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Français 4e

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L'irruption du Fantastique, notamment à travers le monde des vampires

Documents

 

« Quand vient la nuit, la peur se tient à la porte, et quand vient le jour, elle se tient sur les collines. »

Les objectifs de cette séance sont doubles  dans le cadre de la séquence sur le Fantastique du livre de quatrième: d’une part faire analyser par les élèves en début de séquence les signes avant-coureurs de l’irruption du fantastique dans la réalité du héros :

- d'une part : le premier texte extrait de Dracula, la première rencontre avec le vampire (document 2),

- d’autre part, et plutôt en fin de de séquence, la sortie mouvementée des deux héros du film Le bal des vampires de Polanski, la scène du bal étant l’occasion pour les élèves de vérifier ce qu’il connaissent des particularités inquiétantes des vampires et aussi de raviver quelques éléments d’analyse filmique (Plans, cadrages etc.) (document 3)

On peut trouver des documents sur le site Collège au cinéma que certains enseignants connaissent déjà bien. Je vous joins deux pages de l’analyse filmique qui en est faite dans la brochure destinée aux enseignants (documents 4 et 5).

On pourra y ajouter une étude du vocabulaire du Fantastique démoniaque à travers l’étude de la chanson de Jacques Higelin Champagne (document  et enfin une confrontation avec un genre fantastique plus proche de la Science-Fiction avec l’étude de la scène où le héros de 2001, l’Odyssée de l’espace met fin la vie de l’ordinateur ultra sophistiqué qui a voulu le tuer, en débranchant sa mémoire (document 6).

Pour ce qui concerne l’usage des Tice, l’élève pourra vérifier ses connaissances avec un quizz sur Internet consacré aux vampires. (documents 7 et 8)

 

Un prolongement peut être fait avec la lecture d’un extrait de Contes Cruels de Villiers de l’Isle-Adam avec une scène qui se déroule aussi au crépuscule et une série de textes dans lesquels l'élève devra lui-même trouver les prémices du fantastique. (document 9).

 

Enfin, un travail d’expression écrite qui devra déboucher sur un jeu de rôle où l’élève devra tour à tour jouer le rôle d’un vampire face à autre élève qui devra utiliser dans cette saynète comme accessoires un crucifix ou une gousse d’ail ,dialogue où l’on verra petit à petit la peur s’installer chez le vampire (Jeux sur les gestes, mimiques intonation etc..)

 

Capacités du socle commun travaillées :

Toutes les capacités en rapport avec l’argumentation et le Septième Art ; compétence 1 Maîtrise de la langue française et 5 la Culture Humaniste.



{"id":"8393","resType":"text","gutType":"55","title":"Descriptif de la s\u00e9ance","datas":{"content":"<p>\u00ab <em>Quand vient la nuit, la peur se tient \u00e0 la porte, et quand vient le jour, elle se tient sur les collines.<\/em> \u00bb<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Les objectifs de cette s\u00e9ance <\/strong><\/span>sont doubles&nbsp; dans le cadre de la s\u00e9quence sur le Fantastique du livre de quatri\u00e8me: d\u2019une part faire analyser par les \u00e9l\u00e8ves en d\u00e9but de s\u00e9quence <strong>les signes avant-coureurs de l\u2019irruption du fantastique<\/strong> dans la r\u00e9alit\u00e9 du h\u00e9ros : <\/p>\n<p>- d'une part : le premier texte extrait de Dracula, la premi\u00e8re rencontre avec le vampire (<em>document 2<\/em>),<\/p>\n<p>- d\u2019autre part, et plut\u00f4t en fin de de s\u00e9quence, la sortie mouvement\u00e9e des deux h\u00e9ros du film <em>Le bal des vampires<\/em> de Polanski, la sc\u00e8ne du bal \u00e9tant l\u2019occasion pour les \u00e9l\u00e8ves de v\u00e9rifier ce qu\u2019il connaissent des particularit\u00e9s inqui\u00e9tantes des vampires et aussi de raviver quelques \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse filmique (Plans, cadrages etc.) (<em>document 3)<\/em><\/p>\n<p>On peut trouver des documents sur <strong>le site Coll\u00e8ge au cin\u00e9ma<\/strong> que certains enseignants connaissent d\u00e9j\u00e0 bien. Je vous joins deux pages de l\u2019analyse filmique qui en est faite dans la brochure destin\u00e9e aux enseignants (<em>documents 4 et 5<\/em>).<\/p>\n<p>On pourra y ajouter une <strong>\u00e9tude du vocabulaire du Fantastique <\/strong>d\u00e9moniaque \u00e0 travers l\u2019\u00e9tude de la chanson de Jacques Higelin <em>Champagne<\/em> (document&nbsp; et enfin une confrontation avec un genre fantastique plus proche de la Science-Fiction avec l\u2019\u00e9tude de la sc\u00e8ne o\u00f9 le h\u00e9ros de 2001, l\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019espace met fin la vie de l\u2019ordinateur ultra sophistiqu\u00e9 qui a voulu le tuer, en d\u00e9branchant sa m\u00e9moire (<em>document 6<\/em>).<\/p>\n<p>Pour ce qui concerne l\u2019usage des Tice, l\u2019\u00e9l\u00e8ve pourra v\u00e9rifier ses connaissances avec un quizz sur Internet consacr\u00e9 aux vampires. (<em>documents 7 et 8<\/em>)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Un prolongement peut \u00eatre fait avec la<strong> lecture d\u2019un extrait de Contes Cruels de Villiers de l\u2019Isle-Adam<\/strong> avec une sc\u00e8ne qui se d\u00e9roule aussi au cr\u00e9puscule et une s\u00e9rie de textes dans lesquels l'\u00e9l\u00e8ve devra lui-m\u00eame trouver les pr\u00e9mices du fantastique. (<em>document 9<\/em>).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Enfin, <strong>un travail d\u2019expression \u00e9crite<\/strong> qui devra d\u00e9boucher sur un jeu de r\u00f4le o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e8ve devra tour \u00e0 tour jouer le r\u00f4le d\u2019un vampire face \u00e0 autre \u00e9l\u00e8ve qui devra utiliser dans cette sayn\u00e8te comme accessoires un crucifix ou une gousse d\u2019ail ,dialogue o\u00f9 l\u2019on verra petit \u00e0 petit la peur s\u2019installer chez le vampire (Jeux sur les gestes, mimiques intonation etc..)<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Capacit\u00e9s du socle commun travaill\u00e9es :<\/strong><\/p>\n<p>Toutes les capacit\u00e9s en rapport avec l\u2019argumentation et le Septi\u00e8me Art&nbsp;; comp\u00e9tence 1 Ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise et 5 la Culture Humaniste.<\/p>","title":"&nbsp;","complements":"&nbsp;","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"&nbsp;"},"rubric_order":null}

