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Français 4e

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Dénoncer la misère: un portrait universel et intemporel (Comparaison…

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Texte 1

     Il y a sept ou huit ans, un homme nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris. Il avait avec lui une fille qui était sa maîtresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin. L'ouvrier était capable, habile, intelligent, fort maltraité par l'éducation, fort bien traité par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver, l'ouvrage manqua. Pas de feu ni de pain dans le galetas*. L'homme, la fille et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. Je ne sais ce qu'il vola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c'est que de ce vol il résulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme.

      L'homme fut envoyé faire son temps à la maison centrale de Clairvaux. [...]

     Claude Gueux, honnête ouvrier naguère, voleur désormais, était une figure digne et grave. Il avait le front haut, déjà ridé, quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l'oeil doux et fort puissamment enfoncé sous une arcade sourcilière bien modelée, les narines ouvertes, le menton avancé, la lèvre dédaigneuse. C'était une belle tête. [...]

     Il avait la parole rare, le geste peu fréquent, quelque chose d'impérieux dans toute sa personne et qui se faisait obéir, l'air pensif, sérieux plutôt que souffrant. Il avait pourtant bien souffert.

                                     Victor Hugo, Claude Gueux, incipit, 1834.

 

*logement sous les toits, loué à bas prix.

 



{"id":"7852","resType":"text","gutType":"55","title":"<strong>Claude Gueux<\/strong><br>","datas":{"content":"<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Texte 1<\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il y a sept ou huit ans, un homme nomm\u00e9 Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait \u00e0 Paris. Il avait avec lui une fille qui \u00e9tait sa ma\u00eetresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralit\u00e9s \u00e0 mesure que les faits les s\u00e8ment sur leur chemin. L'ouvrier \u00e9tait capable, habile, intelligent, fort maltrait\u00e9 par l'\u00e9ducation, fort bien trait\u00e9 par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver, l'ouvrage manqua. Pas de feu ni de pain dans le galetas<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>. L'homme, la fille et l'enfant eurent froid et faim. L'homme vola. Je ne sais ce qu'il vola, je ne sais o\u00f9 il vola. Ce que je sais, c'est que de ce vol il r\u00e9sulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l'enfant, et cinq ans de prison pour l'homme.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; L'homme fut envoy\u00e9 faire son temps \u00e0 la maison centrale de Clairvaux. [...]<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Claude Gueux, honn\u00eate ouvrier nagu\u00e8re, voleur d\u00e9sormais, \u00e9tait une figure digne et grave. Il avait le front haut, d\u00e9j\u00e0 rid\u00e9, quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l'oeil doux et fort puissamment enfonc\u00e9 sous une arcade sourcili\u00e8re bien model\u00e9e, les narines ouvertes, le menton avanc\u00e9, la l\u00e8vre d\u00e9daigneuse. C'\u00e9tait une belle t\u00eate. [...]<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Il avait la parole rare, le geste peu fr\u00e9quent, quelque chose d'imp\u00e9rieux dans toute sa personne et qui se faisait ob\u00e9ir, l'air pensif, s\u00e9rieux plut\u00f4t que souffrant. Il avait pourtant bien souffert.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Victor Hugo, <span style=\"text-decoration: underline;\">Claude Gueux<\/span>, incipit, 1834.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">logement sous les toits, lou\u00e9 \u00e0 bas prix.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">&nbsp;<\/p>","title":"&nbsp;","complements":"&nbsp;","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"&nbsp;"},"rubric_order":null}

 
Texte 2

[…]

Jean Valjean était d'une pauvre famille de paysans de la Brie*. Dans son enfance, il n'avait pas appris à lire. Quand il eut l'âge d'homme, il était émondeur* à Faverolles*. Sa mère s'appelait Jeanne Mathieu; son père s'appelait Jean Valjean ou Vlajean, sobriquet probablement, et contraction de Voilà Jean.

Jean Valjean était d'un caractère pensif sans être triste, ce qui est le propre des natures affectueuses. Somme toute, pourtant, c'était quelque chose d'assez endormi et d'assez insignifiant, en apparence du moins, que Jean Valjean. Il avait perdu en très bas âge son père et sa mère. Sa mère était morte d'une fièvre de lait* mal soignée. Son père, émondeur comme lui, s'était tué en tombant d'un arbre. Il n'était resté à Jean Valjean qu'une sœur plus âgée que lui, veuve, avec sept enfants, filles et garçons. Cette sœur avait élevé Jean Valjean, et tant qu'elle eut son mari elle logea et nourrit son jeune frère. Le mari mourut. L'aîné des sept enfants avait huit ans, le dernier un an. Jean Valjean venait d'atteindre, lui, sa vingt-cinquième année. Il remplaça le père, et soutint à son tour sa sœur qui l'avait élevé. Cela se fit simplement, comme un devoir, même avec quelque chose de bourru de la part de Jean Valjean. Sa jeunesse se dépensait ainsi dans un travail rude et mal payé. On ne lui avait jamais connu de « bonne amie » dans le pays. Il n'avait pas eu le temps d'être amoureux.

