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Français 5e

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Valets et servantes de Molière

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Scène X. SGANARELLE, VALERE.

Sganarelle. - Merveille sur merveille : j’ai si bien fait que Gorgibus me prend pour un habile médecin. Je me suis introduit chez lui, et lui ai conseillé de faire prendre l’air à sa fille, laquelle est à présent dans un appartement qui est au bout de leur jardin, tellement qu’elle est fort éloignée du vieillard, et que vous pouvez l’aller voir commodément.

Valère. - Ah ! que tu me donnes de joie ! Sans perdre de temps, je la vais trouver de ce pas.

Sganarelle. - Il faut avouer que ce bonhomme Gorgibus est un vrai lourdaud de se laisser tromper de la sorte. (Apercevant Gorgibus) Ah ! ma foi, tout est perdu : c’est à ce coup que voilà la médecine renversée, mais il faut que je le trompe.



Molière, Le Médecin volant, pièce en un acte, scène 10 Molière, Le Médecin volant, pièce en un acte, scène 10

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Mascarille. - Léandre aime Célie !
Lélie. - Il l'adore, te dis-je.
Mascarille. - Tant pis.
Lélie. - Hé! oui, tant pis, c'est là ce qui m'afflige.
Toutefois j'aurais tort de me désespérer,
Puisque j'ai ton secours je puis me rassurer ;
Je sais que ton esprit en intrigues fertile,
N'a jamais rien trouvé qui lui fût difficile,
Qu'on te peut appeler le roi des serviteurs,
Et qu'en toute la terre…
Mascarille. - Hé ! trêve de douceurs.
Quand nous faisons besoin1 nous autres misérables,
Nous sommes les chéris et les incomparables,
Et dans un autre temps, dès le moindre courroux,
Nous sommes les coquins qu'il faut rouer de coups.
Lélie. - Ma foi, tu me fais tort avec cette invective2 ;
 
[Mascarille tâche de décourager Lélie en lui parlant de son père, qui risque de s'opposer à ce mariage, et lui conseille de renoncer à Célie.]
Lélie. - Sais-tu qu'on n'acquiert rien de bon à me fâcher ?
Que chez moi les avis ont de tristes salaires,
Qu'un valet conseiller y fait mal ses affaires ?
Mascarille. - Il se met en courroux ! Tout ce que j'en ai dit
N'était rien que pour rire, et vous sonder l'esprit !
D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure ?
Et Mascarille est-il ennemi de nature ?
Vous savez le contraire, et qu'il est très certain,
Qu'on ne peut me taxer que d'être trop humain.
Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de père ;
Poussez votre bidet3, vous dis-je, et laissez faire ; [...]
Vous savez mon talent, je m'offre à vous servir.
Lélie.-. Ah ! c'est par ces discours que tu peux me ravir.
Au reste, mon amour, quand je l'ai fait paraître,
N'a point été mal vu des yeux qui l'ont fait naître ;
Mais Léandre à l'instant vient de me déclarer
Qu'à me ravir Célie il se va préparer.
C'est pourquoi dépêchons, et cherche dans ta tête
Les moyens les plus prompts d'en faire ma conquête.
Trouve ruses, détours, fourbes, inventions,
Pour frustrer un rival de ses prétentions.
Mascarille. - Laissez-moi quelque temps rêver à cette affaire.
Que pourrais-je inventer pour ce coup nécessaire ?
Lélie.- Hé bien ? le stratagème ?
Mascarille. - Ah ! Comme vous courez !
Ma cervelle toujours marche à pas mesurés.
J'ai trouvé votre fait : il faut… Non, je m'abuse.
Mais si vous alliez…
Lélie.- Où ?
Mascarille. - C'est une faible ruse.
J'en songeais une.
Lélie.- Et quelle?
Mascarille. - Elle n'irait pas bien.
Mais ne pourriez-vous pas… ?
Lélie.- Quoi ?
Mascarille. - Vous ne pourriez rien.
Parlez avec Anselme4.
Lélie.- Et que lui puis-je dire ?
Mascarille. - Il est vrai, c'est tomber d'un mal dedans un pire.
Il faut pourtant l'avoir. Allez chez Trufaldin5.
Lélie.- Que faire ?
Mascarille. - Je ne sais.
Lélie.- C'en est trop, à la fin ;
Et tu me mets à bout par ces contes frivoles.
Mascarille. - Monsieur, si vous aviez en main force pistoles,
Nous n'aurions pas besoin maintenant de rêver,
À chercher les biais que nous devons trouver ;
Et pourrions, par un prompt achat de cette esclave,
Empêcher qu'un rival vous prévienne et vous brave.
 
[Par son étourderie ou sa maladresse, Lélie fera échouer les onze machinations successives imaginées par son serviteur Mascarille. Comment se résoudra dès lors cette affaire ?]



1 discours agressif.
2 quand les autres ont besoin de nous.
3 expression qui signifie « continuez vos affaires ».
4 le père d’Hippolyte, jeune fille à laquelle Lélie est destiné.
5 un vieillard à qui des Egyptiens ou des bohémiens ont laissé Célie en gage. Comme ils tardent à venir chercher la jeune fille et à lui rendre l'argent qu'ils lui ont emprunté, Trufaldin peut souhaiter revendre la jeune esclave pour retrouver son argent.


Molière, L'Etourdi , acte I, scène 2 (extraits), 1654. Molière, L'Etourdi , acte I, scène 2 (extraits), 1654.