 
A) Le rappel des éléments du fantastique :

1°) De quelle époque datent approximativement les costumes ? Que rappellent-ils au sujet de l’identité des vampires et de leurs facultés ?

2°) Brossez le portrait des personnages anonymes figurant dans la séance du Bal en faisant apparaître leurs principales caractéristiques physiques et psychologiques.

3°) Comment le contraste entre les humains et les morts-vivants est-il accentué ?

B)L’humour dans la scène du Bal des Vampires :

4°) Quels sont les éléments humoristiques présents dans cette scène ? Relevez quelques détails (objets, personnes, propos) dans cette parodie qui montrent bien que le cinéaste joue à la fois sur le registre de la peur et de l’humour.

5°) Quel effet a sur le spectateur le plan où l’on voit les trois vieillards assis ? A quel personnage s’opposent-ils par leur vieillesse ? Quel est l’effet produit ?

6°) Observez le jeu des deux personnages principaux ; en quoi est-il humoristique ?

7°) Pourquoi sont-ils en quelque sorte  complémentaires?

c)Le dénouement de l’extrait présenté :

8°) Comment est-il préparé ? Quel rôle joue plus particulièrement la danse dans cette scène ?

9°) Relevez et analysez les deux caractéristiques qui permettent de reconnaître et de neutraliser les Vampires.

10°) Quelle est la phrase qui permet néanmoins de comprendre que ceux-ci n’ont pas encore abandonné tout espoir de s’emparer de leur proie ? En quoi est-elle amusante ?



{"id":"8402","resType":"text","gutType":"55","title":"Questions sur le film <em>Dracula<\/em>, la s\u00e9quence du Bal des Vampires (version imprimable. Possibilit\u00e9, sinon, de r\u00e9pondre en ligne aux questions)","datas":{"content":"<span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>A) Le rappel des \u00e9l\u00e9ments du fantastique : <\/strong><\/span><br>\n<p>1\u00b0) De quelle \u00e9poque datent approximativement les costumes&nbsp;? Que rappellent-ils au sujet de l\u2019identit\u00e9 des vampires et de leurs facult\u00e9s&nbsp;?<\/p>\n<p>2\u00b0) Brossez le portrait des personnages anonymes figurant dans la s\u00e9ance du Bal en faisant appara\u00eetre leurs principales caract\u00e9ristiques physiques et psychologiques.<\/p>\n<p>3\u00b0) Comment le contraste entre les humains et les morts-vivants est-il accentu\u00e9 ?<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">B)L\u2019humour dans la sc\u00e8ne du Bal des Vampires :<\/span><\/strong><\/p>\n<p>4\u00b0) Quels sont les \u00e9l\u00e9ments humoristiques pr\u00e9sents dans cette sc\u00e8ne&nbsp;? Relevez quelques d\u00e9tails (objets, personnes, propos) dans cette parodie qui montrent bien que le cin\u00e9aste joue \u00e0 la fois sur le registre de la peur et de l\u2019humour.<\/p>\n<p>5\u00b0) Quel effet a sur le spectateur le plan o\u00f9 l\u2019on voit les trois vieillards assis ? A quel personnage s\u2019opposent-ils par leur vieillesse ? Quel est l\u2019effet produit ?<\/p>\n<p>6\u00b0) Observez le jeu des deux personnages principaux ; en quoi est-il humoristique ?<\/p>\n<p>7\u00b0) Pourquoi sont-ils en quelque sorte&nbsp; compl\u00e9mentaires?<\/p>\n<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">c)Le d\u00e9nouement de l\u2019extrait pr\u00e9sent\u00e9 :<\/span><\/strong><\/p>\n<p>8\u00b0) Comment est-il pr\u00e9par\u00e9&nbsp;? Quel r\u00f4le joue plus particuli\u00e8rement la danse dans cette sc\u00e8ne&nbsp;?<\/p>\n<p>9\u00b0) Relevez et analysez les deux caract\u00e9ristiques qui permettent de reconna\u00eetre et de neutraliser les Vampires.<\/p>\n<p>10\u00b0) Quelle est la phrase qui permet n\u00e9anmoins de comprendre que ceux-ci n\u2019ont pas encore abandonn\u00e9 tout espoir de s\u2019emparer de leur proie ? En quoi est-elle amusante ?<\/p>","title":"&nbsp;","complements":"&nbsp;","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"&nbsp;"},"rubric_order":null}