Le soir il rentrait fatigué et mangeait sa soupe, sans dire un mot. Sa soeur, mère Jeanne, pendant qu'il mangeait, lui prenait souvent dans son écuelle le meilleur de son repas, le morceau de viande, la tranche de lard, le cœur de chou, pour le donner à quelqu'un de ses enfants; lui, mangeant toujours, penché sur la table, presque la tête dans sa soupe, ses longs cheveux tombant autour de son écuelle et cachant ses yeux, avait l'air de ne rien voir et laissait faire. Il y avait à Faverolles, pas loin de la chaumière Valjean, de l'autre côté de la ruelle, une fermière appelée Marie-Claude; les enfants Valjean, habituellement affamés, allaient quelquefois emprunter au nom de leur mère une pinte* de lait à Marie-Claude, qu'ils buvaient derrière une haie ou dans quelque coin d'allée, s'arrachant le pot, et si hâtivement que les petites filles s'en répandaient sur leur tablier et dans leur goulotte*. La mère, si elle eût su cette maraude*, eût sévèrement corrigé les délinquants. Jean Valjean, brusque et bougon, payait en arrière de la mère la pinte de lait à Marie-Claude, et les enfants n'étaient pas punis.

Il gagnait dans la saison de l'émondage dix-huit sous par jour, puis il se louait comme moissonneur, comme manœuvre, comme garçon de ferme bouvier*, comme homme de peine. Il faisait ce qu'il pouvait. Sa sœur travaillait de son côté, mais que faire avec sept enfants? C'était un triste groupe que la misère enveloppa et étreignit peu à peu. Il arriva qu'un hiver fut rude. Jean n'eut pas d'ouvrage. La famille n'eut pas de pain. Pas de pain. À la lettre. Sept enfants.

Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l'église, à Faverolles, se disposait à se coucher, lorsqu'il entendit un coup violent dans la devanture grillée et vitrée de sa boutique. Il arriva à temps pour voir un bras passé à travers un trou fait d'un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l'emporta. Isabeau sortit en hâte; le voleur s'enfuyait à toutes jambes; Isabeau courut après lui et l'arrêta. Le voleur avait jeté le pain, mais il avait encore le bras ensanglanté. C'était Jean Valjean.

Ceci se passait en 1795, Jean Valjean fut traduit devant les tribunaux du temps « pour vol avec effraction la nuit dans une maison habitée ». Il avait un fusil dont il se servait mieux que tireur au monde, il était quelque peu braconnier; ce qui lui nuisit. Il y a contre les braconniers un préjugé légitime. Le braconnier, de même que le contrebandier, côtoie de fort près le brigand. Pourtant, disons-le en passant, il y a encore un abîme entre ces races d'hommes et le hideux assassin des villes. Le braconnier vit dans la forêt; le contrebandier vit dans la montagne ou sur la mer. Les villes font des hommes féroces, parce qu'elles font des hommes corrompus. La montagne, la mer, la forêt, font des hommes sauvages. Elles développent le côté farouche, mais souvent sans détruire le côté humain.

Jean Valjean fut déclaré coupable. Les termes du code* étaient formels. Il y a dans notre civilisation des heures redoutables; ce sont les moments où la pénalité prononce un naufrage. Quelle minute funèbre que celle où la société s'éloigne et consomme l'irréparable abandon d'un être pensant! Jean Valjean fut condamné à cinq ans de galères.

                                                 Victor Hugo, Les Misérables, partie I, livre II, 6 (1862).

 

*Brie: région fertile, donc riche, du Bassin parisien.

*émondeur: personne qui taille les arbres.

*Faverolles: village de Seine-et-Marne.

*fièvre de lait: fièvre faisant suite à un accouchement.

*pinte: ancienne mesure représentant 0,93 litre.

*goulotte: creux entre le cou et un vêtement qui bâille.

*cette maraude: ce vol de nourriture.

*bouvier: personne qui garde les bœufs.

*La loi de 1791 prévoyait jusqu'à huit années de fers pour un vol avec effraction, peine augmentée de deux ans si le délit avait été commis dans une maison habitée, de deux ans encore s'il avait été commis de nuit.

*galères: travaux forcés (à l'origine, condamnation à ramer sur les galères du roi).