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Tout ce que j'en ai dit<br>N'\u00e9tait rien que pour rire, et vous sonder l'esprit !<br>D'un censeur de plaisirs ai-je fort l'encolure ?<br>Et Mascarille est-il ennemi de nature ?<br>Vous savez le contraire, et qu'il est tr\u00e8s certain,<br>Qu'on ne peut me taxer que d'\u00eatre trop humain.<br>Moquez-vous des sermons d'un vieux barbon de p\u00e8re ;<br><span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2533\" data-id=\"2533\">Poussez votre bidet<sup>3<\/sup><\/span>, vous dis-je, et laissez faire ; [...]<br>Vous savez mon talent, je m'offre \u00e0 vous servir.<br>L\u00e9lie.-. Ah ! c'est par ces discours que tu peux me ravir.<br>Au reste, mon amour, quand je l'ai fait para\u00eetre,<br>N'a point \u00e9t\u00e9 mal vu des yeux qui l'ont fait na\u00eetre ;<br>Mais L\u00e9andre \u00e0 l'instant vient de me d\u00e9clarer<br>Qu'\u00e0 me ravir C\u00e9lie il se va pr\u00e9parer.<br>C'est pourquoi d\u00e9p\u00eachons, et cherche dans ta t\u00eate<br>Les moyens les plus prompts d'en faire ma conqu\u00eate.<br>Trouve ruses, d\u00e9tours, fourbes, inventions,<br>Pour frustrer un rival de ses pr\u00e9tentions.<br>Mascarille. - Laissez-moi quelque temps r\u00eaver \u00e0 cette affaire.<br>Que pourrais-je inventer pour ce coup n\u00e9cessaire ?<br>L\u00e9lie.- H\u00e9 bien ? le stratag\u00e8me ?<br>Mascarille. - Ah ! 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Comment se r\u00e9soudra d\u00e8s lors cette affaire ?]<\/p><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\">&nbsp;<\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2531\" id=\"defFoot2531\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n discours agressif.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2532\" id=\"defFoot2532\">\n <span class=\"counter\">\n 2\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n quand les autres ont besoin de nous.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2533\" id=\"defFoot2533\">\n <span class=\"counter\">\n 3\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n expression qui signifie \u00ab continuez vos affaires \u00bb.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2534\" id=\"defFoot2534\">\n <span class=\"counter\">\n 4\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n le p\u00e8re d\u2019Hippolyte, jeune fille \u00e0 laquelle L\u00e9lie est destin\u00e9.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2535\" id=\"defFoot2535\">\n <span class=\"counter\">\n 5\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n un vieillard \u00e0 qui des Egyptiens ou des boh\u00e9miens ont laiss\u00e9 C\u00e9lie en gage. 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SCÈNE V
ADRASTE, HALI.
Adraste.- Je n'entends remuer personne. Hali ? Hali ?
Hali, caché dans un coin.- Monsieur.
Adraste.- Où, donc, te caches-tu ?
Hali.- Ces gens sont-ils sortis ?
Adraste.- Non, personne ne bouge.
Hali, en sortant d'où il était caché.- S'ils viennent, ils seront frottés.
Adraste.- Quoi ! tous nos soins seront, donc, inutiles ? et, toujours, ce fâcheux jaloux se moquera de nos desseins ?
Hali.- Non, le courroux du point d'honneur me prend ; il ne sera pas dit qu'on triomphe de mon adresse ; ma qualité de fourbe s'indigne de tous ces obstacles ; et je prétends faire éclater les talents que j'ai eus du Ciel.
Adraste.- Je voudrais, seulement, que par quelque moyen, par un billet, par quelque bouche, elle fût avertie des sentiments qu'on a pour elle, et savoir les siens là-dessus. Après on peut trouver facilement, les moyens...
Hali.- Laissez-moi faire seulement ; j'en essayerai tant de toutes les manières, que quelque chose, enfin, nous pourra réussir. Allons, le jour paraît ; je vais chercher mes gens, et venir attendre, en ce lieu, que notre jaloux sorte.
[...]
SCÈNE VII
DOM PÈDRE, HALI, ISIDORE.
Hali, faisant plusieurs révérences à Dom Pèdre.
Dom Pèdre.- Trêve aux cérémonies, que voulez-vous ?
Hali. Il se retourne devers Isidore, à chaque parole qu'il dit à Dom Pèdre : et lui fait des signes pour lui faire connaître le dessein de son maître.- Signor (avec la permission de la Signore), je vous dirai (avec la permission de la Signore) que je viens vous trouver (avec la permission de la Signore) pour vous prier (avec la permission de la Signore) de vouloir bien (avec la permission de la Signore)...
Dom Pèdre.- Avec la permission de la Signore, passez un peu de ce côté.
Hali.- Signor, je suis un virtuose.
Dom Pèdre.- Je n'ai rien à donner1.
Hali.- Ce n'est pas ce que je demande. Mais comme je me mêle un peu de musique, et de danse, j'ai instruit quelques esclaves qui voudraient bien trouver un maître qui se plût à ces choses ; et comme je sais que vous êtes une personne considérable, je voudrais vous prier de les voir, et de les entendre, pour les acheter, s'ils vous plaisent, ou pour leur enseigner quelqu'un de vos amis qui voulût s'en accommoder.
Isidore.- C'est une chose à voir, et cela nous divertira. Faites-les-nous venir.
Hali.- Chala bala... Voici une chanson nouvelle, qui est du temps2. Écoutez bien. Chala bala.
SCÈNE VIII
Hali chante3 dans cette scène: et les esclaves dansent dans les intervalles de son chant.
HALI ET QUATRE ESCLAVES, ISIDORE, DOM PÈDRE.
Hali chante :
D'un cœur ardent en tous lieux,
Un amant suit une belle ;
Mais d'un jaloux odieux,
La vigilance éternelle,
Fait qu'il ne peut que des yeux
S'entretenir avec elle.
Est-il peine plus cruelle
Pour un cœur bien amoureux ?
Chiribirida ouch alla,
Star bon Turca,
Non aver danara
Ti voler comprara4,
Mi servir a ti,
Se pagar per mi,
Far bona accina,
Mi levar matina,
Far boler caldara,
Parlara, parlara,
Ti voler comprara.
C'est un supplice, à tous coups,
Sous qui cet amant expire :
Mais si d'un œil un peu doux,
La belle voit son martyre,
Et consent qu'aux yeux de tous,
Pour ses attraits il soupire,
Il pourrait, bientôt, se rire
De tous les soins du jaloux.
Chiribirida ouch alla !
Star bon turca,
Non aver danara
Ti voler comprara,
Mi servir a ti,
Se pagar per mi ?
Far bona accina,
Mi levar matina,
Far boler caldara,
Parlara, parlara,
Ti voler comprara.
Dom Pèdre
Savez-vous, mes drôles,
Que cette chanson
Sent, pour vos épaules,
Les coups de bâton ?
Mi ti non comprara,
Ma ti bastonara,
Si, si, non andara,
andara, andara,
O ti bastonara5.
Oh! oh! quels égrillards! Allons, rentrons ici, j'ai changé de pensée, et puis le temps se couvre un peu. (À Hali, qui paraît encore là). Ah ! fourbe, que je vous y trouve.
Hali.- Hé bien oui, mon maître l'adore ; il n'a point de plus grand désir que de lui montrer son amour ; et si elle y consent, il la prendra pour femme.
Dom Pèdre.- Oui, oui, je la lui garde.
Hali.- Nous l'aurons, malgré vous.
Dom Pèdre.- Comment, coquin...
Hali.- Nous l'aurons, dis-je, en dépit de vos dents6.
Dom Pèdre.- Si je prends...
Hali.- Vous avez beau faire la garde, j'en ai juré, elle sera à nous.
Dom Pèdre.- Laisse-moi faire, je t'attraperai sans courir.
Hali.- C'est nous qui vous attraperons ; elle sera notre femme, la chose est résolue ; il faut que j'y périsse, ou que j'en vienne à bout.