 
Devant moi, se tenait un grand vieillard, rasé de frais, si l'on excepte la longue moustache blanche, et vêtu de noir des pieds à la tête, complètement de noir, sans la moindre tache de couleur nulle part. Il tenait à la main une ancienne lampe d'argent dont la flamme brûlait sans être abritée d'aucun verre, vacillant dans le courant d'air et projetant de longues ombres tremblotantes autour d'elle. D'un geste poli de la main droite, l'homme me pria d'entrer, et me dit en un anglais excellent mais sur un ton bizarre :
Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré !
Il n'avança pas d'un pas vers moi, il restait là, semblable à une statue, comme si le premier geste qu'il avait eu pour m'accueillir l'avait pétrifié. Pourtant, à peine avais-je franchi le seuil qu'il vint vers moi, se précipitant presque, et de sa main tendue saisit la mienne avec une force qui me fit frémir de douleur -d'autant plus que cette main était aussi froide que de la glace ; elle ressemblait davantage à la main d'un mort qu'à celle d'un vivant. Il répéta :
- Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gré , entrez sans crainte et laissez ici un peu du bonheur que vous apportez !
La force de sa poignée de main, en outre, me rappelait à tel point celle du cocher dont, à aucun moment, je n'avais vu le visage, que je me demandai alors si ce n'était pas encore au cocher que j'étais en train de parler. Je voulus m'en assurer :
- Le comte Dracula ? Fis-je.
S'inclinant courtoisement, il répondit :
- Oui, c'est moi le comte Dracula, et je vous souhaite la bienvenue dans ma maison, monsieur Harker. Entrez, entrez. La nuit est froide ; vous avez certainement besoin de vous reposer, et aussi de manger quelque chose...
C'était, en vérité, la première occasion qui m'était donnée de pouvoir bien l'observer, et ses traits accentués me frappèrent.
Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle ; il avait le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête ; les sourcils broussailleux se rejoignaient presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils étaient longs et touffus, donnaient l'impression de boucler. La bouche, ou du moins ce que j'en voyais sous l'énorme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues ; elles avançaient au-dessus des lèvres dont le rouge vif annonçait une vitalité extraordinaire chez un homme de cet âge. Mais les oreilles étaient pâles, et vers le haut se terminaient en pointe ; le menton, large, annonçait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, étaient fermes. Une pâleur étonnante, voilà l'impression que laissait ce visage.
J'avais bien remarqué, certes, le dos de ses mains qu'il tenait croisées sur ses genoux, et, à la clarté du feu, elles m'avaient paru plutôt blanches et fines ; mais maintenant que je les voyais de plus près, je constatais, au contraire, qu'elles étaient grossières : larges, avec des doigts courts et gros. Aussi étrange que cela puisse sembler, le milieu des paumes était couvert de poils. Toutefois, les ongles étaient longs et fins, taillés en pointe. Quand le comte se pencha vers moi, à me toucher, je ne pus m'empêcher de frémir. Peut-être, son haleine sentait-elle mauvais ; toujours est-il que mon cœur se souleva et qu'il me fut impossible de le cacher. Le comte, sans aucun doute, le remarqua, car il recula en souriant d'un sourire qui me parut de mauvais augure et qui me laissa encore mieux voir ses dents proéminentes. Puis il alla reprendre sa place près de la cheminée. Nous restâmes un bon moment sans parler, et comme en regardant autour de moi, je levai les yeux vers la fenêtre, je la vis qui s'éclairait des premières lueurs de l'aube. Un lourd silence semblait peser sur toutes choses. Pourtant, en écoutant attentivement, j'eus l'impression d'entendre des loups hurler dans la vallée. Les yeux de mon hôte brillèrent, et il me dit :
- Ecoutez-les ! Les enfants de la nuit... En font-ils une musique !
 Lisant sans doute quelque étonnement sur mon visage, il ajouta :
- Ah ! Monsieur ! Des citadins comme vous ne pourront jamais éprouver les sentiments du chasseur...<