 



{"id":"7858","resType":"text","gutType":"55","title":"<strong>Jean Valjean<\/strong><br>","datas":{"content":"<span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>Texte 2<\/strong><\/span><br>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">[\u2026]<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">Jean Valjean \u00e9tait d'une pauvre famille de paysans de la Brie<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>. Dans son enfance, il n'avait pas appris \u00e0 lire. Quand il eut l'\u00e2ge d'homme, il \u00e9tait \u00e9mondeur<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span> \u00e0 Faverolles<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>. Sa m\u00e8re s'appelait Jeanne Mathieu; son p\u00e8re s'appelait Jean Valjean ou Vlajean, sobriquet probablement, et contraction de <em>Voil\u00e0 Jean<\/em>.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">Jean Valjean \u00e9tait d'un caract\u00e8re pensif sans \u00eatre triste, ce qui est le propre des natures affectueuses. Somme toute, pourtant, c'\u00e9tait quelque chose d'assez endormi et d'assez insignifiant, en apparence du moins, que Jean Valjean. Il avait perdu en tr\u00e8s bas \u00e2ge son p\u00e8re et sa m\u00e8re. Sa m\u00e8re \u00e9tait morte d'une fi\u00e8vre de lait<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span> mal soign\u00e9e. Son p\u00e8re, \u00e9mondeur comme lui, s'\u00e9tait tu\u00e9 en tombant d'un arbre. Il n'\u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 Jean Valjean qu'une s\u0153ur plus \u00e2g\u00e9e que lui, veuve, avec sept enfants, filles et gar\u00e7ons. Cette s\u0153ur avait \u00e9lev\u00e9 Jean Valjean, et tant qu'elle eut son mari elle logea et nourrit son jeune fr\u00e8re. Le mari mourut. L'a\u00een\u00e9 des sept enfants avait huit ans, le dernier un an. Jean Valjean venait d'atteindre, lui, sa vingt-cinqui\u00e8me ann\u00e9e. Il rempla\u00e7a le p\u00e8re, et soutint \u00e0 son tour sa s\u0153ur qui l'avait \u00e9lev\u00e9. Cela se fit simplement, comme un devoir, m\u00eame avec quelque chose de bourru de la part de Jean Valjean. Sa jeunesse se d\u00e9pensait ainsi dans un travail rude et mal pay\u00e9. On ne lui avait jamais connu de \u00ab&nbsp;bonne amie&nbsp;\u00bb dans le pays. Il n'avait pas eu le temps d'\u00eatre amoureux.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">Le soir il rentrait fatigu\u00e9 et mangeait sa soupe, sans dire un mot. Sa soeur, m\u00e8re Jeanne, pendant qu'il mangeait, lui prenait souvent dans son \u00e9cuelle le meilleur de son repas, le morceau de viande, la tranche de lard, le c\u0153ur de chou, pour le donner \u00e0 quelqu'un de ses enfants; lui, mangeant toujours, pench\u00e9 sur la table, presque la t\u00eate dans sa soupe, ses longs cheveux tombant autour de son \u00e9cuelle et cachant ses yeux, avait l'air de ne rien voir et laissait faire. Il y avait \u00e0 Faverolles, pas loin de la chaumi\u00e8re Valjean, de l'autre c\u00f4t\u00e9 de la ruelle, une fermi\u00e8re appel\u00e9e Marie-Claude; les enfants Valjean, habituellement affam\u00e9s, allaient quelquefois emprunter au nom de leur m\u00e8re une pinte<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span> de lait \u00e0 Marie-Claude, qu'ils buvaient derri\u00e8re une haie ou dans quelque coin d'all\u00e9e, s'arrachant le pot, et si h\u00e2tivement que les petites filles s'en r\u00e9pandaient sur leur tablier et dans leur goulotte<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>. La m\u00e8re, si elle e\u00fbt su cette maraude<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>, e\u00fbt s\u00e9v\u00e8rement corrig\u00e9 les d\u00e9linquants. Jean Valjean, brusque et bougon, payait en arri\u00e8re de la m\u00e8re la pinte de lait \u00e0 Marie-Claude, et les enfants n'\u00e9taient pas punis.<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\">Il gagnait dans la saison de l'\u00e9mondage dix-huit sous par jour, puis il se louait comme moissonneur, comme man\u0153uvre, comme gar\u00e7on de ferme bouvier<span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span>, comme homme de peine. Il faisait ce qu'il pouvait. Sa s\u0153ur travaillait de son c\u00f4t\u00e9, mais que faire avec sept enfants? C'\u00e9tait un triste groupe que la mis\u00e8re enveloppa et \u00e9treignit peu \u00e0 peu. Il arriva qu'un hiver fut rude. Jean n'eut pas d'ouvrage. La famille n'eut pas de pain. Pas de pain. <span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00c0<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> la lettre. Sept enfants.