1 Dom Pèdre ne comprend pas le mot virtuose, qui est nouveau à cette époque (et signifie « artiste talentueux »), et il croit que Hali est un mendiant qui quête.
2 qui va bien avec la circonstance.
3 A cette époque, la coutume (jusqu’en 1670) veut que l’acteur chante en play-back et que la chanson soit en fait interprétée par un chanteur sur le bord de la scène, dans une loge grillagée.
4 Le premier vers est un pur jargon, incompréhensible. La suite pourrait se traduire ainsi : « [Moi] Être bon Turc, ne pas avoir denier: Toi vouloir acheter? Moi te servir si payer pour moi, faire bonne cuisine, me lever matin, faire bouillir chaudron. [Toi] répondre, répondre : Toi vouloir acheter ? »
5 On pourrait traduire : « Moi toi n’acheter pas, mais te donner coups de bâtons, si toi pas s’en aller, s’en aller, s’en aller, ou te bastonner. »
6 malgré vous.


Molière, Le Sicilien, ou l'Amour peintre, pièce en un acte, scènes 5 à 8, 1667 Molière, Le Sicilien, ou l'Amour peintre, pièce en un acte, scènes 5 à 8, 1667

{"id":"11319","resType":"text","gutType":"227","title":"Hali","datas":{"content":"<p>SC\u00c8NE V<br>ADRASTE, HALI.<br \/>Adraste.- Je n'entends remuer personne. Hali ? Hali ?<br>Hali, cach\u00e9 dans un coin.- Monsieur.<br>Adraste.- O\u00f9, donc, te caches-tu ?<br>Hali.- Ces gens sont-ils sortis ?<br>Adraste.- Non, personne ne bouge.<br>Hali, en sortant d'o\u00f9 il \u00e9tait cach\u00e9.- S'ils viennent, ils seront frott\u00e9s.<br>Adraste.- Quoi ! tous nos soins seront, donc, inutiles ? et, toujours, ce f\u00e2cheux jaloux se moquera de nos desseins ?<br>Hali.- Non, le courroux du point d'honneur me prend ; il ne sera pas dit qu'on triomphe de mon adresse ; ma qualit\u00e9 de fourbe s'indigne de tous ces obstacles ; et je pr\u00e9tends faire \u00e9clater les talents que j'ai eus du Ciel.<br>Adraste.- Je voudrais, seulement, que par quelque moyen, par un billet, par quelque bouche, elle f\u00fbt avertie des sentiments qu'on a pour elle, et savoir les siens l\u00e0-dessus. Apr\u00e8s on peut trouver facilement, les moyens...<br>Hali.- Laissez-moi faire seulement ; j'en essayerai tant de toutes les mani\u00e8res, que quelque chose, enfin, nous pourra r\u00e9ussir. Allons, le jour para\u00eet ; je vais chercher mes gens, et venir attendre, en ce lieu, que notre jaloux sorte.<br>[...]<br \/>SC\u00c8NE VII<br>DOM P\u00c8DRE, HALI, ISIDORE.<br \/>Hali, faisant plusieurs r\u00e9v\u00e9rences \u00e0 Dom P\u00e8dre.<br>Dom P\u00e8dre.- Tr\u00eave aux c\u00e9r\u00e9monies, que voulez-vous ?<br>Hali. Il se retourne devers Isidore, \u00e0 chaque parole qu'il dit \u00e0 Dom P\u00e8dre : et lui fait des signes pour lui faire conna\u00eetre le dessein de son ma\u00eetre.- Signor (avec la permission de la Signore), je vous dirai (avec la permission de la Signore) que je viens vous trouver (avec la permission de la Signore) pour vous prier (avec la permission de la Signore) de vouloir bien (avec la permission de la Signore)...<br>Dom P\u00e8dre.- Avec la permission de la Signore, passez un peu de ce c\u00f4t\u00e9.<br>Hali.- Signor, je suis un virtuose.<br>Dom P\u00e8dre.- <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2536\" data-id=\"2536\">Je n'ai rien \u00e0 donner<sup>1<\/sup><\/span>.<br>Hali.- Ce n'est pas ce que je demande. Mais comme je me m\u00eale un peu de musique, et de danse, j'ai instruit quelques esclaves qui voudraient bien trouver un ma\u00eetre qui se pl\u00fbt \u00e0 ces choses ; et comme je sais que vous \u00eates une personne consid\u00e9rable, je voudrais vous prier de les voir, et de les entendre, pour les acheter, s'ils vous plaisent, ou pour leur enseigner quelqu'un de vos amis qui voul\u00fbt s'en accommoder.<br>Isidore.- C'est une chose \u00e0 voir, et cela nous divertira. Faites-les-nous venir.<br>Hali.- Chala bala... Voici une chanson nouvelle, <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2537\" data-id=\"2537\">qui est du temps<sup>2<\/sup><\/span>. \u00c9coutez bien. Chala bala.<br \/>SC\u00c8NE VIII<br \/><span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2538\" data-id=\"2538\">Hali chante<sup>3<\/sup><\/span> dans cette sc\u00e8ne: et les esclaves dansent dans les intervalles de son chant.<br>HALI ET QUATRE ESCLAVES, ISIDORE, DOM P\u00c8DRE.<br \/>Hali chante :<br \/>D'un c\u0153ur ardent en tous lieux,<br>Un amant suit une belle ;<br>Mais d'un jaloux odieux,<br>La vigilance \u00e9ternelle,<br>Fait qu'il ne peut que des yeux<br>S'entretenir avec elle.<br \/>Est-il peine plus cruelle<br \/>Pour un c\u0153ur bien amoureux ?