Questions sur le texte extrait de Dracula : (Possibilité d'y répondre directement sur le site) :
1°) Relevez en les soulignant dans le texte toutes les expressions qui contribuent à rendre inquiétante l’atmosphère au sein de laquelle se déroule ce dîner en tête à tête.
2°) Expliquez en quelques phrases le sens des expressions déjà soulignées.
3°) Sachant que le Vampire est un être qui dort le jour pour ne se réveiller que la nuit, relevez dans le portrait que brosse l’écrivain de Dracula tous les éléments qui rappellent cette réalité et commentez-les. 
4°) Dracula est un homme âgé mais aussi un être d’une redoutable vitalité ; relevez dans cet extraits deux exemples qui illustrent cette double apparence et commentez-les.
5°) « Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gr&eacute ! »Pourquoi d’après-vous cette phrase est-elle prononcée par Dracula à deux reprises ?


{"id":"8348","resType":"text","gutType":"55","title":"Extrait de <em>Dracula<\/em>, roman de l'\u00e9crivain irlandais Bram Stoker publi\u00e9 en 1897&nbsp;: la premi\u00e8re rencontre avec le vampire&nbsp;:","datas":{"content":"Devant moi, se tenait un grand vieillard, <em>ras\u00e9 de frais<\/em>, si l'on excepte la longue moustache blanche, et v\u00eatu de noir des pieds \u00e0 la t\u00eate, compl\u00e8tement de noir, sans la moindre tache de couleur nulle part. Il tenait \u00e0 la main une ancienne lampe d'argent dont la flamme br\u00fblait sans \u00eatre abrit\u00e9e d'aucun verre, vacillant dans le courant d'air et projetant de longues ombres tremblotantes autour d'elle. D'un geste poli de la main droite, l'homme me pria d'entrer, et me dit en un anglais excellent mais sur un ton bizarre&nbsp;:<br> -&nbsp;<span style=\"text-decoration: underline;\"> Soyez le bienvenu chez moi ! Entrez de votre plein gr\u00e9&nbsp;!<\/span><br> Il n'avan\u00e7a pas d'un pas vers moi, il restait l\u00e0, <em>semblable \u00e0 une statue<\/em>, comme si le premier geste qu'il avait eu pour m'accueillir l'avait p\u00e9trifi\u00e9. Pourtant, \u00e0 peine avais-je franchi le seuil qu'il vint vers moi, se pr\u00e9cipitant presque, et de sa main tendue saisit la mienne avec une force qui me fit fr\u00e9mir de douleur -d'autant plus que cette main \u00e9tait aussi froide que de la glace ;<em> elle ressemblait davantage \u00e0 la main d'un mort qu'\u00e0 celle d'un vivant<\/em>. Il r\u00e9p\u00e9ta&nbsp;:<br> - <span style=\"text-decoration: underline;\">Soyez le bienvenu chez moi&nbsp;! Entrez de votre plein gr\u00e9<\/span> , entrez sans crainte et laissez ici un peu du bonheur que vous apportez&nbsp;!<br> La force de sa poign\u00e9e de main, en outre, me rappelait \u00e0 tel point celle du cocher dont, \u00e0 aucun moment, je n'avais vu le visage, que je me demandai alors si ce n'\u00e9tait pas encore au cocher que j'\u00e9tais en train de parler. Je voulus m'en assurer&nbsp;:<br> - Le comte Dracula ? Fis-je.<br> S'inclinant courtoisement, il r\u00e9pondit&nbsp;:<br> - Oui, c'est moi le comte Dracula, et je vous souhaite la bienvenue dans ma maison, monsieur Harker. Entrez, entrez. La nuit est froide ; vous avez certainement besoin de vous reposer, et aussi de manger quelque chose...<br>C'\u00e9tait, en v\u00e9rit\u00e9, la premi\u00e8re occasion qui m'\u00e9tait donn\u00e9e de pouvoir bien l'observer, et ses traits accentu\u00e9s me frapp\u00e8rent.<br> Son nez aquilin lui donnait v\u00e9ritablement un profil d'aigle&nbsp;; il avait le front haut, bomb\u00e9, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la t\u00eate ; les sourcils broussailleux se rejoignaient presque au-dessus du nez, et leurs poils, tant ils \u00e9taient longs et touffus, donnaient l'impression de boucler. La bouche, ou du moins ce que j'en voyais sous l'\u00e9norme moustache, avait une expression cruelle, et les dents, \u00e9clatantes de blancheur, \u00e9taient particuli\u00e8rement pointues&nbsp;; elles avan\u00e7aient au-dessus des l\u00e8vres dont le rouge vif annon\u00e7ait une vitalit\u00e9 extraordinaire chez un homme de cet \u00e2ge. Mais les oreilles \u00e9taient p\u00e2les, et vers le haut se terminaient en pointe&nbsp;; le menton, large, annon\u00e7ait, lui aussi, de la force, et les joues, quoique creuses, \u00e9taient fermes. Une p\u00e2leur \u00e9tonnante, voil\u00e0 l'impression que laissait ce visage.<br> J'avais bien remarqu\u00e9, certes, le dos de ses mains qu'il tenait crois\u00e9es sur ses genoux, et, \u00e0 la clart\u00e9 du feu, elles m'avaient paru plut\u00f4t blanches et fines ; mais maintenant que je les voyais de plus pr\u00e8s, je constatais, au contraire, qu'elles \u00e9taient grossi\u00e8res&nbsp;: larges, avec des doigts courts et gros. Aussi \u00e9trange que cela puisse sembler, le milieu des paumes \u00e9tait couvert de poils. Toutefois, les ongles \u00e9taient longs et fins, taill\u00e9s en pointe. Quand le comte se pencha vers moi, \u00e0 me toucher, je ne pus m'emp\u00eacher de fr\u00e9mir. Peut-\u00eatre, son haleine sentait-elle mauvais ; toujours est-il que mon c\u0153ur se souleva et qu'il me fut impossible de le cacher. Le comte, sans aucun doute, le remarqua, car il recula en souriant d'un sourire qui me parut de mauvais augure et qui me laissa encore mieux voir ses dents pro\u00e9minentes. Puis il alla reprendre sa place pr\u00e8s de la chemin\u00e9e. <em>Nous rest\u00e2mes un bon moment sans parler, et comme en regardant autour de moi, je levai les yeux vers la fen\u00eatre, je la vis qui s'\u00e9clairait des premi\u00e8res lueurs de l'aube<\/em>. Un lourd silence semblait peser sur toutes choses. Pourtant, en \u00e9coutant attentivement, <span style=\"text-decoration: underline;\">j'eus l'impression d'entendre des loups hurler dans la vall\u00e9e. Les yeux de mon h\u00f4te brill\u00e8rent,<\/span> et il me dit&nbsp;:<br> - <em>Ecoutez-les&nbsp;! 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Des citadins comme vous ne pourront jamais \u00e9prouver les sentiments du chasseur...<\/span>&lt;<br><br> <strong>Questions sur le texte extrait de Dracula&nbsp;: <\/strong>(Possibilit\u00e9 d'y r\u00e9pondre directement sur le site) :<br> 1\u00b0) Relevez en les soulignant dans le texte toutes les expressions qui contribuent \u00e0 rendre inqui\u00e9tante l\u2019atmosph\u00e8re au sein de laquelle se d\u00e9roule ce d\u00eener en t\u00eate \u00e0 t\u00eate.<br>2\u00b0) Expliquez en quelques phrases le sens des expressions d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9es.<br>3\u00b0) Sachant que le Vampire est un \u00eatre qui dort le jour pour ne se r\u00e9veiller que la nuit, relevez dans le portrait que brosse l\u2019\u00e9crivain de Dracula tous les \u00e9l\u00e9ments qui rappellent cette r\u00e9alit\u00e9 et commentez-les.&nbsp;<em><\/em><br>4\u00b0) Dracula est un homme \u00e2g\u00e9 mais aussi un \u00eatre d\u2019une redoutable vitalit\u00e9 ; relevez dans cet extraits deux exemples qui illustrent cette double apparence et commentez-les.<br>5\u00b0) \u00ab Soyez le bienvenu chez moi ! 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LIEN INTERNET http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/champagne Higelin