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Un dimanche soir, Maubert Isabeau, boulanger sur la place de l'\u00e9glise, \u00e0 Faverolles, se disposait \u00e0 se coucher, lorsqu'il entendit un coup violent dans la devanture grill\u00e9e et vitr\u00e9e de sa boutique. Il arriva \u00e0 temps pour voir un bras pass\u00e9 \u00e0 travers un trou fait d'un coup de poing dans la grille et dans la vitre. Le bras saisit un pain et l'emporta. Isabeau sortit en h\u00e2te; le voleur s'enfuyait \u00e0 toutes jambes; Isabeau courut apr\u00e8s lui et l'arr\u00eata. Le voleur avait jet\u00e9 le pain, mais il avait encore le bras ensanglant\u00e9. C'\u00e9tait Jean Valjean.<\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Ceci se passait en 1795, Jean Valjean fut traduit devant les tribunaux du temps \u00ab&nbsp;pour vol avec effraction la nuit dans une maison habit\u00e9e&nbsp;\u00bb. Il avait un fusil dont il se servait mieux que tireur au monde, il \u00e9tait quelque peu braconnier; ce qui lui nuisit. Il y a contre les braconniers un pr\u00e9jug\u00e9 l\u00e9gitime. Le braconnier, de m\u00eame que le contrebandier, c\u00f4toie de fort pr\u00e8s le brigand. Pourtant, disons-le en passant, il y a encore un ab\u00eeme entre ces races d'hommes et le hideux assassin des villes. Le braconnier vit dans la for\u00eat; le contrebandier vit dans la montagne ou sur la mer. Les villes font des hommes f\u00e9roces, parce qu'elles font des hommes corrompus. La montagne, la mer, la for\u00eat, font des hommes sauvages. Elles d\u00e9veloppent le c\u00f4t\u00e9 farouche, mais souvent sans d\u00e9truire le c\u00f4t\u00e9 humain. <\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\" align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> Jean Valjean fut d\u00e9clar\u00e9 coupable. Les termes du code<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\"> \u00e9taient formels. Il y a dans notre civilisation des heures redoutables; ce sont les moments o\u00f9 la p\u00e9nalit\u00e9 prononce un naufrage. Quelle minute fun\u00e8bre que celle o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 s'\u00e9loigne et consomme l'irr\u00e9parable abandon d'un \u00eatre pensant! Jean Valjean fut condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de gal\u00e8res. <\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Victor Hugo, <\/span><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Les Mis\u00e9rables<\/span><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">, partie I, livre II, 6 (1862).<br><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Brie: r\u00e9gion fertile, donc riche, du Bassin parisien.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">\u00e9mondeur: personne qui taille les arbres.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">Faverolles: village de Seine-et-Marne.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">fi\u00e8vre de lait: fi\u00e8vre faisant suite \u00e0 un accouchement.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">pinte: ancienne mesure repr\u00e9sentant 0,93 litre.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">goulotte: creux entre le cou et un v\u00eatement qui b\u00e2ille.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">cette maraude: ce vol de nourriture.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">bouvier: personne qui garde les b\u0153ufs.<\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">La loi de 1791 pr\u00e9voyait jusqu'\u00e0 huit ann\u00e9es de fers pour un vol avec effraction, peine augment\u00e9e de deux ans si le d\u00e9lit avait \u00e9t\u00e9 commis dans une maison habit\u00e9e, de deux ans encore s'il avait \u00e9t\u00e9 commis de nuit. <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\"><span style=\"font-size: x-small;\"><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">*<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman,serif;\">gal\u00e8res: travaux forc\u00e9s (\u00e0 l'origine, condamnation \u00e0 ramer sur les gal\u00e8res du roi). <\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"margin-bottom: 0cm;\">&nbsp;<\/p>","title":"&nbsp;","complements":"&nbsp;","credits":null,"credits2":null,"license":null,"source":"0","origine":"","caption":"&nbsp;"},"rubric_order":null}

 
Un ouvrier, Claude Gueux, vit pauvre mais heureux avec sa maîtresse et sa fille à Paris. Mais il vole pour nourrir et chauffer sa famille pendant trois jours. Il est condamné à cinq ans de prison. Là-bas il se lie d'amitié avec Albin. Il est aimé des autres prisonniers et détesté par le gardien chef. Celui-ci le sépare d'Albin. Claude supplie pour le retrouver mais on ne l'écoute pas. Il tue le gardien chef et est guillotiné sur la place publique.


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Page créée par Anne-Laure
Le 19 Mars 2011

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