<br>Chiribirida ouch alla,<br>Star bon Turca,<br>Non aver danara<br>Ti voler <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2539\" data-id=\"2539\">comprara<sup>4<\/sup><\/span>,<br>Mi servir a ti,<br>Se pagar per mi,<br>Far bona accina,<br>Mi levar matina,<br>Far boler caldara,<br>Parlara, parlara,<br>Ti voler comprara.<br \/>C'est un supplice, \u00e0 tous coups,<br>Sous qui cet amant expire :<br>Mais si d'un \u0153il un peu doux,<br>La belle voit son martyre,<br>Et consent qu'aux yeux de tous,<br>Pour ses attraits il soupire,<br>Il pourrait, bient\u00f4t, se rire<br>De tous les soins du jaloux.<br \/>Chiribirida ouch alla !<br>Star bon turca,<br>Non aver danara<br>Ti voler comprara,<br>Mi servir a ti,<br>Se pagar per mi ?<br>Far bona accina,<br>Mi levar matina,<br>Far boler caldara,<br>Parlara, parlara,<br>Ti voler comprara.<br \/>Dom P\u00e8dre<br \/>Savez-vous, mes dr\u00f4les,<br>Que cette chanson<br>Sent, pour vos \u00e9paules,<br>Les coups de b\u00e2ton ?<br \/>Mi ti non comprara,<br>Ma ti bastonara,<br>Si, si, non andara,<br>andara, andara,<br><span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2540\" data-id=\"2540\">O ti bastonara<sup>5<\/sup><\/span>.<br \/>Oh! oh! quels \u00e9grillards! Allons, rentrons ici, j'ai chang\u00e9 de pens\u00e9e, et puis le temps se couvre un peu. (\u00c0 Hali, qui para\u00eet encore l\u00e0). Ah ! fourbe, que je vous y trouve.<br \/>Hali.- H\u00e9 bien oui, mon ma\u00eetre l'adore ; il n'a point de plus grand d\u00e9sir que de lui montrer son amour ; et si elle y consent, il la prendra pour femme.<br>Dom P\u00e8dre.- Oui, oui, je la lui garde.<br>Hali.- Nous l'aurons, malgr\u00e9 vous.<br>Dom P\u00e8dre.- Comment, coquin...<br>Hali.- Nous l'aurons, dis-je, <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2541\" data-id=\"2541\">en d\u00e9pit de vos dents<sup>6<\/sup><\/span>.<br>Dom P\u00e8dre.- Si je prends...<br>Hali.- Vous avez beau faire la garde, j'en ai jur\u00e9, elle sera \u00e0 nous.<br>Dom P\u00e8dre.- Laisse-moi faire, je t'attraperai sans courir.<br>Hali.- C'est nous qui vous attraperons ; elle sera notre femme, la chose est r\u00e9solue ; il faut que j'y p\u00e9risse, ou que j'en vienne \u00e0 bout.<\/p><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\">&nbsp;<\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2536\" id=\"defFoot2536\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n Dom P\u00e8dre ne comprend pas le mot virtuose, qui est nouveau \u00e0 cette \u00e9poque (et signifie \u00ab artiste talentueux \u00bb), et il croit que Hali est un mendiant qui qu\u00eate. \n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2537\" id=\"defFoot2537\">\n <span class=\"counter\">\n 2\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n qui va bien avec la circonstance.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2538\" id=\"defFoot2538\">\n <span class=\"counter\">\n 3\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n A cette \u00e9poque, la coutume (jusqu\u2019en 1670) veut que l\u2019acteur chante en play-back et que la chanson soit en fait interpr\u00e9t\u00e9e par un chanteur sur le bord de la sc\u00e8ne, dans une loge grillag\u00e9e. \n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2539\" id=\"defFoot2539\">\n <span class=\"counter\">\n 4\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n Le premier vers est un pur jargon, incompr\u00e9hensible. La suite pourrait se traduire ainsi : \u00ab [Moi] \u00catre bon Turc, ne pas avoir denier: Toi vouloir acheter? Moi te servir si payer pour moi, faire bonne cuisine, me lever matin, faire bouillir chaudron. [Toi] r\u00e9pondre, r\u00e9pondre : Toi vouloir acheter ? \u00bb \n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2540\" id=\"defFoot2540\">\n <span class=\"counter\">\n 5\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n On pourrait traduire : \u00ab Moi toi n\u2019acheter pas, mais te donner coups de b\u00e2tons, si toi pas s\u2019en aller, s\u2019en aller, s\u2019en aller, ou te bastonner. \u00bb\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2541\" id=\"defFoot2541\">\n <span class=\"counter\">\n 6\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n malgr\u00e9 vous.\n <\/span>\n <\/div>\n ","title":null,"complements":null,"credits":"<br>","credits2":null,"license":null,"source":"Moli\u00e8re, <em>Le Sicilien, ou l'Amour peintre<\/em>, pi\u00e8ce en un acte<em>, <\/em>sc\u00e8nes 5 \u00e0 8, 1667<br>","origine":"","caption":""},"rubric_order":null}

