« J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal », écrit Rimbaud dans le poème « Ma bohème ». Les poètes ont souvent vanté « la Muse », qui symbolise l'inspiration artistique. Mais ils ne sont pas les seuls : peintres et sculpteurs l'ont représentée. Découvrons comment, sur les premières peintures et sculptures réalisées dans l'Antiquité, on ne trouvait pas une Muse mais des Muses.
Qui sont les neuf Muses et comment les identifie-t-on ?
Comment est-on passé des Muses à la Muse ?
Muse est issu du latin Musa emprunté au grec Mousa qui désignait des divinités mais qui servait également d'appellatif dans le sens de « poésie, culture et musique ». Filles de Zeus et de Mnémosyne, les Muses antiques étaient au nombre de neuf et symbolisaient chacune un domaine précis de l'art et de la connaissance : sortes de médiatrices divines, elles avaient pour tâche d'en faire le don aux hommes. Elles étaient alors souvent représentées ensemble avec les attributs symbolisant leur domaine propre : la poésie épique (Calliope), l'histoire (Clio), la poésie lyrique (Erato), la musique (Euterpe), la tragédie (Melpomène), le comédie (Thalie), l'astronomie (Uranie), la danse (Terpsichore), le chant et l'éloquence (Polymnie). Sous l'égide d'Apollon, dieu des arts, elles étaient également souvent représentées autour de lui, d'où l'expression Apollon musagète
(celui qui conduit les Muses), le plus souvent sur le mont Parnasse, lieu de leur résidence.
Ce n'est qu'au XVIe siècle que l'acception du mot change et qu'on passe d'un emploi pluriel à un emploi singulier du mot : dès lors, le mot signifie « poésie » chez Du Bellay. On est également passé au sens d'inspiratrice d'une œuvre poétique qui n'est plus associée à l'une des neuf divinités mythologiques (Laure est la muse de Pétrarque, Hélène, Marie et Cassandre celles de Ronsard). La représentation commence également à changer dans l'histoire de l'art : il ne s'agit plus vraiment de représenter les muses dans leurs attributs et fonctions singulières mais plutôt de privilégier la relation intime de la muse avec le poète qu'elle inspire comme dans le tableau de Gustave Moreau à la fin du XIXe siècle où la muse n'est ni identifiée ni identifiable. Ce n'est plus tant la singularité de la muse représentant un domaine précis de l'art et de la connaissance qui intéresse que l'idée de la Muse comme inspiratrice du poète et figure désormais allégorique.
Bas-relief d’un sarcophage antique, iie siècle, Musée du Louvre RMN/Hervé Lewandowski
Eustache Le Sueur, huile sur panneau, vers 1655, Musée du Louvre akg-images/Erich Lessing
Simon Vouet, huile sur toile, 1640, Musée des Beaux-Arts, Budapest Wikimedia commons
Gustave Moreau, huile sur toile, 1891, Musée d’Orsay RMN (Musée d‘Orsay)/Hervé Lewandowski
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Le 27 Mai 2010
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