Album: "Du champagne pour tout le monde, du caviar pour les autres"

La nuit promet d'être belle

Car voici qu'au fond du ciel

Apparaît la lune rousse.

Saisi d'une sainte frousse,

Tout le commun des mortels

Croit voir le diable à ses trousses.

 

Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage

Et vous, pages pervers, courrez au cimetière.

Prévenez de ma part mes amis nécrophages

Que ce soir, nous sommes attendus dans les marécages.

 

Voici mon message :

Cauchemars, fantômes et squelettes, laissez flotter vos idées noires

Près de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire.

 

Lutins, lucioles, feux-follets, elfes, faunes et farfadets

Effraient mes grands carnassiers.

Une muse un peu dodue me dit d'un air entendu : " Vous auriez pu vous raser. "

Comme je lui fais remarquer deux ou trois pendus attablés

Qui sont venus sans cravate,

Elle me lance un œil hagard et vomit sans crier gare quelques vipères écarlates.

 

Vampires éblouis par de lubriques vestales,

Égéries insatiables chevauchant des Walkyries,

Infernal appétit de frénésies bacchanales

Qui charment nos âmes envahies par la mélancolie,

Satyres joufflus, boucs émissaires, gargouilles émues, fières gorgones,

Laissez ma couronne aux sorcières et mes chimères à la licorne.

 

Soudain les arbres frissonnent

Car Lucifer en personne

Fait une courte apparition,

L'air tellement accablé

Qu'on lui donnerait volontiers

Le Bon Dieu sans confession,

S'il ne laissait, malicieux,

Courir le bout de sa queue

Devant ses yeux maléfiques

Et ne se dressait d'un bond

Dans un concert de jurons,

Disant d'un ton pathétique

Que les damnés obscènes

Cyniques et corrompus

Fassent griefs de leurs peines

À ceux qu'ils ont élus,

Car devant tant de problèmes

Et de malentendus

Les dieux et les diables

En sont venus à douter d'eux-mêmes

(Dédain suprême).