 

Nérine.- Madame, voilà un illustre, votre affaire ne pouvait être mise en de meilleures mains, et c'est le héros de notre siècle pour les exploits dont il s'agit : un homme qui vingt fois en sa vie pour servir ses amis, a généreusement affronté les galères; qui au péril de ses bras et de ses épaules, sait mettre noblement à fin les aventures les plus difficiles; et qui, tel que vous le voyez, est exilé de son pays pour je ne sais combien d'actions honorables qu'il a généreusement entreprises.
Sbrigani.- Je suis confus des louanges dont vous m'honorez, et je pourrais vous en donner avec plus de justice sur les merveilles de votre vie; et principalement sur la gloire que vous acquîtes, lorsqu'avec tant d'honnêteté vous pipâtes1 au jeu, pour douze mille écus, ce jeune seigneur étranger que l'on mena chez vous; lorsque vous fîtes galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille; lorsqu'avec tant de grandeur d'âme vous sûtes nier le dépôt qu'on vous avait confié; et que si généreusement on vous vit prêter votre témoignage à faire pendre ces deux personnes qui ne l'avaient pas mérité.
Nérine.-  Ce sont petites bagatelles2 qui ne valent pas qu'on en parle, et vos éloges me font rougir.
Sbrigani.- Je veux bien épargner votre modestie; laissons cela.
[Ces deux personnages ne cesseront d’échafauder intrigue sur intrigue pour favoriser le mariage de Julie et d’Eraste, deux jeunes gens, contre la volonté des personnage plus vieux : déguisements, mises en scène pour faire croire que Monsieur de Pourceaugnac a des dettes ou est déjà marié, etc.]



1 piper : tromper, leurrer quelqu’un en trichant.
2 petites choses dépourvues d’intérêt.


Molière, Monsieur de Pourceaugnac, acte 1, scène 2, 1669. Molière, Monsieur de Pourceaugnac, acte 1, scène 2, 1669.

{"id":"11321","resType":"text","gutType":"227","title":"Sbrigani et N\u00e9rine","datas":{"content":"<p>N\u00e9rine.- Madame, voil\u00e0 un illustre, votre affaire ne pouvait \u00eatre mise en de meilleures mains, et c'est le h\u00e9ros de notre si\u00e8cle pour les exploits dont il s'agit : un homme qui vingt fois en sa vie pour servir ses amis, a g\u00e9n\u00e9reusement affront\u00e9 les gal\u00e8res; qui au p\u00e9ril de ses bras et de ses \u00e9paules, sait mettre noblement \u00e0 fin les aventures les plus difficiles; et qui, tel que vous le voyez, est exil\u00e9 de son pays pour je ne sais combien d'actions honorables qu'il a g\u00e9n\u00e9reusement entreprises.<br>Sbrigani.- Je suis confus des louanges dont vous m'honorez, et je pourrais vous en donner avec plus de justice sur les merveilles de votre vie; et principalement sur la gloire que vous acqu\u00eetes, lorsqu'avec tant d'honn\u00eatet\u00e9 vous <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2542\" data-id=\"2542\">pip\u00e2tes<sup>1<\/sup><\/span> au jeu, pour douze mille \u00e9cus, ce jeune seigneur \u00e9tranger que l'on mena chez vous; lorsque vous f\u00eetes galamment ce faux contrat qui ruina toute une famille; lorsqu'avec tant de grandeur d'\u00e2me vous s\u00fbtes nier le d\u00e9p\u00f4t qu'on vous avait confi\u00e9; et que si g\u00e9n\u00e9reusement on vous vit pr\u00eater votre t\u00e9moignage \u00e0 faire pendre ces deux personnes qui ne l'avaient pas m\u00e9rit\u00e9.<br>N\u00e9rine.-&nbsp; Ce sont petites <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2543\" data-id=\"2543\">bagatelles<sup>2<\/sup><\/span> qui ne valent pas qu'on en parle, et vos \u00e9loges me font rougir.<br>Sbrigani.- Je veux bien \u00e9pargner votre modestie; laissons cela.<br \/>[<em>Ces deux personnages ne cesseront d\u2019\u00e9chafauder intrigue sur intrigue pour favoriser le mariage de Julie et d\u2019Eraste, deux jeunes gens, contre la volont\u00e9 des personnage plus vieux : d\u00e9guisements, mises en sc\u00e8ne pour faire croire que Monsieur de Pourceaugnac a des dettes ou est d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9, etc<\/em>.]<\/p><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\">&nbsp;<\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2542\" id=\"defFoot2542\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n piper : tromper, leurrer quelqu\u2019un en trichant.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2543\" id=\"defFoot2543\">\n <span class=\"counter\">\n 2\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n petites choses d\u00e9pourvues d\u2019int\u00e9r\u00eat.\n <\/span>\n <\/div>\n ","title":null,"complements":null,"credits":"<br>","credits2":null,"license":null,"source":"Moli\u00e8re, <em>Monsieur de Pourceaugnac, <\/em>acte 1, sc\u00e8ne 2, 1669<strong>.<\/strong><br>","origine":"","caption":""},"rubric_order":null}

