Commander

Français 4e

Fiche lexique 5

Histoire de la langue : le français du XVIIe siècle

Contenu de la fiche

Comme toute langue vivante, le français évolue constamment, et la langue du xviie siècle présente un certain nombre de différences avec celle d'aujourd'hui.

Cette fiche a pour but de souligner quelques unes de ces différences, afin de comprendre plus facilement (et mieux !) les textes littéraires du xviie siècle.

  • 1. La négation

Au tout début, lorsque le français était encore très proche du latin, la négation se faisait uniquement avec l'adverbe ne (qui vient de non en latin). Au xviie s., on trouve encore cette forme de négation dans le registre soutenu, par exemple dans l'extrait 1 du Cid, vers 5 : « Et si je ne m'abuse à lire dans son âme », ou vers 29-30 : « Don Rodrigue surtout n'a trait en son visage / Qui d'un homme de cœur ne soit la haute image ».

Mais assez rapidement, ce système a évolué, car à l'oral il était parfois difficile de comprendre si le verbe était nié ou pas (si l'on prononce rapidement, sans trop articuler, il n'est pas aisé de faire la distinction entre, par exemple, « Je viens » et « Je ne viens »). On a donc rajouté des noms communs après le verbe :

  • Je ne viens pas > « je ne fais pas le moindre pas » ;
  • Je ne vois point > « je ne vois pas le moindre petit point » ;
  • Je ne bois goutte > « je ne bois pas la moindre goutte » ;
  • Je ne mange mie > « je ne mange pas le moindre petit bout de mie (de pain) » ;
  • Jamais avait alors un sens positif > « en un temps quelconque, un jour » ;
  • etc.

Cependant, ce système avait l'inconvénient d'être très compliqué et il s'est donc naturellement simplifié. De plus en plus fréquemment, les noms communs pas et point se sont mis à remplacer les autres, en perdant leur sens d'origine et en devenant de simples adverbes de négation.

Au xviie s., c'est l'adverbe de négation point qui est le plus utilisé, et c'est donc lui que l'on trouve le plus souvent dans Le Cid (par exemple, dans l'extrait 2, v. 283 : « Ne réplique point, je connais ton amour »).

Mais la tendance s'est ensuite inversée, et l'adverbe de négation « point » a quasiment disparu de la langue française, au profit de pas.

Aujourd'hui, on remarque d'ailleurs que le système de négation continue d'évoluer ! En effet, à l'oral, il devient de plus en plus rare d'entendre le « ne » (qui est en train de devenir la marque d'un niveau de langue soutenu).
 

Remarque :

Il y a toujours un décalage entre l'oral et l'écrit. À l'écrit, au début du xxie siècle, la négation se compose toujours de deux parties : il faut donc faire bien attention de ne pas oublier le ne.

  • 2. L'ordre des mots

Au xviie s., l'ordre des mots dans la phrase est un peu moins rigide qu'aujourd'hui, notamment en ce qui concerne la place des mots courts, comme les pronoms.

Dans les extraits du Cid on trouve par exemple :

  • « un si charmant discours ne se peut trop entendre » (p. 54, vers 10) plutôt que « ne peut trop s'entendre » ;
  • « pour ne te point flatter » (p. 56, vers 275) plutôt que « pour ne point te flatter ».
  • 3. L'orthographe

Au xviie s., les règles d'orthographe sont également un peu plus souples qu'aujourd'hui, et même si l'Académie française a été créée (entre autres) pour unifier la langue française en imposant des règles plus strictes, une certaine tolérance est accordée pour les textes littéraires, et notamment en poésie : c'est ce qu'on appelle la « licence poétique ».

Ainsi, on trouve par exemple dans Le Cid :

  • « encore » écrit « encor », par exemple p. 62, vers 858 : « Quoi ! Du sang de mon père encor toute trempée ! »
  • « jusque » écrit « jusques », par exemple p. 57, vers 291 : « Percé jusques au fond du cœur […] »
  • « avec » écrit « avecque », par exemple p. 62, vers 857 : « ne me réponds qu'avecque cette épée »

On peut alors se poser deux questions :

  • pourquoi Corneille choisit-il à certains moments précis, d'écrire par exemple encor au lieu de encore ?
  • pourquoi les éditions actuelles ne modernisent-elles pas l'orthographe de ces quelques mots, alors qu'elles le font pour de nombreux autres mots dont l'orthographe a évolué depuis le xviie s. ?

Pour le comprendre, il faut se rappeler que la pièce est écrite en vers, et que l'auteur doit respecter un nombre précis de syllabes pour chacun des vers (en l'occurrence 12, puisqu'il s'agit d'alexandrins, sauf pour la scène 6 de l'Acte I, qui est légèrement différente). Corneille se sert donc parfois de la licence poétique pour obtenir le bon nombre de syllabes sans avoir à changer toute sa phrase.

De même, les éditions actuelles sont obligées de garder l'orthographe choisie par Corneille pour ces quelques mots, car sinon les vers n'auraient plus le bon nombre de syllabes.

Vocabulaire de la page

    Cette page ne contient pas de vocabulaire

Annotations du document

  Remarques Actualités
Vous avez une remarque, une idée pour améliorer le site ou une question à nous poser ? Envoyez-nous un message et nous vous répondrons rapidement.

Entrez votre adresse E-mail :
Entrez votre téléphone* :      

* Le champ téléphone n'est pas obligatoire mais il nous permettra de répondre plus efficacement à vos questions si nécessaire.

Nouveau sur lelivrescolaire.fr ?
Vous venez de découvrir lelivrescolaire.fr et avez :
 ‑ une question ?
 ‑ une idée ?
 ‑ une remarque ?
 ‑ ou vous souhaitez recevoir un spécimen ?

N'hésitez pas à nous contacter :
 ‑ par téléphone au 01.55.25.75.00
 ‑ ou sur contact@lelivrescolaire.fr

Nos délégués pédagogiques sont à votre disposition pour tout renseignement !