 

Mais, déjà, le ciel blanchit.

Esprits, je vous remercie

De m'avoir si bien reçu.

Cocher, lugubre et bossu,

Déposez-moi au manoir

Et lâchez ce crucifix

Décrochez-moi ces gousses d'ail

Qui déshonorent mon portail

Et me chercher sans retard,

L’amie qui soigne et guérit

La folie qui m'accompagne

Et jamais ne m'a trahi :

Champagne...



{"id":"8349","resType":"text","gutType":"55","title":"<span style=\"text-decoration: underline;\">CHAMPAGNE<\/span>, Chanson de Jacques Higelin","datas":{"content":"<p><strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><br><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong><br><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>LIEN INTERNET <a href=\"http:\/\/www.deezer.com\/fr\/#music\/result\/all\/champagne\" target=\"_blank\">http:\/\/www.deezer.com\/fr\/#music\/result\/all\/champagne<\/a> Higelin <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Album: \"Du champagne pour tout le monde, du caviar pour les autres\"<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">La nuit promet d'\u00eatre belle<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Car voici qu'au fond du ciel<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Appara\u00eet la lune rousse.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Saisi d'une sainte frousse,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Tout le commun des mortels<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Croit voir le diable \u00e0 ses trousses.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Valets volages et vulgaires, ouvrez mon sarcophage<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et vous, pages pervers, courrez au cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pr\u00e9venez de ma part mes amis n\u00e9crophages<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Que ce soir, nous sommes attendus dans les mar\u00e9cages.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Voici mon message :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cauchemars, fant\u00f4mes et squelettes, laissez flotter vos id\u00e9es noires<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Pr\u00e8s de la mare aux oubliettes, tenue du suaire obligatoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Lutins, lucioles, feux-follets, elfes, faunes et farfadets<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Effraient mes grands carnassiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Une muse un peu dodue me dit d'un air entendu : \" Vous auriez pu vous raser. \"<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Comme je lui fais remarquer deux ou trois pendus attabl\u00e9s<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qui sont venus sans cravate,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Elle me lance un \u0153il hagard et vomit sans crier gare quelques vip\u00e8res \u00e9carlates.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Vampires \u00e9blouis par de lubriques vestales,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c9g\u00e9ries insatiables chevauchant des Walkyries,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Infernal app\u00e9tit de fr\u00e9n\u00e9sies bacchanales<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qui charment nos \u00e2mes envahies par la m\u00e9lancolie,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Satyres joufflus, boucs \u00e9missaires, gargouilles \u00e9mues, fi\u00e8res gorgones,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Laissez ma couronne aux sorci\u00e8res et mes chim\u00e8res \u00e0 la licorne.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Soudain les arbres frissonnent<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Car Lucifer en personne<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fait une courte apparition,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L'air tellement accabl\u00e9<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qu'on lui donnerait volontiers<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le Bon Dieu sans confession,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">S'il ne laissait, malicieux,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Courir le bout de sa queue<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Devant ses yeux mal\u00e9fiques<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et ne se dressait d'un bond<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Dans un concert de jurons,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Disant d'un ton path\u00e9tique<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Que les damn\u00e9s obsc\u00e8nes<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cyniques et corrompus<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Fassent griefs de leurs peines<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00c0 ceux qu'ils ont \u00e9lus,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Car devant tant de probl\u00e8mes<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et de malentendus<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Les dieux et les diables<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">En sont venus \u00e0 douter d'eux-m\u00eames<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">(D\u00e9dain supr\u00eame).<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais, d\u00e9j\u00e0, le ciel blanchit.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Esprits, je vous remercie<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">De m'avoir si bien re\u00e7u.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Cocher, lugubre et bossu,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">D\u00e9posez-moi au manoir<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et l\u00e2chez ce crucifix<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">D\u00e9crochez-moi ces gousses d'ail<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qui d\u00e9shonorent mon portail<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et me chercher sans retard,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">L\u2019amie qui soigne et gu\u00e9rit<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">La folie qui m'accompagne<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Et jamais ne m'a trahi :<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Champagne...<\/p>","title":"","complements":"","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":""},"rubric_order":null}

 

HISTOIRE à faire PEUR…

Le héros arrive à la nuit tombante dans un vieux presbytère breton où l'attend son ami, l’abbé Maucombe. Après le souper, il monte dans sa chambre...

J'allais m'endormir

Trois petits coups secs, impératifs, furent frappés à ma porte.

- Hein ? me dis-je, en sursaut.

Alors je m'aperçus que mon premier somme avait déjà commencé. J'ignorais où j'étais. Je me croyais à Paris. Certains repos donnent ces sortes d'oublis risibles. Ayant même, presque aussitôt, perdu de rue la cause principale de mon réveil, je m'étirai voluptueusement, dans une complète inconscience de la situation.