 

SCÈNE II
NICOLE, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.
Monsieur Jourdain.- Nicole !
Nicole.- Plaît-il ?
Monsieur Jourdain.- Écoutez.
Nicole, rit.- Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Qu'as-tu à rire ?
Nicole.- Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Que veut dire cette coquine-là ?
Nicole.- Hi, hi, hi. Comme vous voilà bâti! Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Comment donc ?
Nicole.- Ah, ah, mon Dieu. Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Quelle friponne est-ce là ? Te moques-tu de moi ?
Nicole.- Nenni, Monsieur, j'en serais bien fâchée. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Je te baillerai sur le nez, si tu ris davantage.
Nicole.- Monsieur, je ne puis pas m'en empêcher. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Tu ne t'arrêteras pas ?
Nicole.- Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous êtes si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Mais voyez quelle insolence.
Nicole.- Vous êtes tout à fait drôle comme cela. Hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Je te...
Nicole.- Je vous prie de m'excuser. Hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Tiens, si tu ris encore le moins du monde, je te jure que je t'appliquerai sur la joue le plus grand soufflet qui se soit jamais donné.
Nicole.- Hé bien, Monsieur, voilà qui est fait, je ne rirai plus.
Monsieur Jourdain.- Prends-y bien garde. Il faut que pour tantôt tu nettoies...
Nicole.- Hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Que tu nettoies comme il faut...
Nicole.- Hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Il faut, dis-je, que tu nettoies la salle, et...
Nicole.- Hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Encore.
Nicole.- Tenez, Monsieur, battez-moi plutôt, et me laissez rire tout mon soûl, cela me fera plus de bien. Hi, hi, hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- J'enrage.
Nicole.- De grâce, Monsieur, je vous prie de me laisser rire. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Si je te prends...
Nicole.- Monsieur, je crèverai, aie, si je ne ris. Hi, hi, hi.
Monsieur Jourdain.- Mais a-t-on jamais vu une pendarde1 comme celle-là ? Qui me vient rire insolemment au nez, au lieu de recevoir mes ordres ?
Nicole.- Que voulez-vous que je fasse, Monsieur ?
Monsieur Jourdain.- Que tu songes, coquine, à préparer ma maison pour la compagnie qui doit venir tantôt.
Nicole.- Ah, par ma foi, je n'ai plus envie de rire; et toutes vos compagnies font tant de désordre céans2, que ce mot est assez pour me mettre en mauvaise humeur.
Monsieur Jourdain.- Ne dois-je point pour toi fermer ma porte à tout le monde ?
Nicole.- Vous devriez au moins la fermer à certaines gens.



1 Pendard,e : personne friponne, qui mériterait d’être pendue.
2 ici.


Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Acte III, scène 2, 1670. Molière, Le Bourgeois Gentilhomme, Acte III, scène 2, 1670.

