doute, le remarqua, car il recula en souriant d'un sourire qui me parut de mauvais augure et qui me laissa encore mieux voir ses dents proéminentes. Puis il alla reprendre sa place près de la cheminée. Nous restâmes un bon moment sans parler, et comme en regardant autour de moi, je levai les yeux vers la fenêtre, je la vis qui s'éclairait des premières lueurs de l'aube. Un lourd silence semblait peser sur toutes choses. Pourtant, en écoutant attentivement, j'eus l'impression d'entendre des loups hurler dans la vallée. Les yeux de mon hôte brillèrent, et il me dit :
- Ecoutez-les ! Les enfants de la nuit... En font-ils une musique !
Lisant sans doute quelque étonnement sur mon visage, il ajouta :
- Ah ! Monsieur ! Des citadins comme vous ne pourront jamais éprouver les sentiments du chasseur...<
Questions sur le texte extrait de Dracula : (Possibilité d'y répondre directement sur le site) :
1°) Relevez en les soulignant dans le texte toutes les expressions qui contribuent à rendre inquiétante l’atmosphère au sein de laquelle se déroule ce dîner en tête à tête.
2°) Expliquez en quelques phrases le sens des expressions déjà soulignées.
3°) Sachant que le Vampire est un être qui dort le jour pour ne se réveiller que la nuit, relevez dans le portrait que brosse l’écrivain de Dracula tous les éléments qui rappellent cette réalité et commentez-les.
4°) Dracula est un homme âgé mais aussi un être d’une redoutable vitalité ; relevez dans cet extraits deux exemples qui illustrent cette double apparence et commentez-les.
5°) « Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré ! »Pourquoi d’après-vous cette phrase est-elle prononcée par Dracula à deux reprises ?
LIEN INTERNET http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/champagne Higelin
Album: "Du champagne pour tout le monde, du caviar pour les autres"
La nuit promet d'être belle
Car voici qu'au fond du ciel
Apparaît la lune rousse.
Saisi d'une sainte frousse,
Tout le commun des mortels
Croit voir le diable à ses trousses.
Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage
Et vous, pages pervers, courrez au cimetière.
Prévenez de ma part mes amis nécrophages
Que ce soir, nous sommes attendus dans les marécages.
Voici mon message :
Cauchemars, fantômes et squelettes, laissez flotter vos idées noires
Près de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire.
Lutins, lucioles, feux-follets, elfes, faunes et farfadets
Effraient mes grands carnassiers.
Une muse un peu dodue me dit d'un air entendu : " Vous auriez pu vous raser. "
Comme je lui fais remarquer deux ou trois pendus attablés
Qui sont venus sans cravate,
Elle me lance un œil hagard et vomit sans crier gare quelques vipères écarlates.
Vampires éblouis par de lubriques vestales,
Égéries insatiables chevauchant des Walkyries,
Infernal appétit de frénésies bacchanales
Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie,
Satyres joufflus, boucs émissaires, gargouilles émues, fières gorgones,
Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères à la licorne.
Soudain les arbres frissonnent
Car Lucifer en personne
Fait une courte apparition,
L'air tellement accablé
Qu'on lui donnerait volontiers
Le Bon Dieu sans confession,
S'il ne laissait, malicieux,
Courir le bout de sa queue
Devant ses yeux maléfiques
Et ne se dressait d'un bond
Dans un concert de jurons,
Disant d'un ton pathétique
Que les damnés obscènes
Cyniques et corrompus
Fassent griefs de leurs peines
À ceux qu'ils ont élus,
Car devant tant de problèmes
Et de malentendus
Les dieux et les diables
En sont venus à douter d'eux-mêmes
(Dédain suprême).
Mais, déjà, le ciel blanchit.
Esprits, je vous remercie
De m'avoir si bien reçu.
Cocher, lugubre et bossu,
Déposez-moi au manoir
Et lâchez ce crucifix
Décrochez-moi ces gousses d'ail
Qui déshonorent mon portail
Et me chercher sans retard,
L’amie qui soigne et guérit
La folie qui m'accompagne
Et jamais ne m'a trahi :
Champagne...
HISTOIRE à faire PEUR…
Le héros arrive à la nuit tombante dans un vieux presbytère breton où l'attend son ami, l’abbé Maucombe. Après le souper, il monte dans sa chambre...
J'allais m'endormir
Trois petits coups secs, impératifs, furent frappés à ma porte.
- Hein ? me dis-je, en sursaut.