- A propos, me dis-je tout à coup : mais on a frappé.

- Quelle visite peut bien ?...

A ce point de ma phrase, une notion confuse et obscure que je n'étais plus à Paris, mais dans un presbytère de Bretagne, chez l'abbé Maucombe, me vint à l'esprit. En un clin d’œil, je fis au milieu de la chambre. Ma première impression, en même temps que celle du froid aux pieds, fut celle d'une vive lumière. La pleine lune brillait, en face de la fenêtre, au-dessus de l'église et, à travers les rideaux blancs, découpait son angle de flamme déserte et pâle sur le parquet.

Il était bien minuit.

Mes idées étaient morbides. Qu'était-ce donc? L'ombre était extraordinaire. Comme je m’approchais de la porte, une tache de braise, partie du trou de la serrure, vint errer sur ma main et sur ma manche.

Il y avait quelqu'un derrière la porte : on avait réellement frappé. Cependant, à deux pas du loquet, je m'arrêtai court. Une chose me paraissait surprenante : la nature de la tache qui courait sur ma main. C'était une lueur glacée, sanglante, n'éclairant pas. D'autre part, comment se faisait-il que je ne voyais aucune ligne de lumière sous la porte, dans le corridor ?

- Mais, en vérité, ce qui sortait ainsi du trou de la serrure me causait l'impression du regard phosphorique d'un hibou !

En ce moment, l'heure sonna, dehors, à l'église, dans le vent nocturne.

- Qui est là ? demandai-je, à voix basse.

La lueur s'éteignit: - j'allais m'approcher. Mais la porte s'ouvrit, largement, lentement, silencieusement. En face de moi, dans le corridor, se tenait, debout, une forme haute et noire, - un prêtre, le tricorne sur la tête. La lune l'éclairait tout entier, à l'exception de la figure : je ne voyais que le feu de ses deux prunelles qui me considéraient avec une solennelle fixité.

Le souffle de l'autre monde enveloppait ce visiteur, son attitude m'oppressait l'âme. Paralysée par une frayeur qui s'enfla instantanément jusqu'au paroxysme, je contemplai le désolant personnage, en silence.

Tout à coup, le prêtre éleva le bras, avec lenteur, vers moi. Il me présentait une chose lourde et vague. C'était un manteau. Un grand manteau noir, un manteau de voyage. Il me le tendait, comme pour me l'offrir !

Je fermai les yeux pour ne pas voir cela. Oh !   je ne voulais pas voir cela ! Mais un oiseau de nuit, avec un cri affreux, passa entre nous, et le vent de ses ailes, m'effleurant les paupières, me les fit ouvrir Je sentis qu'il voletait par la chambre.

Alors, - et avec un râle d'angoisse, car les forces me trahissaient pour crier, - je repoussai la porte de mes deux mains crispées et étendues et je donnai un violent tour de clef, frénétique et les cheveux dressés ! Chose singulière, il me sembla que tout cela ne faisait aucun bruit.

C'était plus que l'organisme n'en pouvait supporter. Je m'éveillai.

J'étais assis sur mon séant, dans mon lit, les bras tendus devant moi ; j'étais glacé ; le front trempé de sueur ; mon cœur battait contre les parois de ma poitrine de gros coups sombres.

- Ah ! me dis-je, le songe horrible ! Toutefois, mon insurmontable anxiété subsistait. Il me fallut plus d'une minute avant d'oser remuer le bras pour chercher les allumettes ; j'appréhendais de sentir, dans l'obscurité, une main froide saisir la mienne et la presser amicalement. J'eus un mouvement nerveux en entendant ces allumettes bruire sous mes doigts dans le fer du chandelier. Je rallumai la bougie. Instantanément, je me sentis mieux ; la lumière, cette vibration divine, diversifie les milieux funèbres et console des mauvaises terreurs.

Je résolus de boire un verre d'eau froide pour me remettre tout à fait et je descendis du lit. En passant devant la fenêtre, je remarquai une chose : la lune était exactement pareille à celle de mon songe.