{"id":"11108","resType":"text","gutType":"227","title":"Nicole","datas":{"content":"<p>SC\u00c8NE II<br>NICOLE, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.<br \/>Monsieur Jourdain.- Nicole !<br>Nicole.- Pla\u00eet-il ?<br>Monsieur Jourdain.- \u00c9coutez.<br>Nicole, rit.- Hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Qu'as-tu \u00e0 rire ?<br>Nicole.- Hi, hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Que veut dire cette coquine-l\u00e0 ?<br>Nicole.- Hi, hi, hi. Comme vous voil\u00e0 b\u00e2ti! Hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Comment donc ?<br>Nicole.- Ah, ah, mon Dieu. Hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Quelle friponne est-ce l\u00e0 ? Te moques-tu de moi ?<br>Nicole.- Nenni, Monsieur, j'en serais bien f\u00e2ch\u00e9e. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Je te baillerai sur le nez, si tu ris davantage.<br>Nicole.- Monsieur, je ne puis pas m'en emp\u00eacher. Hi, hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Tu ne t'arr\u00eateras pas ?<br>Nicole.- Monsieur, je vous demande pardon ; mais vous \u00eates si plaisant, que je ne saurais me tenir de rire. Hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Mais voyez quelle insolence.<br>Nicole.- Vous \u00eates tout \u00e0 fait dr\u00f4le comme cela. Hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Je te...<br>Nicole.- Je vous prie de m'excuser. Hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Tiens, si tu ris encore le moins du monde, je te jure que je t'appliquerai sur la joue le plus grand soufflet qui se soit jamais donn\u00e9.<br>Nicole.- H\u00e9 bien, Monsieur, voil\u00e0 qui est fait, je ne rirai plus.<br>Monsieur Jourdain.- Prends-y bien garde. Il faut que pour tant\u00f4t tu nettoies...<br>Nicole.- Hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Que tu nettoies comme il faut...<br>Nicole.- Hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Il faut, dis-je, que tu nettoies la salle, et...<br>Nicole.- Hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Encore.<br>Nicole.- Tenez, Monsieur, battez-moi plut\u00f4t, et me laissez rire tout mon so\u00fbl, cela me fera plus de bien. Hi, hi, hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- J'enrage.<br>Nicole.- De gr\u00e2ce, Monsieur, je vous prie de me laisser rire. Hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Si je te prends...<br>Nicole.- Monsieur, je cr\u00e8verai, aie, si je ne ris. Hi, hi, hi.<br>Monsieur Jourdain.- Mais a-t-on jamais vu une <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2544\" data-id=\"2544\">pendarde<sup>1<\/sup><\/span> comme celle-l\u00e0 ? Qui me vient rire insolemment au nez, au lieu de recevoir mes ordres ?<br>Nicole.- Que voulez-vous que je fasse, Monsieur ?<br>Monsieur Jourdain.- Que tu songes, coquine, \u00e0 pr\u00e9parer ma maison pour la compagnie qui doit venir tant\u00f4t.<br>Nicole.- Ah, par ma foi, je n'ai plus envie de rire; et toutes vos compagnies font tant de d\u00e9sordre <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2545\" data-id=\"2545\">c\u00e9ans<sup>2<\/sup><\/span>, que ce mot est assez pour me mettre en mauvaise humeur.<br>Monsieur Jourdain.- Ne dois-je point pour toi fermer ma porte \u00e0 tout le monde ?<br>Nicole.- Vous devriez au moins la fermer \u00e0 certaines gens.<\/p><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\">&nbsp;<\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2544\" id=\"defFoot2544\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n Pendard,e : personne friponne, qui m\u00e9riterait d\u2019\u00eatre pendue.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2545\" id=\"defFoot2545\">\n <span class=\"counter\">\n 2\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n ici.\n <\/span>\n <\/div>\n ","title":null,"complements":null,"credits":"<br>","credits2":null,"license":null,"source":"Moli\u00e8re, <em>Le Bourgeois Gentilhomme<\/em>, Acte III, sc\u00e8ne 2, 1670.<br>","origine":"","caption":""},"rubric_order":null}

 

SCÈNE VIII
TOINETTE en médecin, ARGAN, BÉRALDE [frère d’Argan].
Toinette, en médecin.— Monsieur, agréez que je vienne vous rendre visite, et vous offrir mes petits services pour toutes les saignées, et les purgations, dont vous aurez besoin.
Argan.— Monsieur, je vous suis fort obligé. Par ma foi, voilà Toinette elle-même.
Toinette.— Monsieur, je vous prie de m'excuser, j'ai oublié de donner une commission à mon valet, je reviens tout à l'heure1.
Argan.— Eh! ne diriez-vous pas que c'est effectivement Toinette ?
Béralde.— Il est vrai que la ressemblance est tout à fait grande. Mais ce n'est pas la première fois qu'on a vu de ces sortes de choses, et les histoires ne sont pleines que de ces jeux de la nature.
Argan.— Pour moi, j'en suis surpris, et…
SCÈNE IX
TOINETTE, ARGAN, BÉRALDE.
Toinette quitte son habit de médecin si promptement qu'il est difficile de croire que ce soit elle qui a paru en médecin.— Que voulez-vous, Monsieur ?
Argan.— Comment ?
Toinette.— Ne m'avez-vous pas appelé ?
Argan.— Moi? non.
Toinette.— Il faut donc que les oreilles m'aient corné2.
Argan.— Demeure un peu ici pour voir comme ce médecin te ressemble.
Toinette, en sortant, dit.— Oui, vraiment, j'ai affaire là-bas, et je l'ai assez vu.
Argan.— Si je ne les voyais tous deux, je croirais que ce n'est qu'un.
Béralde.— J'ai lu des choses surprenantes de ces sortes de ressemblances, et nous en avons vu de notre temps où tout le monde s'est trompé.
Argan.—  Pour moi, j'aurais été trompé à celle-là, et j'aurais juré que c'est la même personne.
SCÈNE X
Toinette, en médecin, ARGAN, BÉRALDE.
Toinette, en médecin.— Monsieur, je vous demande pardon de tout mon cœur.
Argan.— Cela est admirable !
Toinette.— Vous ne trouverez pas mauvaise, s'il vous plaît, la curiosité que j'ai eue de voir un illustre malade comme vous êtes, et votre réputation qui s'étend partout, peut excuser la liberté que j'ai prise.
Argan.— Monsieur, je suis votre serviteur.
Toinette.— Je vois, Monsieur, que vous me regardez fixement. Quel âge croyez-vous bien que j'aie ?
Argan.— Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six, ou vingt-sept ans.
Toinette.— Ah, ah, ah, ah, ah ! J'en ai quatre-vingt-dix.
Argan.— Quatre-vingt-dix ?
Toinette.— Oui. Vous voyez un effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.
Argan.— Par ma foi voilà un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans.
Toinette.— Je suis médecin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres matières à ma capacité, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands, et beaux secrets que j'ai trouvés dans la médecine.



1 tout de suite.
2 (vieux) je me suis trompée en croyant entendre quelque chose.


