Charles Baudelaire : critique d'art, traducteur de l'œuvre d'Edgar Poe et poète du XIXe siècle. En 1857 paraît son recueil poétique, Les Fleurs du mal, qu'il qualifie lui-même de « livre atroce » et qui est condamné pour immoralité.
Le sonnet « À une passante » appartient à la section « Tableaux parisiens » des Fleurs du mal dans laquelle Baudelaire évoque l'univers urbain et les rencontres qu'il peut y faire.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet;
5 Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair… puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
10 Ne te verrai-je plus que dans l'éternité?
Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
Le poème « À une passante » peut facilement être rapproché du texte « Une allée du Luxembourg » de Gérard de Nerval paru en 1832 dans le recueil, Odelettes. Ici encore, dans un cadre parisien, l'auteur évoque un coup de foudre qui aurait pu changer sa vie…
Vive et preste comme un oiseau ;
À la main une fleur qui brille,
À la bouche un refrain nouveau.
C'est peut-être la seule au monde
Dont le coeur au mien répondrait ;
Qui, venant dans ma nuit profonde,
D'un seul regard l'éclaicirait ! …
Mais non, - ma jeunesse est finie…
Adieu, doux rayon qui m'a lui, -
Parfum, jeune fille, harmonie…
Le bonheur passait, il a fui !
Odelettes, Gérard de Nerval, 1832
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