{"id":"8350","resType":"text","gutType":"55","title":"Villiers de l'Isle-Adam (1838-1889), L'INTERSIGNE, in <u>Contes Cruels<\/u>, 1","datas":{"content":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>HISTOIRE \u00e0 faire PEUR\u2026<\/strong><\/p>\n<p><em>Le h\u00e9ros arrive \u00e0 la nuit tombante dans un vieux presbyt\u00e8re breton o\u00f9 l'attend son ami, l\u2019abb\u00e9 Maucombe. Apr\u00e8s le souper, il monte dans sa chambre...<\/em><\/p>\n<p>J'allais m'endormir<\/p>\n<p>Trois petits coups secs, imp\u00e9ratifs, furent frapp\u00e9s \u00e0 ma porte.<\/p>\n<p>- Hein ? me dis-je, en sursaut.<\/p>\n<p><span>Alors je m'aper\u00e7us que mon premier somme avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. J'ignorais o\u00f9 j'\u00e9tais. Je me croyais \u00e0 Paris. Certains repos donnent ces sortes d'oublis risibles. 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La pleine lune brillait, en face de la fen\u00eatre, au-dessus de l'\u00e9glise et, \u00e0 travers les rideaux blancs, d\u00e9coupait son angle de flamme d\u00e9serte et p\u00e2le sur le parquet.<\/span><\/p>\n<p><span>Il \u00e9tait bien minuit.<\/span><\/p>\n<p><span>Mes id\u00e9es \u00e9taient morbides. Qu'\u00e9tait-ce donc? L'ombre \u00e9tait extraordinaire. Comme je m\u2019approchais de la porte, une tache de braise, partie du trou de la serrure, vint errer sur ma main et sur ma manche.<\/span><\/p>\n<p><span>Il y avait quelqu'un derri\u00e8re la porte : on avait r\u00e9ellement frapp\u00e9. Cependant, \u00e0 deux pas du loquet, je m'arr\u00eatai court. Une chose me paraissait surprenante : la nature de la tache qui courait sur ma main. C'\u00e9tait une lueur glac\u00e9e, sanglante, n'\u00e9clairant pas. D'autre part, comment se faisait-il que je ne voyais aucune ligne de lumi\u00e8re sous la porte, dans le corridor ?<\/span><\/p>\n<p><span>- Mais, en v\u00e9rit\u00e9, ce qui sortait ainsi du trou de la serrure me causait l'impression du regard phosphorique d'un hibou !<\/span><\/p>\n<p><span>En ce moment, l'heure sonna, dehors, \u00e0 l'\u00e9glise, dans le vent nocturne.<\/span><\/p>\n<p><span>- Qui est l\u00e0 ? demandai-je, \u00e0 voix basse.<\/span><\/p>\n<p><span>La lueur s'\u00e9teignit: - j'allais m'approcher. Mais la porte s'ouvrit, largement, lentement, silencieusement. En face de moi, dans le corridor, se tenait, debout, une forme haute et noire, - un pr\u00eatre, le tricorne sur la t\u00eate. La lune l'\u00e9clairait tout entier, \u00e0 l'exception de la figure : je ne voyais que le feu de ses deux prunelles qui me consid\u00e9raient avec une solennelle fixit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p><span>Le souffle de l'autre monde enveloppait ce visiteur, son attitude m'oppressait l'\u00e2me. Paralys\u00e9e par une frayeur qui s'enfla instantan\u00e9ment jusqu'au paroxysme, je contemplai le d\u00e9solant personnage, en silence.<\/span><\/p>\n<p><span>Tout \u00e0 coup, le pr\u00eatre \u00e9leva le bras, avec lenteur, vers moi. Il me pr\u00e9sentait une chose lourde et vague. C'\u00e9tait un manteau. Un grand manteau noir, un manteau de voyage. Il me le tendait, comme pour me l'offrir&nbsp;! <\/span><\/p>\n<p><span>Je fermai les yeux pour ne pas voir cela. Oh&nbsp;!&nbsp;&nbsp; je ne voulais pas voir cela ! Mais un oiseau de nuit, avec un cri affreux, passa entre nous, et le vent de ses ailes, m'effleurant les paupi\u00e8res, me les fit ouvrir Je sentis qu'il voletait par la chambre.<\/span><\/p>\n<p><span>Alors, - et avec un r\u00e2le d'angoisse, car les forces me trahissaient pour crier, - je repoussai la porte de mes deux mains crisp\u00e9es et \u00e9tendues et je donnai un violent tour de clef, fr\u00e9n\u00e9tique et les cheveux dress\u00e9s ! Chose singuli\u00e8re, il me sembla que tout cela ne faisait aucun bruit.<\/span><\/p>\n<p><span>C'\u00e9tait plus que l'organisme n'en pouvait supporter. Je m'\u00e9veillai.<\/span><\/p>\n<p><span>J'\u00e9tais assis sur mon s\u00e9ant, dans mon lit, les bras tendus devant moi ; j'\u00e9tais glac\u00e9 ; le front tremp\u00e9 de sueur ; mon c\u0153ur battait contre les parois de ma poitrine de gros coups sombres.<\/span><\/p>\n<p><span>- Ah ! me dis-je, le songe horrible ! Toutefois, mon insurmontable anxi\u00e9t\u00e9 subsistait. Il me fallut plus d'une minute avant d'oser remuer le bras pour chercher les allumettes&nbsp;; j'appr\u00e9hendais de sentir, dans l'obscurit\u00e9, une main froide saisir la mienne et la presser amicalement. J'eus un mouvement nerveux en entendant ces allumettes bruire sous mes doigts dans le fer du chandelier. Je rallumai la bougie. Instantan\u00e9ment, je me sentis mieux ; la lumi\u00e8re, cette vibration divine, diversifie les milieux fun\u00e8bres et console des mauvaises terreurs.<\/span><\/p>\n<p><span>Je r\u00e9solus de boire un verre d'eau froide pour me remettre tout \u00e0 fait et je descendis du lit. 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Le 13 Mars 2011

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