Molière, Le malade Imaginaire, acte III, scènes 8 à 10, 1673 Molière, Le malade Imaginaire, acte III, scènes 8 à 10, 1673

{"id":"11110","resType":"text","gutType":"227","title":"Toinette","datas":{"content":"<p>SC\u00c8NE VIII<br>TOINETTE en m\u00e9decin, ARGAN, B\u00c9RALDE [fr\u00e8re d\u2019Argan].<br \/>Toinette, en m\u00e9decin.\u2014 Monsieur, agr\u00e9ez que je vienne vous rendre visite, et vous offrir mes petits services pour toutes les saign\u00e9es, et les purgations, dont vous aurez besoin.<br>Argan.\u2014 Monsieur, je vous suis fort oblig\u00e9. Par ma foi, voil\u00e0 Toinette elle-m\u00eame.<br>Toinette.\u2014 Monsieur, je vous prie de m'excuser, j'ai oubli\u00e9 de donner une commission \u00e0 mon valet, je reviens <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2546\" data-id=\"2546\">tout \u00e0 l'heure<sup>1<\/sup><\/span>.<br>Argan.\u2014 Eh! ne diriez-vous pas que c'est effectivement Toinette ?<br>B\u00e9ralde.\u2014 Il est vrai que la ressemblance est tout \u00e0 fait grande. Mais ce n'est pas la premi\u00e8re fois qu'on a vu de ces sortes de choses, et les histoires ne sont pleines que de ces jeux de la nature.<br>Argan.\u2014 Pour moi, j'en suis surpris, et\u2026<br \/>SC\u00c8NE IX<br>TOINETTE, ARGAN, B\u00c9RALDE.<br \/>Toinette quitte son habit de m\u00e9decin si promptement qu'il est difficile de croire que ce soit elle qui a paru en m\u00e9decin.\u2014 Que voulez-vous, Monsieur ?<br>Argan.\u2014 Comment ?<br>Toinette.\u2014 Ne m'avez-vous pas appel\u00e9 ?<br>Argan.\u2014 Moi? non.<br>Toinette.\u2014 Il faut donc que <span class=\"oneFootNote\" id=\"textFootNote2547\" data-id=\"2547\">les oreilles m'aient corn\u00e9<sup>2<\/sup><\/span>.<br>Argan.\u2014 Demeure un peu ici pour voir comme ce m\u00e9decin te ressemble.<br>Toinette, en sortant, dit.\u2014 Oui, vraiment, j'ai affaire l\u00e0-bas, et je l'ai assez vu.<br>Argan.\u2014 Si je ne les voyais tous deux, je croirais que ce n'est qu'un.<br>B\u00e9ralde.\u2014 J'ai lu des choses surprenantes de ces sortes de ressemblances, et nous en avons vu de notre temps o\u00f9 tout le monde s'est tromp\u00e9.<br>Argan.\u2014&nbsp; Pour moi, j'aurais \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9 \u00e0 celle-l\u00e0, et j'aurais jur\u00e9 que c'est la m\u00eame personne.<br \/>SC\u00c8NE X<br \/>Toinette, en m\u00e9decin, ARGAN, B\u00c9RALDE.<br>Toinette, en m\u00e9decin.\u2014 Monsieur, je vous demande pardon de tout mon c\u0153ur.<br>Argan.\u2014 Cela est admirable !<br>Toinette.\u2014 Vous ne trouverez pas mauvaise, s'il vous pla\u00eet, la curiosit\u00e9 que j'ai eue de voir un illustre malade comme vous \u00eates, et votre r\u00e9putation qui s'\u00e9tend partout, peut excuser la libert\u00e9 que j'ai prise.<br>Argan.\u2014 Monsieur, je suis votre serviteur.<br>Toinette.\u2014 Je vois, Monsieur, que vous me regardez fixement. Quel \u00e2ge croyez-vous bien que j'aie ?<br>Argan.\u2014 Je crois que tout au plus vous pouvez avoir vingt-six, ou vingt-sept ans.<br>Toinette.\u2014 Ah, ah, ah, ah, ah ! J'en ai quatre-vingt-dix.<br>Argan.\u2014 Quatre-vingt-dix ?<br>Toinette.\u2014 Oui. Vous voyez un effet des secrets de mon art, de me conserver ainsi frais et vigoureux.<br>Argan.\u2014 Par ma foi voil\u00e0 un beau jeune vieillard pour quatre-vingt-dix ans.<br>Toinette.\u2014 Je suis m\u00e9decin passager, qui vais de ville en ville, de province en province, de royaume en royaume, pour chercher d'illustres mati\u00e8res \u00e0 ma capacit\u00e9, pour trouver des malades dignes de m'occuper, capables d'exercer les grands, et beaux secrets que j'ai trouv\u00e9s dans la m\u00e9decine.<\/p><br \/><br \/><div class=\"footNoteArea\" style=\"display:none;\">&nbsp;<\/div>\n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2546\" id=\"defFoot2546\">\n <span class=\"counter\">\n 1\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n tout de suite.\n <\/span>\n <\/div>\n \n <div class=\"oneNoteFooterDef\" data-id=\"2547\" id=\"defFoot2547\">\n <span class=\"counter\">\n 2\n <\/span>\n <span class=\"definition\">\n (vieux) je me suis tromp\u00e9e en croyant entendre quelque chose.\n <\/span>\n <\/div>\n ","title":null,"complements":null,"credits":"<br>","credits2":null,"license":null,"source":"Moli\u00e8re, <em>Le malade Imaginaire,<\/em> acte III, sc\u00e8nes 8 \u00e0 10, 1673","origine":"","caption":""},"rubric_order":null}

 
 

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