Quelles sont les différentes images de la jeunesse qui sont véhiculées à travers les mythes ou les représentations symboliques de cet âge ?
Carolus-Duran, Hébé, 1874, huile sur toile, 200 x 104 cm (palais des Beaux-Arts, Lille) Wikimedia/Velvet
Lucas Cranach l’Ancien, La Fontaine de Jouvence, 1546, huile sur bois, 186 x 122 cm (Gemäldegalerie, Berlin, Allemagne) BPK, Berlin, Dist. RMN/Jörg P. Anderss
Affiche du Front de Libération des Jeunes de l’atelier des Beaux-Arts de Paris, mai 1968 Collection Dixmier/KHARBINE-TAPABOR
Affiche de protestation contre la politique du Général de Gaulle en mai 68. akg-images
- La jeunesse est un âge de la vie qui a toujours été perçu comme ambivalent. Elle est à la fois célébrée à travers des mythes positifs valables dans toutes les civilisations, et mise à distance comme un phénomène qui fait peur ou qui dérange, car la jeunesse est aussi vue comme instable, frivole, subversive. Ces différentes facettes sont notamment réutilisées par la publicité ou les médias à l'époque moderne, en étant parfois combinées. Les représentations historiques et culturelles de la jeunesse évoluent aussi à mesure que la jeunesse revendique une place plus importante dans la société, notamment en souhaitant avoir un poids de décision politique plus grand.
- Le mythe de la jeunesse éternelle qui va souvent de pair avec celui de l'immortalité est présent dans de nombreuses civilisations. Chez les Egyptiens, on trouve le symbole de l'ouroboros, un dragon qui se mord la queue et qui représente le cycle du temps et l'éternité : il se régénère en se nourrissant de lui-même. On trouve aussi la figure de Cléopâtre et de ses bains au lait d'ânesse, censés préserver jeunesse et beauté. Certains animaux comme le serpent ou la salamandre, capables de muer ou de régénérer des parties blessées de leur corps, ou certains arbres, comme le laurier qui reste toujours vert ou l'acacia qui est imputrescible, sont des symboles d'éternité dans de nombreuses mythologies ou religions (le laurier est présent chez les romains ou les chrétiens notamment).
La jeunesse et ses représentations
Concernant les représentations de la jeunesse, deux regards s’opposent : celui que les adultes portent sur la jeunesse et le second, celui que les jeunes portent sur eux-mêmes, avec leurs revendications et leur ressenti.
Le désir de jeunesse
Les trois premiers documents montrent une image positive de la jeunesse comme période privilégiée de la vie : la jeunesse, c’est la beauté (document 1), la force et la santé (documents 2 et 3). Les documents 2 et 3 évoquent plus précisément le désir de jeunesse, c’est-à-dire le désir, chez ceux qui ressentent les premiers signes de l’âge, de rester jeunes encore longtemps, et chez ceux qui ne sont plus jeunes, de le redevenir : l’eau de la fontaine de Jouvence aurait le pouvoir de rajeunir indéfiniment ceux qui en boivent ou qui s’en aspergent ; elle est le symbole de la jeunesse éternelle (et donc de la vie éternelle).
La publicité pour l’eau minérale (document 3) fait référence à ce mythe célèbre. Dans cette publicité, un homme arbore un tee-shirt sur lequel est sérigraphié un corps de bébé. D’allure plutôt sportive et anticonformiste, l’homme porte des bracelets de force, les pouces sont glissés dans la ceinture (ce qui lui donne une posture décontractée), les épaules sont carrées, mais le visage est celui d’un homme d’âge mûr. Regard droit dans les yeux et message catégorique : Live young ! (« Vivez jeune ! »). L’eau d’Evian nous promet une jeunesse prolongée, à défaut d’être éternelle. La phrase peut d’ailleurs être prise comme un ordre : hors la jeunesse point de salut.
Les revendications de la jeunesse
Les deux affiches de mai 1968 (documents 4 et 5) nous placent cette fois-ci du côté des jeunes. Réalisées par des étudiants, elles ne tiennent absolument pas ce discours un peu superficiel des apparences. On trouve une revendication sérieuse de reconnaissance, le désir d’avoir une place dans le société et de pouvoir faire entendre sa voix. Selon le document 5, les jeunes n’auraient que le droit de se taire, et la silhouette très reconnaissable du Général de Gaulle bâillonne un jeune homme et l’empêche de s’exprimer. Mais, c’est bien connu, l’union fait la force et en 1968 les jeunes se rassemblent pour mieux se faire entendre (document 4). Electeurs ou futurs électeurs, les jeunes, constitués en groupe, ont conscience qu’ils représentent une force puissante, dynamique, optimiste (on est en 1968) face aux forces de l’ordre. Les CRS sont casqués, au pas cadencé, ils représentent le gouvernement, mais certainement pas les aspirations des futurs adultes de cette époque.
Selon que la jeunesse est objet ou sujet, le discours n’est pas le même, mais on retrouve toujours le désir d’être autre : plus jeune, plus beau, plus tonique ou bien plus responsable, plus entendu et plus reconnu.
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Le 24 Août 2011
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