Il y a de nombreux mots dont le sens a évolué depuis le xviie siècle. Nous n'en étudierons que quelques-uns, qui reviennent très souvent dans les extraits du Cid du chapitre 3 et dont il est important de bien comprendre le sens de l'époque.
- Le charme
Le mot vient du latin carmen, qui désignait à l'origine une formule magique, puis, de manière plus générale, un chant.
À l'époque de Corneille, le mot avait déjà le sens actuel de « attraits », « beauté », « qualité de quelque chose qui plait » (par exemple, quand on dit « avoir du charme », « faire du charme », « hôtel de charme ») ; mais il avait également un sens beaucoup plus fort qu'aujourd'hui : un charme était aussi une « puissance magique », un « pouvoir magique », un « envoûtement ».
Par exemple, quand au vers 3 (p. 54), Elvire dit « Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés », le mot est à prendre au sens fort et signifie « envoûtés », « ensorcelés ».
Aujourd'hui, ce sens se retrouve encore dans quelques expressions comme « être sous le charme de » (« être envouté par »), ou « se porter comme un charme » (comme si l'on était sous l'effet d'un pouvoir magique, d'un sort bienfaisant), ou encore « le charme est rompu » (la magie a disparu).
- La flamme, les feux
Au xviie s., ces mots sont très souvent employés au sens figuré pour désigner l'amour, la passion amoureuse, comme en témoignent encore aujourd'hui de nombreuses expressions : « déclarer sa flamme à quelqu'un », « les feux de l'amour », « brûler d'amour pour quelqu'un », une passion « torride », ou « ardente ».
Par exemple, vers 6 (p. 54), Elvire dit à Chimène : « Il [le père de Chimène] vous commandera de répondre à sa flamme », c'est-à-dire « à son amour ».
- La vertu
Aujourd'hui, le mot a un sens général de « qualité morale », « capacité à faire du bien parce qu'on en a pris l'habitude », ou encore « bienfaits » (les vertus d'une plante).
Mais vertu vient du latin virtus (le courage, l'énergie morale), qui lui-même vient du latin vir, signifiant « l'homme » par opposition à la femme (pensez aux mots français viril, virilité). Étymologiquement, vertu désigne donc le courage masculin, la vaillance, la force, la puissance virile (que l'homme montre en combattant) et de manière plus générale, les qualités masculines.
Ainsi, dans Le Cid, la vertu ne désigne pas seulement la qualité morale, mais aussi le courage, la vaillance au combat.
- Le cœur
Le mot courage vient du mot cœur (comme ombrage vient d'ombre et coffrage de coffre). Jusqu'à l'époque de Corneille, le mot cœur est très souvent employé au sens figuré pour désigner le courage. Ainsi, dans Le Cid, le mot cœur désigne tantôt le siège des sentiments amoureux, tantôt le courage. C'est ce second sens que l'on a par exemple au début de l'extrait 2 lorsque Don Diègue demande à son fils : « Rodrigue, as-tu du cœur ? » (vers 261).
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Le 13 Avril 2011
