La vie de Joachim du Bellay (1522-1560) fut celle d’un humaniste : né en Anjou, il fit son droit à Poitiers avant de suivre à Paris, aux côtés de Ronsard, les cours de Dorat, illustre professeur de grec. Avec ses condisciples Ronsard et Peletier du Mans, il formait le noyau dur de la Pléiade (voir p. 36, note 2). Fervent défenseur de la langue française, il contribua à la rendre aussi riche que le latin et le grec. Sa poésie, souvent nostalgique du pays d’enfance (son plus célèbre recueil s’intitule Les Regrets), est notamment marquée par sa fascination pour Rome, où il a séjourné comme diplomate. La ville réputée pour son patrimoine antique et les bâtiments témoignant de la puissance papale est alors en pleine reconstruction, suite au saccage ordonné par Charles Quint en 1527.
Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome
Et rien de Rome en Rome n’aperçois,
Ces vieux palais, ces vieux arcs que tu vois,
Et ces vieux murs, c’est ce que Rome on nomme.
Vois quel orgueil, quelle ruine et comme
Celle qui mit le monde sous ses lois,
Pour tout, se dompta quelquefois,
Et devint , qui tout .
Rome de Rome est le seul monument,
Et Rome Rome a vaincu seulement.
Le seul, qui vers la mer s’enfuit,
Reste de Rome. Ô !
Ce qui est ferme est par le temps détruit,
Et ce qui fuit au temps fait résistance.
Joachim du Bellay, « Nouveau venu, qui cherches Rome en Rome », Les Antiquités de Rome, 1558
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