Alors je m'aperçus que mon premier somme avait déjà commencé. J'ignorais où j'étais. Je me croyais à Paris. Certains repos donnent ces sortes d'oublis risibles. Ayant même, presque aussitôt, perdu de rue la cause principale de mon réveil, je m'étirai voluptueusement, dans une complète inconscience de la situation.
- A propos, me dis-je tout à coup : mais on a frappé.
- Quelle visite peut bien ?...
A ce point de ma phrase, une notion confuse et obscure que je n'étais plus à Paris, mais dans un presbytère de Bretagne, chez l'abbé Maucombe, me vint à l'esprit. En un clin d’œil, je fis au milieu de la chambre. Ma première impression, en même temps que celle du froid aux pieds, fut celle d'une vive lumière. La pleine lune brillait, en face de la fenêtre, au-dessus de l'église et, à travers les rideaux blancs, découpait son angle de flamme déserte et pâle sur le parquet.
Il était bien minuit.
Mes idées étaient morbides. Qu'était-ce donc? L'ombre était extraordinaire. Comme je m’approchais de la porte, une tache de braise, partie du trou de la serrure, vint errer sur ma main et sur ma manche.
Il y avait quelqu'un derrière la porte : on avait réellement frappé. Cependant, à deux pas du loquet, je m'arrêtai court. Une chose me paraissait surprenante : la nature de la tache qui courait sur ma main. C'était une lueur glacée, sanglante, n'éclairant pas. D'autre part, comment se faisait-il que je ne voyais aucune ligne de lumière sous la porte, dans le corridor ?
- Mais, en vérité, ce qui sortait ainsi du trou de la serrure me causait l'impression du regard phosphorique d'un hibou !
En ce moment, l'heure sonna, dehors, à l'église, dans le vent nocturne.
- Qui est là ? demandai-je, à voix basse.
La lueur s'éteignit: - j'allais m'approcher. Mais la porte s'ouvrit, largement, lentement, silencieusement. En face de moi, dans le corridor, se tenait, debout, une forme haute et noire, - un prêtre, le tricorne sur la tête. La lune l'éclairait tout entier, à l'exception de la figure : je ne voyais que le feu de ses deux prunelles qui me considéraient avec une solennelle fixité.
Le souffle de l'autre monde enveloppait ce visiteur, son attitude m'oppressait l'âme. Paralysée par une frayeur qui s'enfla instantanément jusqu'au paroxysme, je contemplai le désolant personnage, en silence.
Tout à coup, le prêtre éleva le bras, avec lenteur, vers moi. Il me présentait une chose lourde et vague. C'était un manteau. Un grand manteau noir, un manteau de voyage. Il me le tendait, comme pour me l'offrir !
Je fermai les yeux pour ne pas voir cela. Oh ! je ne voulais pas voir cela ! Mais un oiseau de nuit, avec un cri affreux, passa entre nous, et le vent de ses ailes, m'effleurant les paupières, me les fit ouvrir Je sentis qu'il voletait par la chambre.
Alors, - et avec un râle d'angoisse, car les forces me trahissaient pour crier, - je repoussai la porte de mes deux mains crispées et étendues et je donnai un violent tour de clef, frénétique et les cheveux dressés ! Chose singulière, il me sembla que tout cela ne faisait aucun bruit.
C'était plus que l'organisme n'en pouvait supporter. Je m'éveillai.
J'étais assis sur mon séant, dans mon lit, les bras tendus devant moi ; j'étais glacé ; le front trempé de sueur ; mon cœur battait contre les parois de ma poitrine de gros coups sombres.
- Ah ! me dis-je, le songe horrible ! Toutefois, mon insurmontable anxiété subsistait. Il me fallut plus d'une minute avant d'oser remuer le bras pour chercher les allumettes ; j'appréhendais de sentir, dans l'obscurité, une main froide saisir la mienne et la presser amicalement. J'eus un mouvement nerveux en entendant ces allumettes bruire sous mes doigts dans le fer du chandelier. Je rallumai la bougie. Instantanément, je me sentis mieux ; la lumière, cette vibration divine, diversifie les milieux funèbres et console des mauvaises terreurs.
Je résolus de boire un verre d'eau froide pour me remettre tout à fait et je descendis du lit. En passant devant la fenêtre, je remarquai une chose : la lune était exactement pareille à celle de mon songe.
Vocabulaire de la page
Annotations du document
- Ce document n'a pas d'annotation
- Ce document n'a pas d'annotation
- Ce document n'a pas d'annotation
- Ce document n'a pas d'annotation
- Ce document n'a pas d'annotation


